30 mai 2009

NE TE RETOURNE PAS

Après le vénéneux Dans ma peau, on attendait beaucoup du deuxième long de Marina de Van, au pitch étrange et captivant. Alors voilà : c'est l'histoire de Sophie Marceau qui se transforme en Monica Bellucci. Ou quand le cinéma français daigne enfin prendre des risques. Présenté à Cannes en séance spéciale, Ne te retourne pas a reçu un accueil comme seul le festival peut en distribuer - houleux, moqueur, irraisonné - et une volée de bois vert de la part de la quasi-totalité de la critique. C'est ce qui arrive quand un film va jusqu'au bout de ses audaces mais se perd en chemin. Car bien que méritant mieux que les sifflets et les ricanements, Ne te retourne pas est un film très bancal, pour ne pas dire raté.
Pourtant on reste longtemps scotché à son siège, pétrifié par une angoisse latente différente mais aussi forte que celle de Dans ma peau. Comme chez Cronenberg, référence inévitable, l'héroïne connaît une grave crise se traduisant par une lente et pénible mutation. Et pas seulement de son corps : chez Jeanne, tout change, de la perception de l'espace - les pièces de l'appartement semblent avoir leur propre vie - au visage de ses proches. C'est d'autant plus subjuguant que la réalisatrice utilise des effets visuels assez dérangeants, où les visages sont hybrides, comme dans une expérience de morphing qui aurait dégénéré. Par-dessus tout, c'est par la force de la mise en scène que Marina de Van parvient à faire exister la psychose qui étreint son personnage : découpage précis, image léchée mais pas trop, jeux d'ombres et de miroirs. Il ne manque pas grand chose à cette première partie pour être carrément brillante : peut-être une interprète impliquée de façon plus épidermique, Sophie Marceau livrant une prestation correcte mais pas plus là où d'autres auraient emporté le morceau.
Le problème de Ne te retourne pas, c'est qu'il se met à patiner une fois la mutation accomplie. Lorsque Jeanne se met en tête de découvrir pourquoi elle s'est ainsi transformée, on décroche irrémédiablement, sombrant sous un flot d'explications indignes de l'inventivité de Marina de Van, car aussi pataudes que déjà vues. Réduire une histoire si charnelle à un bête trauma d'enfance a tout de même quelque chose de rageant, d'autant que Dans ma peau évitait très bien l'écueil de l'explicatif. Malgré une Monica Bellucci convaincante (on peut penser que c'est son meilleur rôle), la quête italienne de Jeanne devient rapidement soporifique et agaçante, jusqu'à un enchaînement de fausses fins peinant visiblement à boucler la boucle.
Au final, on n'est pas sûr de bien comprendre où Marina de Van voulait en venir. Le film joue la carte du mystère avant de griller ses cartouches dans la longue deuxième partie, tout cela sans raison ou presque. Car au fond, que dit Ne te retourne pas ? Que les racines, c'est important. Et que la création n'est possible que si on est en paix avec soi-même et avec ses souvenirs. Idées à peine effleurées, mais amenées avec une lourdeur franchement décevante (le plan final donne le coup de grâce). Même si Cannes aurait sifflé tout pareil, il aurait sans doute été préférable de poursuivre jusqu'au bout dans le délire psychique et paranoïaque au lieu de tenter de dire des choses - et de mal les dire. Pour autant, le cas de Van est loin d'être désespéré : en peaufinant sa direction d'acteurs (les deux mâles du film sont archi nuls) et en favorisant le radicalisme du début à la soupe mélo de la fin, la réalisatrice a de quoi être l'un des fleurons d'un certain cinéma français, peut-être pas à la hauteur de ses illustres modèles mais pas si loin quand même.




Ne te retourne pas de Marina de Van. 1h51. Sortie : 03/06/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

4 commentaires sur “NE TE RETOURNE PAS”

pL a dit…

Un film faussement complexe, qui use les figures du double pour s'aventurer sur des chemins balisés, vus et revus dans des films du même style. Ne te retourne pas n'a finalement rien d'intéressant à dire, et, en plus, sonne continuellement très faux. Par contre je suis d'accord avec toi sur le fait que la transformation du visage est très dérangeante et plutôt réussie.

Anonyme a dit…

moi je suis québécois, et j écoute rarement des film français, mais ce film est venu me chercher, une prestation inoubliable celons moi des actrice, j avoue ne pas avoirs trop bien compris la fin mais je le recommanderais a tout le monde.

Anonyme a dit…

Film magnifique à mon gout. je le recommanderai à tout le monde aussi. Merci encore 1 fois Marina de Van

Anonyme a dit…

Si l adulte existante est en fait rosa maria je n ai pas compris pourquoi en italie elle tente de coucher avec celui qui en verite son frere et lui ne la repousse pas...

 
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