31 mai 2009

En attendant le film #3 : Le temps n'est rien / The time traveler's wife

Peintre, romancière, enseignante en arts plastiques, Audrey Niffenegger est de ces touche à tout dont la polyvalence pourrait presque inquiéter et faire douter de l'existence d'un réel talent. Son premier roman, Le temps n'est rien (titre qui semblerait presque meilleur que The time traveler's wife), remet immédiatement les pendules à l'heure : c'est un très grand bouquin, qui pourrait donner un très grand film. Pas moins.
À la base, Le temps n'est rien ressemble à une énième aventure spatio-temporelle : c'est l'histoire d'Henry, un bibliothécaire atteint d'une curieuse anomalie génétique. Et pour cause : à tout moment, Henry peut se volatiliser et se retrouver non seulement à une autre époque, mais également à un autre lieu, tout nu et sans repères. Voyageur malgré lui, Henry tente pourtant de se construire une vie cohérente, dans une illusion de normalité. Le plus difficile dans tout ça n'est pas d'être parachuté n'importe ou et n'importe quand dans le plus simple appareil, mais de parvenir à entretenir sa relation avec Claire, la belle artiste dont il est tombé amoureux. Sachant que Claire vit quant à elle une existence tout à fait normale (temporellement parlant), pas évident de s'aimer, de construire quelque chose et de ne pas s'égarer en route. Henry et Claire ne feront que se perdre et se retrouver, se rencontrer à différentes étapes de leur vie, se redécouvrir encore et encore et se raconter leur futur commun.
Le temps n'est rien est une fabuleuse histoire d'amour, une épopée lyrique mêlant le picaresque au fantastique, une fresque familiale chaleureuse et bouleversante, et 516 pages de bonheur qu'il est bien difficile de lâcher, même pour aller faire pipi. Niffenegger a du style, de l'esprit et une inventivité sans limite, dépassant son fascinant postulat pour en tirer le meilleur. Plusieurs idées assez géniales lui permettent de trouver un ton singulier et séduisant. La première est de rapidement balayer du revers de la main les pesantes considérations spatio-temporelles qui caractérisent la plupart des oeuvres sur le voyage dans le temps : la question de savoir si révéler à quelqu'un des éléments de son avenir peut le modifier est traitée avec légèreté, et il est vite établi que le continuum espace-temps cher au fameux Doc Brown ne sera pas bouleversé si tel personnage apprend que sa couleur préférée sera le vert. Dans Le temps n'est rien, le facteur humain est toujours préféré à l'étude technique, Niffenegger ne prétendant jamais dépasser HG Wells.
L'autre idée intéressante, pas révolutionnaire mais absolument essentielle, c'est que la romancière ne fait pas de ses héros deux icônes romantiques, mais des êtres de chair et de sang avec leurs contradictions, leurs erreurs, leurs bassesses. Ainsi, on évoque à plusieurs reprises le fort penchant de Henry pour l'alcool, et sa propension à la violence envers les femmes. Et puis on passe des heures, attablé entre amis, à boire du pinard (ou autre) et à causer sexe. Comme dans la vraie vie, en somme, et pas comme dans Autant en emporte le vent. De ce fait, l'identification est facilitée et évite au livre de sombrer dans l'anticipation glacée.
Sur grand écran, Eric Bana joue Henry, Rachel McAdams est Claire, et c'est plutôt bien trouvé. La grande inconnue, c'est la présence derrière la caméra de Robert Schwentke, réalisateur d'un Flight plan techniquement irréprochable mais dépourvu de matière. Sachant que Gus van Sant était le premier réalisateur pressenti pour le projet, ce qui aurait tout de même eu bien plus de gueule, on peut cependant penser que le scénario est en béton (même s'il a dû être bien difficile de faire des coupes dans cette gigantesque toile d'araignée), et que le choix de son remplaçant par New Line Cinema ne s'est pas fait n'importe comment. C'est en tout cas un pari très difficile, mais qui s'il est réussi peut devenir l'un des gros coups de coeur de cette année cinéma.



Le livre : Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger. Disponible en poche chez J'ai lu. 516 pages. 8,90 euros.

Le film : The time traveler's wife de Robert Schwentke. Sortie le 14 août 2009 aux USA. Sortie française le 19 août 2009.

1 commentaire sur “En attendant le film #3 : Le temps n'est rien / The time traveler's wife”

Stella a dit…

C'est l'un des films que j'attends le plus ; j'aime beaucoup le livre et j'adore Rachel McAdams.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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