11 mai 2009

SOEUR SOURIRE

« Dominique, nique-nique, nous ennuie tout simplement / cliché, pauvre et ronflant... » L'idée de conter la vie de Jeannine Deckers, a.k.a. Soeur Sourire, avait quelque chose d'étrange : pourquoi diable monter un biopic sur une chanteuse qui n'intéresse plus personne ? Une réponse toute prête nous était alors parvenue : parce que l'existence de la pauvrette fut riche en rebondissements, en petites joies et en grands malheurs, jusqu'à une fin de vie solitaire et piteuse. Sauf qu'en lieu et place du Walk the line belge promis, Stijn Coninx nous a pondu la biographie emmerdante de l'année, le film vieillot et grossier par excellence, qui réussit à rendre Cécile de France horripilante. Un vrai petit exploit.
Soeur sourire est exactement le film auquel on pouvait s'attendre. Construit sur un schéma si traditionnel qu'il est désormais devenu insupportable (à moins d'être traité différemment, ce qui n'est pas le cas ici), le film ne nous épargne ni le récit de l'adolescence de l'héroïne, ni sa loooongue et dévastatriiiiiiice descente aux enfers. C'est à la rigueur acceptable lorsqu'il s'agit du portrait d'un artiste charismatique et talentueux ; dans le cas de l'interprète de Dominique-nique-nique, c'est juste inintéressant, surtout avec un traitement pareil. Coninx n'y va pas par quatre chemins, chaussant ses gros sabots dès la deuxième scène pour nous cracher au nez, sans finesse aucune, la possible homosexualité de la futur soeur Luc-Gabriel. Si ces oeillades appuyées voulaient passer pour de l'ambiguïté, c'est raté. Le degré de finesse est le même pour parler du système religieux (ah, le fameux personnage de la mère supérieure), de la relation tendue qu'entretient l'héroïne avec ses parents, et d'à peu près tous les autres thèmes traités. Lorsqu'il se contente de montrer le quotidien de la jeune femme, le film est supportable ; dès qu'il s'agit d'évènements un rien dramatiques, Stijn Coninx n'y arrive plus et sombre dans le stéréotype.
Filmé très à l'ancienne, le film pâtit également d'une direction d'acteurs calamiteuse, puisqu'outre la prestation archi décevante de Cécile de France, l'interprétation est d'une qualité effroyable. Seule Tsilla Chelton, dans un rôle hélas mineur, apporte un rien de fraîcheur et un soupçon d'originalité à cette bio ni faite ni à faire, deux très longues heures de mauvais cinéma qui parvient à nous faire regretter les biopics américains les plus ordinaires, qui ont au moins l'avantage de swinguer un peu. Parce qu'en sortant de ce petit calvaire, on jure ses grands dieux de tuer la prochaine personne qui osera fredonner en sa présence la chansonnette qui fit le succès de Soeur Sourire, et que l'on entend un bon milliard de fois dans le film.




Soeur sourire de Stijn Coninx. 2h. Sortie : 29/04/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

4 commentaires sur “SOEUR SOURIRE”

Pascale a dit…

Ben quand même, Cécile qui chante Elvis sur son plumard, c'était marrant.

Bon allez, ne réponds pas... c'est l'avant veille... je voulais pas t'énerver.

Rob Gordon a dit…

Tu me cherches ? Avoue, que tu me cherches.
(tu seras où, pendant cette affreuse dizaine de jours ?)

Pascale a dit…

In Glande !

David Marquet a dit…

Oui, mais non. D'abord, c'est un biopic qui raconte la vie de quelqu'un qui connut un court instant le succès planétaire pour finalement arriver à... rien du tout.
C'est tout l'intérêt du film, qui prend à contre-pied les poncifs du genre : le jeune acteur/chanteur dévoré d'ambition, incompris de tous, qui, à force de travail, etc. Dans ce genre de film on apprend surtout que ce jeune acteur/chanteur si sympathique passait en fait le plus clair de son temps à se droguer/tromper sa femme/battre ses enfants/battre sa femme et qu'il était odieux avec tout le monde.
Ici, c'est tout le contraire. Certes, Jeannine ne s'entend pas avec sa famille, et donc elle s'en va. Mais au lieu d'aller tenter sa chance dans les cabarets, elle entre au couvent ! Avouez tout de même que c'est pas banal. Surtout en 1959.

De plus, il est rafraîchissant de voir un film aussi profondément anticlérical, ou, du moins, stigmatisant si bien les moyens risibles que l'Église catholique a déployés pour mettre cette pauvre sœur sur le devant de la scène... tant que ça les arrangeait.
Dès qu'elle se mit en tête de glorifier la pilule, ils l'ont, ben oui, crucifiée.

Oui, c'est vrai, Sœur Sourire, aujourd'hui, tout le monde s'en fout. Oui, c'est vrai, mes parents en rient encore, de "Dominique qui nique, nique". Mais l'histoire de ce fameux tube, qui la connaît ? Bien sûr ses chansons étaient merdiques, mais on illustre bien comment son couvent et Philips l'ont dépossédée de ses droits d'auteur, même après qu'elle eut renoncé à ses vœux.

Quant à l'interprétation, je la trouve formidable : bon, quand j'ai vu l'affiche, je me suis dit "O mon Dieu" (sans jeu de mots, je suis athée intégriste) et en outre je suis complètement fan de Cécile de France. Mais franchement, pour réussir à m'intéresser à la vie d'une nonne, faut y aller ! Surtout que c'est elle qui chante, et elle a une très jolie voix. Et, chose rare dans un film francophone (rare depuis Renoir, Truffaut et Pialat, en tout cas) (oui, je sais, j'exagère, c'est exprès) ils sont tous remarquables.
Mention spéciale à Sandrine Blancke, qui joue Annie, dont la finesse de jeu m'a beaucoup ému.
La mise en scène est classique, il est vrai : mais une mise en scène invisible vaut mille fois mieux qu'une accumulation d'effets tape-à-l'œil.

Dernière chose, à propos de l'homosexualité possible de Sœur Sourire, soi-disant assénée avec un marteau-piqueur. Selon moi, elle ne devient palpable que lors de la scène du bain (mais je suis peut-être bouché à l'émeri). Non, la seule déception, au contraire, c'est qu'il n'ait pas le culot de nous montrer une vraie scène de cul (ou au moins un baiser !) entre elles deux. Cette pseudo-pudeur est plus anachronique que le sujet du film : certes à l'époque on ne parlait pas de ces choses-là, mais nous sommes au vingt-et-unième siècle, alors appelons une chatte une chatte !
(Enfin, on voit furtivement les seins d'Annie, c'est un moindre mal).

Ce ne sont que des réactions à chaud (je viens juste de voir le film) et je n'aurais sûrement pas payé pour voir ça, néanmoins je pense que ce réalisateur vaut la peine d'être suivi, et qu'un biopic sur un tel sujet sera toujours plus captivant qu'un film sur... comment s'appelle-t-il, déjà, ce chanteur plus ou moins noir, mort récemment, et qui aurait prétendument révolutionné la musique ? Ah merde, j'arrive jamais à me rappeler de son nom. Vous voyez qui je veux dire ?

P. S. : Le nom de ce blog est mensonger : je suis le seul à toujours avoir raison. Mais si les autres (Rob Gordon, entre autres) ont tort, ils en ont parfaitement le droit.
Je sais je ne devrais pas, mais c'est plus fort que moi, je suis comme ça, c'est mon côté homme de gauche.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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