30 mars 2009

LA JOURNÉE DE LA JUPE

C'est l'histoire d'une prof qui pète un câble et décide de se servir de l'arme à feu qui lui tombe sous la main pendant un cours de théâtre. Qui fréquente comme moi les salles des profs a rencontré au moins un(e) enseignant(e) correspondant à ce profil, c'est-à-dire pas loin de craquer et pourquoi pas de faire n'importe quoi. L'idée de Jean-Paul Lilienfeld n'était pas mauvaise : créer un retournement de situation dans le rapport dominant/dominé, oppresseur/opprimé, et donner l'occasion au féminisme de s'exprimer autrement que par le biais de petites phrases ou d'actes aussi symboliques que vains. L'illusion dure un petit quart d'heure, le temps d'une scène amusante où Sonia Bergerac découvre que pointer un revolver sur la temps d'un élève est un bon moyen de le forcer à apprendre qui est Molière. C'est dans cet aspect outrancier que La journée de la jupe parvient par endroits à se faire séduisant. Et c'est donc lorsqu'il oriente une voie plus classique, teintée de social, qu'il se casse franchement la figure.
Très vite, le film s'oriente vers une description des rouages des médias et de l'éducation nationale, mêlant d'ailleurs ces deux visions avec un sens du raccourci assez effarant. Tous les profs sont donc des pourris prêts à casser du sucre sur le dos de leurs collègues ou n'aimant rien tant que se faire mousser. Tous les élèves sont des petites frappes ou des victimes. Tous les journalistes sont des pourris. Cela n'aurait rien de choquant si le traitement était ouvertement comique ou s'il apportait quelque chose, mais l'ensemble ne fait finalement qu'enfoncer des portes ouvertes en se pensant original. Comme dans beaucoup de huis clos sans inspiration, on tourne rapidement en rond, Denis Podalydès et Jackie Berroyer étant heureusement présents pour insuffler un peu de vie et d'humour dans cet ensemble creux et inesthétique.
Progressivement naît une impression assez désagréable : celle que Lilienfeld est en train de noyer le poisson au lieu de traiter la problématique liée à son postulat, et qu'il va s'en sortir par une pirouette de façon à ce que la morale soit sauve. C'est effectivement ce qu'il fait, trouvant des circonstances atténuantes à son héroïne et semblant fier d'utiliser ses parents pour tenter l'option lacrymale. On finit par se moquer éperdument de ce qui arrivera à la classe et à la prof. Dommage pour Isabelle Adjani, toujours aussi insupportable en interview, mais qui s'acquitte fort bien de sa tache en interprétant cette femme usée ayant enfin trouvé un exutoire. Son énergie est assez incroyable, comme si elle s'était retenue de jouer depuis dix ans afin de tout donner dans ce rôle-là. C'est pour elle qu'on peut aller voir le film. Pour ce qui est de faire naître le débat sur le système éducatif, mieux vaut voir ou revoir Entre les murs, ou mêmes certaines vraies comédies des années 70-80, aussi excessives mais plus honnêtes.
4/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

8 commentaires sur “LA JOURNÉE DE LA JUPE”

devotionall a dit…

Sans compter l'impression que ce film soit plus une tentative (maladroite) d'aborder le cas de l'Islam et des jeunes ( en opérant un troublant mélange / amalgame entre Islam et perdition sociale et perte de valeurs et ou de repères ) plutôt que le monde de l'éducation.
En effet, on tombe parfois plus dans la comédie involontaire, avec des personnages bien stéréotypés, avec peu de finesse.

dasola a dit…

Bonjour, je te rejoins dans ta critique mitigée. Je trouve que cela manque de point de vue. Ca part dans tous les sens. Il aurait fallu resserrer le propos à la salle avec le prof et les élèves. Point. Le reste est en trop. Je trouve la fin un peu radicale, cela donne vraiment pas envie d'être prof.

Sarah a dit…

Je trouve que si l'on est capable de passer outre certaines imperfections, on peut comprendre le vrai propos de ce film qui est celui de l'exclusion sociale et de ses conséquences graves ! Un film qui devrait être projeté à tout collégien à son entrée en 6ème et qui devrait pousser à plus de mixité sociale (20% de logement sociaux dans toutes les communes mais pas groupés !!!!!) avant qu'il ne soit trop tard si ce n'est pas déjà le cas.

Anne Gallet a dit…

J’ai trouvé ce film remarquable.
Il n’est pas de bon ton aujourd’hui de dénoncer la folle ascension des communautarismes – surtout s’ils sont religieux ou ethniques – ni les exigences absurdes et dangereuses qui y sont associées. Il n’est pas de bon ton de montrer le ras-le-bol de ceux qui subissent cette tyrannie ou y résistent. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ; et quand on n’est pas beau et gentil, c’est qu’on est une pauvre victime-irresponsable-toute excusée. Voilà le discours dont on peine à sortir, en particulier quand on se dit ou se sent «à gauche».
D’une façon générale, j’aime beaucoup l’ambiguïté de tous ces personnages. Quelques-uns sont manichéens mais la plupart expriment le malaise et le doute. Le proviseur et les élèves, par exemple, sont loin d’être complètement pourris.
Plus généralement, je pense que le problème que rencontrent aujourd’hui les livres, les films et les œuvres d’art en général, c’est qu’on exige d’eux qu’ils contiennent un discours ; mais pas n’importe que discours.Uniquement Le bon discours. Il faut que le spectateur (ou le lecteur) sache sans ambiguïté qui est le gentil et qui est le méchant. L’un doit sortir vainqueur, l’autre puni. C’est une dérive de l’œuvre dite engagée. Non seulement elle doit être engagée mais elle doit l’être clairement et du bon côté. On en vient petit à petit à une forme d’art officiel, académique, une forme d’art propagandiste, comme les œuvres produites dans, par et pour les régimes autoritaires. Sauf que maintenant, ce n’est pas l’Etat ou le roi qui dicte ce que l’artiste doit produire, mais les spectateurs, la presse, et finalement l’artiste lui-même. Bizarre et inquiétant.
Lorsque vous comparez La journée de la jupe à Entre les murs, et lorsque vous recommandez de choisir l’un et non l’autre, vous laissez entendre que, sur un même sujet, il n’y a pas de place pour deux films, pour deux points de vue, pour deux regards. Si l’un est bon, l’autre est forcément mauvais. Et celui que vous jugez bon, c’est celui qui est conforme à votre choix idéologique. Car sur le plan artistique, Entre les murs ne vaut pas un clou. Il n’arrive pas à la cheville de La Journée de la jupe.
Si on revisitait les grandes œuvres du passé avec ce même parti pris idéologique, on jetterait tout à la poubelle. C’est d’ailleurs ce que s’efforcent de faire les acharnés de la morale en condamnant a posteriori les plus grands génies de la littérature qui se foutaient pas mal du « qu’en dira-t-on qu’en pensera-t-on ».
Lorsque vous écrivez « il va s’en sortir par une pirouette de façon à ce que la morale soit sauve », je me demande bien de quelle morale vous parlez. Car si on peut à la rigueur considérer que la morale du professeur est sauve (pour le spectateur qui veut absolument de la morale), il y en a une autre qui a du plomb dans l’aile, c’est la morale politique. Ce film dénonce âprement le redoutable stratagème politico-médiatique mis en œuvre pour ne pas décevoir le bon peuple qui croit encore au père noël : Cachez ce drame qui pourrait éveiller les consciences ! Descendez cette prof avant que la vérité n’éclate ! Faites tout votre possible pour que le peuple continue à chanter en chœur « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».
Et finalement, la quasi censure qui s’exerce sur ce film depuis sa sortie en salle, confirme chaque jour la justesse de ce qui y est dénoncé. Pour que la presse (de gauche) s’archarne ainsi sur lui, pour que nos radios nationales lui opposent un tel silence, pour que les grands distributeurs le boycottent comme ils le font, c’est que ce film est dangereux ; une bombe pour l’angélisme ambiant qui préfère unanimement flinguer ses vigies que regarder la vérité en face. Puisque la vérité n’est pas belle à voir, gardons la tête dans le sable le plus longtemps possible !

Anonyme a dit…

Un film balourd, maladroit, bancal et visuellement très moche. Caricatural et finalement sans aucun enjeu dramatique.

Anonyme a dit…

Je suis assez navrée de certains de vos commentaires, mais (malheureusement) ils ne me surprennent pas. Parler de comédie, ou encore de mauvais drame... alors que ce film n'est ni plus ni moins un formidable coup de poing dans la figure des biens pensants. Biens pensants de tout bords d'ailleurs, droite décomplexée ou gentils socialistes. Ce film soulève toutes les questions que l'ensemble de la société française se borne à éviter. Mais pourquoi? Serait ce scandaleux de vouloir, pour une fois, parler de choses aussi importantes sans tomber dans d'infects clichés ou d'ignobles mensonges?...
Alors RÉVEILLEZ-VOUS!
Merci à Anne Gallet pour son message.
Signée: Claire H.

Rob Gordon a dit…

Des élèves difficiles, j'en côtoie tous les jours (sauf là, car je suis en vacances). Le système éducatif, je l'observe tous les jours. Les discussions entre profs, avec les parents, avec les élèves, ça n'arrête pas. Je ne vois pas où est l'innovation dans ce truc tout plat, déclinaison vaguement dramatico-sociale de grosses comédies comme Le plus beau métier du monde, qui au final en disaient presque plus sur le métier de prof, la condition de l'élève et autres sujets dont Lilienfeld ne sait rien.

Anonyme a dit…

Je ne suis pas certaine que ce film dévalorise l'image du corps enseignant, au contraire... Il ne reflète peut être pas "le quotidien" exact d'un enseignant.
Ce n'est pas un film accusateur. Il est peut être temps de lever le voile sur certains tabou que se soit du côté des enseignants ou des élèves.
Claire H.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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