17 avr. 2009

NE ME LIBÉREZ PAS, JE M'EN CHARGE

Réalisatrice de fictions pesantes, très ancrées socialement, Fabienne Godet se tourne cette fois vers la case doc avec ce portrait de Michel Vaujour, petit gangster et surtout roi de l'évasion, qui s'est fait la belle cinq fois en 27 ans d'emprisonnement. L'ensemble est d'une extrême simplicité : assis dans sa salle à manger, filmé en très gros plan, Vaujour résume les grandes étapes de sa vie, respectant scrupuleusement la chronologie et ne s'autorisant que quelques digressions. Aussi passionnant soit son parcours, Ne me libérez pas, je m'en charge pâtit pourtant de cette absence caractérisée de style, de partis pris. Le cinéma est censé être un art, or il n'y a rien d'artistique là-dedans. Juste deux ou trois paysages pour faire joli ou marquer les transitions.
Très en retrait, Fabienne Godet semble peu directive et laisse Vaujour faire son propre film, tirer les fils de sa vie à la vitesse où il l'entend. On sent que ces dizaines d'années d'ascèse (17 ans en cellule d'isolement !) pèsent sur cet homme, véritable moulin à paroles qui pense à mille choses à la fois, ressasse des formules de son cru comme des mantras, nous sert une philosophie qui l'a sans doute aidé à survivre mais qui a également un côté indéniablement foireux. C'est à la fois la force et la limite du film : montrer que ce prétendu héros n'en est pas un, que c'est un homme archi ordinaire, détruit non seulement par la prison mais aussi et surtout par son mode de pensée tordu et parfois primaire.
Souvent agaçant, parfois émouvant, Vaujour n'est jamais aussi convaincant que quand il explique les circonstances de ses évasions, la minutie de la préparation, l'adrénaline du moment. Un rien admirative, Fabienne Godet laisse alors ses yeux briller, oubliant un temps la souffrance et le malheur que ce type a pu causer autour de lui tout au long de sa vie. Michel Vaujour ne sort pas grandi de ce film, mais il n'en sort pas non plus démoli, et c'est sans doute ce qui sauve cette oeuvre désorientée, qui aurait bien eu besoin d'un vrai cinéaste pour la porter.
5/10
(également publié sur Écran Large)

2 commentaires sur “NE ME LIBÉREZ PAS, JE M'EN CHARGE”

Vrif a dit…

Je crois, cher monsieur, que vous ne connaissez pas grand chose à l'art cinématographique pour donner pareil avis. Ce film est un document à la forme extrêmement maîtrisée, tout en sobriété — une sobriété et une absence d'effets en parfaite adéquation avec le parcours humain de Michel Vaujour. Une vraie leçon de vie — à laquelle vous êtes totalement étranger. Je vous plains sincèrement. Mais sans doute est-ce parce que vous êtes encore un peu jeune..

Anonyme a dit…

je viens de voir le film...et ne suis pas du tout de votre avis..je ne sais pas ce que vous appelez un vrai cinéaste..mais il n'est pas question là de plan, de mise en scène et le montage me semble parfait pour laisser respirer le spectateur entre deux phrases qui pèsent leur poids..je ne trouve pas que Vaujour soit un moulin à paroles..je vois plutôt un homme qui a longtemps pratiqué le silence et pèse ses mots...et ce n'est pas une faiblesse du film de montrer un homme ordinaire! au contraire! devenir un homme ordinaire après un tel parcours est une victoire que vous ne semblez pas pouvoir imaginer...enfin que son amour de la vie et sa gratitude pour "ce qui nous est donné" vous semble une philosophie foireuse me fais craindre pour votre capacité au bonheur...mais peut être que ce terme est pour vous du dernier mauvais gout..

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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