14 mai 2009

LÀ-HAUT

À bien y réfléchir, les dernières productions Pixar racontent toutes plus ou moins la même histoire : celle d'un être seul (un cuistot, un robot, un vieux pépé), sans perspective d'avenir, et dont l'existence toute entière va connaître un nouvel envol suite à l'irruption inattendue d'un personnage au moins aussi singulier (un rat, une robote, un scout un peu bouboule). Seulement voilà : Pixar n'est pas qu'une grosse firme qui pond des films d'animation avec une précision de métronome. C'est aussi une équipe d'auteurs et de réalisateurs extrêmement compétents mais surtout pourvus de personnalités et d'inspirations différentes - des êtres humains, en somme. Le raccourci "film Pixar" n'est donc qu'un terme générique, qui ne peut masquer la diversité des thèmes et univers qui se cachent là-dessous. Ratatouille, Wall-E et Là-haut ont beau être reliés par un pitch voisins, chacun de ces trois films est fondamentalement différent des deux autres. Là-haut n'est ni le plus réussi (mais comment faire mieux que Wall-E ?) ni le plus moyen (ne citons pas d'exemples pour ne froisser personne) des films Pixar (quelle sale habitude), mais confirme en tout cas cette tendance qu'a le film d'animation à zigzaguer entre une béatitude enfantine et une noirceur pas loin d'être déprimante. Ce qui constitue ni plus ni moins le salut du genre.
Durant une dizaine de minutes, on se prend même à rêver que Là-haut renouvelle l'incroyable exploit de Wall-E (dont le co-scénariste Pete Docter est ici à l'écriture et à la réalisation), celui de toucher au coeur dès la première minute pour ne plus guère lâcher le spectateur ensuite. La présentation de Carl Fredricksen, notre héros haut comme deux pommes, est juste belle à se damner, résumant en une poignée de plans et avec de moins en moins de mots l'essence même de sa vie et de son bel amour perdu. Il n'en faudrait pas beaucoup plus pour que le spectateur se mette illico à sortir son mouchoir et à retirer ses lunettes 3D pour se tamponner les yeux. Emballé c'est pesé, on arrive complètement conquis au moment de l'argument principal du film : l'échappée belle du papy grâce à une bicoque soulevée par des ballons d'hélium. Et l'on se dit qu'ils sont forts, chez Pixar, avec leur faculté à inventer des histoires à dormir debout et à les faire tenir sur la durée.
La durée, justement : c'est là que Là-haut coince un peu. On peut comprendre qu'une heure et demie dans une maison volante avec un gamin et un senior ne semble pas suffisant aux auteurs. Mais le rebond scénaristique proposé ôte pas mal de magie à l'ensemble et rapproche surtout le film d'oeuvres bien moins ambitieuses dont on nous abreuve à chaque début de vacances scolaires, à savoir le film-d'aventure-avec-des-animaux-rigolos-et-qui-parlent. On croisera donc un chien qui dit tout haut ce qu'il pense, un drôle d'oiseau bleu un peu idiot, et une meute de cabots assez impitoyables. Et papy Carl et ses ballons, dans tout ça ? Ils passent un peu à l'as pour mieux permettre à Là-haut d'enchaîner les scènes amusantes et les gags plutôt punchy. Les enfants sont contents, mais le spectateurs légèrement plus mûr peut légitimement trouver qu'il y a tromperie sur la marchandise.
Mais Docter et Paterson ne sont pas des marchands de soupe, et donnent régulièrement à leur film une tonalité plus adulte. Si le titre original est Up, nul doute qu'Up and down aurait tout aussi bien fait l'affaire : comme dans une période de dépression, l'atmosphère connaît des hauts et des bas. Il est question de mort, de destruction, d'oubli, les méchants sont vraiment méchants, et le noir très noir. Que chacun se rassure : Là-haut finira bien, par une touche d'allégresse et de poésie, en compagnie de ce si attachant Carl Fredricksen, sans conteste la plus grande réussite du film. Il nous séduit pleinement là où d'autres, son jeune acolyte comme les méchants chiens, semblent légèrement fades ou déjà vus. Esthétiquement parfait (mais c'est une évidence), idéalement dépourvu de morale (ce qui plombait par exemple Ratatouille), Là-haut n'est pas le chef d'oeuvre ultime des studios Pixar mais un divertissement incroyablement sympathique, qui donne envie de partir à l'aventure et d'aimer la vie, malgré les obstacles et les désillusions.




Là-haut (Up) de Pete Dcoter & Bob Peterson. 1h35. Sortie : 29/07/2009.

3 commentaires sur “LÀ-HAUT”

Jocelyn a dit…

Bon, maintenant qu'on est entre nous, quels sont pour toi les films les moins réussis de Pixar ?

Rob Gordon a dit…

1001 pattes et Cars. Et aussi, mais dans une moindre mesure, Le monde de Nemo et Ratatouille.

coming soonn a dit…

j'ai beaucoup aimé le petit côté amer du film notamment dans la fin. Mine de rien Carl vient à la remise mais le père est absent et rate ce qui est un moment important pour son fils. Je suis contente que le film ne se termine pas sur un total happy end.
concernant le début c'était effectivement merveilleux (la meilleure partie du film à mes yeux)

 
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