25 avr. 2009

LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE

En 1972, un petit malin du nom de Wes Craven sortait La dernière maison sur la gauche, son premier long-métrage. Le revoir aujourd'hui grâce à l'excellente édition de chez Wild Side est un plaisir sans cesse renouvelé : on y voit comment, en une heure vingt, Craven est devenu le père de toute une génération de cinéastes ô combien différents, de Rob Zombie à Michael Haneke. Sa Dernière maison était en effet une sorte de tragi-comédie gore aux accents réalistes dans lequel quatre personnes un peu frappadingues (dont une madame) séquestraient deux jeunes filles, avant de les violer, de les tuer et d'aller dormir (coïncidence) chez les parents de l'une d'entre elles. S'il n'y avait ce sujet, le film aurait pu passer pour un manifeste hippie, avec son éloge de la nature, sa musique guillerette et sa façon de mépriser les parents et de railler les forces de l'ordre. Un vrai délice.
Alors, quand un réalisateur grec est engagé sur la base de son premier (et certes très bon) film titré Hardcore pour réaliser le remake du film de Craven, il y a de quoi grincer les dents, le ton employé il y a une trentaine d'années ne collant décidément plus à notre époque. Mais Dennis Iliadis l'a bien compris : reprenant simplement la base de départ, La dernière maison sur la gauche se réapproprie totalement cette histoire, la racontant comme un fait divers totalement réaliste, avec son lot de détails et son obsession de la crédibilité. On est cette fois plus proche de Haneke que de Zombie, mais dans un aspect plus hollywoodien (sans le sens péjoratif : c'est juste qu'il s'agit tout de même d'un divertissement, ce que n'était pas Funny games). Le résultat est bigrement réussi : du haut de sa mise en scène ample et ne cherchant jamais l'effet horrifique (ce n'est pas un slasher), Iliadis transcende la glauquerie de la situation de départ et livre un film inconfortable et parfaitement crédible, qui ne subit aucune baisse de régime et maintient la tension jusqu'au générique final.
Le film pose très vite (dès l'introduction, en fait) une règle essentielle : il n'y aura pas de règles, ni de concessions. N'importe quel personnage peut être rudoyé, violenté ou pire, et ce de la façon la plus dégueulasse qui soit. Le prégénérique est totalement renversant car il nous montre que les vilains de cette histoire n'ont aucune morale et se régalent de faire le mal pour le mal. Aucune négociation ou intimidation n'est donc possible : seule la mort pourra éventuellement les arrêter. D'où une impression de danger permanent et d'insécurité totale. De façon assez miraculeuse, le film évite lieux communs et clichés pour nous plonger toujours plus profondément dans ce qui est avant tout un drame humain. Seule la dernière scène pourra éventuellement faire tiquer ; en tout cas, tout ce qui précède est irréprochable et terrifiant, en partie grâce à des acteurs passionnants. À commencer par les interprètes des parents, Monica Potter et Tony Goldwyn (vous savez, le méchant bellâtre de Ghost), qui créent une identification immédiate chez le spectateur. On n'est pas sûr d'avoir envie de revoir ça tout de suite, mais La dernière maison sur la gauche s'impose en tout cas comme l'un des remakes les plus essentiels qui soient, et sans doute comme un futur grand classique qui marque l'avènement d'un jeune prodige.
8/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

4 commentaires sur “LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE”

Foxart a dit…

Et moi, comme d'hab' avec le cinéma d'horreur je suis bon pour le piratage en VO non sous titrée parce que, au mieux ça ne passe qu'en VF et dans le géant multiplexe tout pourri à coté de l'hypermarché (pouah !) soit... bah soit il n'y a pas un seul cinoche à Lille qui le programme... comme c'est la cas, cette fois encore...
Les amateurs de cinoche horrifique et fantastique de province sont vraiment lésés !!!
Et comme dans le réseau Art & Essai, faut pas trop y compter... bah, encore un que je ne verrais pas... avant la sortie DVD US et l'apparition sur la toile...
Par contre je viens de me refaire le "vieux" de Craven et... mouais... pas mal mais loin de valoir son immense réputation.
Un poil surestimé... à mon humble avis...

Rob Gordon a dit…

je suis sûr qu'à l'UGC de Lille ils préfèrent continuer de programmer Dragonball en VF... et c'est sûr que c'est pas le Majestic ou le Métropole qui vont programmer un tel film (quoique j'avais vu Teeth dans l'un des 2) (j'ai des attaches familiales à Lille)

Concernant l'original, c'est clairement pas un film d'horreur, et c'est sans doute là ce qui peut dérouter. Mais je t'assure que plus on le voit, plus il est appréciable.

Pascale a dit…

Bon, je comprends pas tous les mots que tu dis : slasher, goldwyn...
et puis ça fait trop peur, je ne pourrai pas !

Foxart a dit…

J'ai rendu ma carte UGC illimtée il y a plus de 3 ans parce que j'en avais marre des projections pourraves... notamment floues... marre aussi des téléphones portables, des VF et des popcorns...
Je boycotte depuis qyelques mois les Majestic et Métropole pour le même problème de qualité de projo... flous, encore, avec des sièges "en bois" par dessus le marché...
Je redeviens un fidèle du Méliès à V.D'ascq... programmation exceptionnelle, projections de bonne tenue, no popcorn, tout en VO et prix imbattables...

Pour Last house, j'aime bien le film... qui, en effet n'est pas du tout un film d'horreur... C'est juste que je le trouve un peu surestimé...
Mais bon j'ai davantage aimé cette fois que la précédente fois. Tu as donc sans doute raison, il gagne a être revu...

Mais j'oublie que Rob Gordon a toujours raison...
Nous sommes deux, alors lol

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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