23 mai 2009

ÉTREINTES BRISÉES

En ce début de siècle, c'est devenu une tradition: le dernier Almodóvar sort fin mai, en plein milieu du festival de Cannes, créant l'émotion (quasi) générale et faisant naître un scandale en forme de feu de paille chez les fans hardcore (« Quelle honte, il n'a pas eu la Palme, z'ont pas de coeur »). L'autre tradition, qui date quant à elle du siècle dernier, c'est que le dernier Almodóvar ressemble au précédent, par les thèmes, l'ambiance et le casting. Et Étreintes brisées n'échappe pas à la règle : zéro dépaysement pour qui connaît la mécanique si bien rodée de ce père tranquille du cinéma ibérique. Il est difficile de reprocher quoi que ce soit à un film toujours aussi bien écrit, et qui plus est tendu que Volver. Mais ce petit rythme pépère est en train de se transformer en une routine certes pas désagréable mais un rien ronronnante. Films politiques, films historiques, et d'autres encore : Almodóvar nous avait promis des projets différents, et l'on se retrouve finalement avec toujours la même soupe.
Reste que cette soupe n'est pas ragoûtante, Almodóvar ayant toujours cette faculté à puiser chez les auteurs policiers pour bâtir des films en noir et rose, aussi romantiques (ou érotiques) que sombres dans leurs thématiques. Fort bien construit, Étreintes brisées est une valse lente sur l'amour passion, l'amour destructeur, le poids de la création. Le souci, une fois encore, c'est qu'on aurait pu dire cela de ses cinq (ou dix) films précédents. Et que certaines des oeuvres précédentes, tout aussi bien écrites, semblaient plus émouvantes ou plus profondes. La petite différence de ce film-ci, c'est que malgré la dureté de certains sujets abordés, il semble comme enveloppé de douceur, quasiment débarrassé des penchants racolo-vulgaires du cinéaste. Et grâce à qui ? Grâce à une Penélope Cruz juste merveilleuse, qui dépasse son simple statut d'icône almodóvarienne en devenant celle qui permet au réalisateur de se canaliser, comme doucement envoûté par sa beauté non feinte, celle d'une femme capable de se montrer sans maquillage, de proposer un visage imparfait et de s'en contrefoutre. Lorsqu'elle est à l'écran, plus rien d'autre n'existe.
Même si plus en retrait, son partenaire Lluis Homar est également très convaincant et assez touchant dans ce rôle d'artiste devenu aveugle et ayant plutôt bien surmonté ce handicap malgré un passé chargé en pathos. Lorsqu'il daigne enfin raconter à son jeune co-auteur les évènements qui l'ont mené à sa perte quinze années plus tôt, se crée une atmosphère délicate et plutôt pudique, qui contraste avec le caractère excessif de certains rebondissements. Même s'il risque de finir par s'épuiser (ou nous épuiser) côté thématiques, Almodóvar est encore et toujours un merveilleurs directeur d'acteurs, et un amoureux passionné des êtres humains et du cinéma. Le voir rendre hommage à l'un de ses propres films (Femmes au bord de la crise de nerfs, pour ne pas le citer) par le biais d'une longue scène de film dans le film aurait ressemblé, chez d'autres, à une exaspérante crise de nombrilisme. À l'écran ne transparaît que sa nostalgie et son amour pour une oeuvre dont il commence à avoir fait le tour mais qui crée avec habilité et ardeur une émotion toujours renouvelée.




Étreintes brisées (Los abrazos rotos) de Pedro Almodóvar. 2h09. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

4 commentaires sur “ÉTREINTES BRISÉES”

Nicolinux a dit…

Je suis d'accord avec toi, même si un peu plus enthousiaste. En effet, on a parfois le sentiment qu'il refait toujours le même film. Mais il ne le refait pas à l'identique, il le perfectionne. Ça me fait penser, toutes proportions gardées bien sûr, à ces artistes classiques (peintres par exemple) qui ont passé leur vie à refaire toujours la même œuvre en l'améliorant sans cesse. Sans chercher aussi loin, Almodovar me fait un peu penser à Woody Allen qui est aussi un réalisateur de la répétition, au moins dans les thèmes ou la mise en scène (même si ses films européens ont un peu cassé la routine).

J'ai trouvé ce nouveau cru très bon, tant pour l'histoire que pour la réalisation, sans oublier Penélope Cruz, effectivement très très bien.

Bon enfin voilà, j'ai vraiment bien aimé. Ceci étant, je ne suis pas sûr qu'il mérite la Palme, mais je suis mal placé pour le dire, c'est pour l'instant le seul film en compétition que j'ai vu.

www.haarg.net a dit…
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Foxart a dit…

Grosse déception, en ce qui me concerne...

bruno a dit…

de mon humble point de vue.........le film de pedro almodovar tend la... vers la perfection, en se rapprochant aussi bien par le scenario que par la vision globale
(atmosphere, jeux des acteurs, mouvement de camera , dialogues intimistes et maitrisés) du maitre alfred-hitchkock et oui rien que cela....bravo!!!!!!

 
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