22 mai 2009

UNITED RED ARMY

Merci Jim O'Rourke. Sans ses compagnons de Sonic Youth, le musicien a composé la bande originale de ce United red army, ses riffs de guitare imprimant un vrai rythme et une énergie certaine à une oeuvre a priori austère voire un peu morne. En plus de trois heures, le réalisateur Kôji Watamatsu (Quand l'embryon part braconner) raconte la création, l'existence et la fin tragique d'un groupuscule d'extrême gauche né d'un mouvement étudiant et se poursuivant dans un grand vent d'intégrisme idiot (pléonasme ?) avant de se viander au terme d'une prise d'otage foireuse et désespérée. Le terme passe-partout de "docu-fiction" colle plutôt bien à ce qui ressemble à une gigantesque reconstitution des faits s'étant déroulés il y a une trentaine d'années : les acteurs "jouent" mais pas trop, et l'image semble un rien négligée, saisissant sur le vif les états d'âme et erreurs de raisonnement de ces jeunes cons.
La première partie, la plus documentaire, utilise un certain nombre d'images d'archives pour décortiquer la création de ce qui sera finalement appelé l'United red army, faction issue de la fusion de plusieurs groupes d'étudiants et devenant peu à peu un groupe terroriste à part entière. Wakamatsu ne nous épargne aucun nom, aucun chiffre, aucune date, et cette première heure menée tambour battant fait néanmoins craindre que la suite ne soit qu'un long pensum d'autant plus incompréhensible qu'on n'a pas retenu le quart des informations délivrées. Il n'en est rien : la suite est absolument passionnante bien qu'étant menée à un rythme bien moins soutenu (mais agrémenté de la fabuleuse musique de mister O'Rourke). Dans son deuxième tiers, United red army glace le sang et en dit long, montrant comment une poignée d'hommes et de femmes reclus peuvent être amenés à s'auto-détruire au nom de principes prétendument moraux. Pratiquant l'auto-critique et s'investissant sans relâche, les camarades finissent par se mettre sur la gueule, celle des autres ou la leur (stupéfiante scène d'auto-cassage de tronche), la surenchère en menant plus d'un à la mort, souvent pour une broutille.
Long et sans concession, ce noyau central est la partie la plus forte du film, d'autant que Wakamatsu ne s'autorise aucun lyrisme et se contente de relater, rien que les faits, toujours les faits. Compassion ? Connais pas. La suite, récit de la prise d'otage fortuitement menée par cinq rescapés, a de fait moins de force, les protagonistes sachant dès le départ qu'ils courent à leur perte. Le désespoir leur fait énoncer quelques vérités d'un fatalisme poignant, mais les contraint aussi à se retrancher dans une sorte de mutisme un peu mou, compréhensible mais pas franchement cinégénique. On glisse dans une sorte de torpeur forcément moins exaltante mais révélatrice de la perte d'illusions de ces jeunes voués à un brillant avenir politique mais l'ayant savamment piétiné en pratiquant l'idéologie d'extrême gauche au premier degré. Édifiant et intelligent, United red army tire un certain profit de sa longue durée, n'évitant pas tout à fait l'ennui mais prenant le temps de disséquer le fonctionnement de cette armée au destin brisé.




United red army (Jitsuroku rengô sekigun: Asama sansô e no michi) de Kôji Wakamatsu. 3h10. Sortie : 06/05/2009.

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