"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

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SURVEILLANCE

Surveillance est le deuxième long de Jennifer Lynch, fille de qui vous savez. C’est un film extrêmement bizarre, ce qui n’a a priori rien d’étonnant lorsqu’on imagine que la moitié des chromosomes de la réalisatrice lui ont été refilés par un cinéaste génial mais barré. Attention : Surveillance n’a rien d’un film lynchien au sens traditionnel. Aucune image bizarre à proprement parler (rien d’inexplicable en tout cas), pas de distorsion du temps (les flashbacks sont clairement mis en avant), pas de freak show ni d’univers parallèle. Jennifer Lynch a son propre univers, et c’est très bien comme ça.
Ça commence comme un policier classique, peut-être quelque part entre Usual suspects et Les experts, ou peut-être pas du tout. Car l’étrangeté de certains personnages nous prépare à un long glissement vers autre chose, une folie douce et inquiétante, une exploration du malaise et de la violence. Comment être rassuré lorsque les deux agents du FBI chargés d’enquêter sur une affaire sanglante sont encore plus louches que les suspects potentiels, et que les flics qui les accueillent dans leur commissariat semblent aussi stupides que pervers ? Surveillance vous rendrait parano, contraignant chacun à rester que le qui-vive en permanence, à l’affût de la moindre étincelle susceptible de mettre le feu aux poudres.
Entrecroisant les interrogatoires des survivants (un flic à moustache, une jeune cocaïnée et une petite fille étonnamment sereine pour quelqu’un qui vient de perdre toute sa famille), Jennifer Lynch montre à quel point la perception des évènements peut varier, et comme le mensonge est présent en chacun. Ce n’est pas nouveau ? Certes, mais c’est fait avec tellement d’aplomb que le décalage entre les images et les propos des témoins devient jouissif. Tout en participant à cette grande entreprise de flip collectif. On nage dans le mystère, tout en sachant bien que l’essentiel n’est pas dans la résolution de l’affaire policière. La fin nous donnera raison, apportant des réponses transformant le film en un objet bien différent d’un polar, un truc frustrant puisqu’impossible à défendre sans en révéler l’irrévélable. Il s’agit en tout cas d’une œuvre singulière, naviguant parfois aux frontières du ridicule, qui ne manquera pas de perdre des spectateurs en route mais éblouira les quelques survivants. Surveillance est un film facile à haïr, mais que l’on peut également aimer sans pouvoir mettre de mots sur ce sentiment. C’est sans doute cela qu’on appelle le talent.
9/10
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WALL-E

L'an dernier, l'univers tout entier s'extasiait devant les aventures incroyables (hum), hilarantes (hum) et touchantes (hum) d'un rat parisien devenu roi de la cuisine. Pixar avait à nouveau réussi son pari : faire briller les yeux des gens, ébahis par un sens révolutionnaire de la morale (hum) et un savoir-faire technique irréprochable (du genre "waow, c'est dingue, les poils on dirait des vrais"). Ne manquait qu'un peu d'humanité, de matière, d'esprit pour faire un vrai film capable de ne pas toucher que les milliards d'ados attardés dont l'angélisme pollue un peu trop notre planète. Arrive Wall-E, petit robot ménager ressemblant d'assez près à son vieil oncle Johnny 5, et dernier locataire d'une Terre étonnamment vidée de sa population. De quoi s'attendre à un nouveau feu d'artifice technique (du genre "waow, les boulons, on dirait des vrais") et à une morale aussi belle que rebelle, nageant quelque part entre l'insupportable Yann Arthus-Bertrand et le lourdaud Nicolas Hulot.
L'erreur, c'est que Wall-E n'est pas un film d'animation. C'est un film tout court, qui s'assume en tant que tel, et a le courage de ne plus se planquer derrière la beauté de ses images et l'universalité de son message bien coloré. Scénariste et réalisateur du film, Andrew Stanton y révèle un talent bien plus profond que celui de simple animateur de bonshommes et de robots. Son oeuvre convoque Arthur C. Clarke, Jacques Tati, Stanley Kubrick et Andrei Tarkovski. Wall-E est un film visionnaire, en toute humilité, et va bien au-delà de ce que même les fans les plus extrémistes pouvaient attendre d'un Pixar.
Deux parties : largement reprise dans l'assommante campagne promotionnelle, la première se déroule donc sur Terre, avec ce petit Wall-E qui tue le temps en rangeant la planète et en collectant les objets insolites qu'il trouve sur son passage. Seul compagnon : une sauterelle. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre que tout le début du film est muet, sauf à considérer les trois mots prononcés par le héros d'acier avec sa voix électronique. Comme dans un Je suis une légende version drôle, on suit Wall-E au gré de ses micro-aventures burlesques, chaplinesques, d'une naïveté confondante qui provoque à la fois des crises de rire et une intense émotion. On aura rarement vu autant de nostalgie que dans les yeux de ce petit être si sensible alors qu'il aurait dû être inanimé et complètement froid. À vrai dire, on passerait bien une heure et demie avec lui, à trier des déchets et à engranger les souvenirs d'un temps où les humains vivaient dans le bonheur (ou dans son illusion). Mais voilà qu'arrive Eve, robot femme, glacée et aux réactions épidermiques, qui vient ravager le coeur de Wall-E et tenter d'accomplir une mission mystère sur la Terre. Toujours aussi muet que le début (peu d'autres mots que "Wall-E" et "Eve" sont prononcés), ce chapitre annonce la mutation d'un film toujours plus inattendu. À l'anticipation se mêle une romance intense et compliquée, proprement bouleversante, qui va nous mener imperceptiblement vers la deuxième moitié de ce Wall-E qui nous a déjà conquis depuis fort longtemps.
Seulement voilà : comment faire plus beau et plus fort que cette première partie parfaite mais humaine ? Comment ne pas rompre cette magie, puisque d'autres personnages et d'autres enjeux vont forcément apparaître ? La réponse d'Andrew Stanton est fort simple : il suffit d'avoir un talent monstre et un regard affûté. Cette bifurcation, qu'il faut absolument découvrir par soi-même, apporte la preuve irréfutable du caractère visionnaire de cette oeuvre. La vision du futur est glaçante et crédible, très poussée mais pas caricaturale. Dans ces nouveaux décors, Wall-E et Eve vont se débattre et tenter d'arriver à leurs fins, à travers une nouvelle montée en puissance étourdissante et irrésistible. L'ambition de Pixar et de Stanton a été revue à la hausse : Wall-E n'est clairement pas un film pour les enfants. Certes, ils apprécieront les gags les plus accessibles (Wall-E qui se casse la figure, Wall-E qui joue au jokari...) et les quelques courses-poursuites qui jalonnent cette deuxième partie, mais le propos et le génie de l'ensemble leur échapperont complètement. D'autant qu'en cohérence avec les thèmes abordés, le film refuse l'obsession de l'exploitation commerciale, refusant d'aligner des hordes de personnages secondaires gaffeurs clairement identifiés, avec chacun son nom et sa personnalité. Poursuivant un objectif plus marqué et plus haut placé, Stanton ne s'attarde pas sur ce genre de vignettes qui rendent les films amusants mais les détournent de leur voie.
Il est impossible d'en raconter davantage sur la construction dramatique du film, mais Wall-E atteint en tout cas de vrais sommets dans sa description de l'univers et de ce que nous en avons fait. Il y a bien une morale, mais celle-ci n'est pas martelée façon Disney. Tant pis pour la répétition : Wall-E n'est pas un film d'animation, c'est un film tout court. Une brillante oeuvre de SF qui mêle à son ingrédient de départ un sérieux soupçon de romance et un gros bloc de tragicomique. Mise en scène admirable et inventive, refus des concessions : Wall-E est capable de séduire un public exigeant, qui fait habituellement la moue devant les produits animés. Les marmots, eux, seront peut-être moins conquis. Pas grave : il suffira, en rentrant à la maison, de les coller devant le poste et de leur mettre pour la 217ème fois une gentille connerie façon Cars ou Le monde de Nemo, et ils auront totalement oublié ce très grand film bien trop intelligent pour eux.
9/10
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LA CITÉ DES HOMMES

Il y eut La cité de Dieu, gigantesque arnaque décrivant le quotidien sordide d'enfants des favelas avec un traitement façon MTV ; il y eut La cité des hommes, série en quatre saisons déclinant les mêmes thèmes sur un mode plus posé donc moins insupportable ; troisième et dernier (?) acte, cette Cité des hommes est donc l'adaptation d'une série elle-même adaptée d'un film. De là à dire qu'on tourne en rond, il n'y a qu'un pas, d'autant que le film de Paulo Morelli ne renouvelle pas franchement le genre. On peut néanmoins admirer le contrepied pris par la réalisation, qui refuse l'ignoble bling-bling qui fit le succès du film de Fernando Meirelles, filmant les favelas comme des favelas et pas comme des casinos du Nevada.
Resserrée sur une histoire d'amitié entre deux jeunes hommes (déjà présents dans la série), La cité des hommes parle joliment du destin, de l'importance de se choisir un avenir, de la condition de père. Pour se construire ou se détruire, les deux héros en passeront obligatoirement par quelques épisodes violents, mais les meurtres et le sang resteront la plupart du temps hors du champ. Réalisme, oui ; racolage, non. Reste qu'on aurait pu attendre film plus ambitieux de la part d'une équipe qui travaille sur les mêmes faits et lieux depuis maintenant cinq ans : le résultat ressemble davantage à une compilation des "meilleurs" moments de la série qu'à une oeuvre originale. Pour explorer en profondeur la face sombre du Brésil, mieux vaut attendre le formidable Troupe d'élite, Ours d'Or à Berlin, et qui débarquera sur nos écrans début septembre.
6/10
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MEDIEVAL PIE : TERRITOIRES VIERGES

Voilà encore un exemple de la roublardise totale des distributeurs : ne sachant comment vendre ce pâlot Virgin territory, ils l'ont donc rebaptisé Medieval pie, histoire de faire croire à un teen movie graveleux se déroulant au pays des châteaux-forts. Or, il s'agit en fait d'une version "moderne" du Decameron, recueil de 100 nouvelles écrites par Boccace et déjà adapté par Pier Paolo Pasolini en 1973. Et c'est surtout une aberration totale, un machin moche et sans intérêt, joué par de jeunes acteurs déjà en fin de carrière. On y voit des nonnes de dévergonder en improvisant des parties à trois avec ce bellâtre d'Hayden Christensen, des mecs danser les fesses à l'air pour je ne sais plus trop quelle raison, et des filles tenter d'exciter de jeunes puceaux en chaleur en branlottant frénétiquement les pis d'une pauvre vache (ce qui se terminera par une éjaculation faciale, mais avec du lait). Bref, c'est consternant.
Pour supporter ça, il faudra mettre son exigence cinématographique de côté, et se contenter de goûter les plastiques souvent irréprochables des différents protagonistes du film. Medieval pie, c'est un film érotique de seconde zone faisant l'ellipse sur les scènes de sexe, un montage de petits fantasmes pour adolescent(e)s en manque de corps-à-corps, un film dont les aspirations ne sont finalement pas si éloignées de celles du grand Max Pecas de On se calme et on boit frais à Saint-Tropez. Une telle ambition mérite un minimum de considération.
3/10
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THE SAVAGE EYE [reprise]

Un film recommandé par Edward Hopper peut-il être mauvais, franchement ? A priori non : en tout cas, The savage eye est une fichue réussite, une pépite ressortie des cartons par Carlotta 47 ans après sa première sortie française. Voilà un objet très difficile à vendre, puisque ce n'est pas véritablement une fiction, mais que ce n'est pas à proprement parler un documentaire. Plutôt une succession d'images "de la vraie vie", captées et montées afin de former le portrait d'une femme et d'une époque. Pour autant, The savage eye n'a rien d'un film-concept, ni d'un machin ardu et austère : c'est la description très puissante d'une société vouée au consumérisme et à l'addiction, description effectuée de façon plus visuelle qu'intellectuelle. Faire passer des messages profonds en n'ayant presque recours qu'à des images, il fallait être très costaud.
On peut aussi laisser le propos de côté et considérer The savage eye comme un voyage embrumé, une perle esthétique transcendée par une double voix off assez hypnotisante (les dialogues devant la caméra se comptent sur les doigts de la main). Que les réalisateurs donnent à voir un accident de voiture ou une séance de yoga, c'est beau. Juste beau. Et un peu effrayant aussi, comme dans cette scène de transe catho rappelant furieusement les instants les plus marquants du doc Jesus camp. Soixante dix-sept minutes d'une grâce pure mais inquiète, se concentrant évidemment sur l'Amérique des années 60, mais réussissant l'exploit de rendre le film universel. Ceux qui parviendront à voir le film sont des petits veinards.
9/10
(également publié sur Écran Large)
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THE X-FILES : RÉGÉNÉRATION

Il est sans doute un peu question de régénération dans ce deuxième film X-files ; à vrai dire, on s’en moque un peu. Les honnêtes gens qui se rueront (?) dans les salles pour l’intrigue ne pourront qu’être déçus par cette vague histoire de prêtre pédophile ayant peut-être un don de médium. Le scénario de Chris Carter ne pisse pas bien loin, et pâtit d’une construction assez indigne de son talent d’autrefois. On est sans cesse en avance sur les personnages, aucune révélation n’est assez forte pour venir nous secouer les tripes. Les adeptes d’histoires tordues pourront passer leur chemin.
L’intérêt de X-files : régénération est tout autre. Il est même tellement biaisé que seuls les veinards qui ne paient pas leur place à l’unité pourront éventuellement le goûter. Le vrai sujet du film, c’est Chris Carter lui-même, et en particulier « comment se débarrasser d’une série qui vous colle aux basques comme un vieux chewing gum dégueulasse ». De l’humour bas de plafond (utilisant, sacrilège, le bon vieux thème musical de Mark Snow) à une conclusion incroyablement détendue (restez jusqu’à la fin du générique), tout porte à croire que Carter a fait ce film-là par-dessus la jambe, souhaitant renouer une dernière fois avec Mulder et Scully avant de les abandonner définitivement et de pouvoir passer à autre chose. De ce point de vue, c’est très réussi. X-files : régénération n’a rien du grand film grave qui était promis aux fans. C’est juste un ultime pied de nez.
Pas de blockbuster, mais un film d’auteur : X-files : régénération est principalement ancré sur les personnages, refusant bien souvent toute ébauche d’action pour mieux se concentrer sur le duo/duel Scully-Mulder, ambigu et torturé, tant d’un point de vue personnel que sur l’éternel désaccord qui les anime (normal ou paranormal, comme dirait je ne sais plus quelle émission de merde). Pas de quoi transcender les aficionados de la série, qui ont sans doute déjà vu ces thèmes traités en mieux, mais la réflexion sur le scientifique et le christique est plutôt bien vue, transcendée par une Gillian Anderson impeccable et visiblement ravie de retrouver le personnage qui a fait sa gloire. La fin (en tout cas celle qui intervient avant le générique) est belle et constitue un adieu convaincant à deux énergumènes qui ont longtemps alimenté les passions et les débats. Peu importe alors que le scénario soit jalonné d’incohérences et de vraies-fausses ellipses (tiens, Skinner, qu’est-ce qu’il fait là ?) : l’important ici n’est pas dans les actes, mais dans les crânes.
6/10
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L'INCROYABLE HULK

Il est à peu près aussi vain de comparer le Hulk d'Ang Lee et celui de Louis Leterrier que les Batman de Tim Burton et Christopher Nolan. Mais ne mélangeons pas les torchons et les serviettes, un peu de tenue, puisque le géant vert n'arrive pas à l'orteil de l'homme chauve-souris. Bref, on pourrait relever les plus et les moins de celui-là par rapport à celui d'avant (mieux : vive Ed Norton / les effets spéciaux / le rythme ; moins bien : rendez-nous Jennifer Connelly / le scénar / l'atmosphère), mais ça ne suffirait pas à établir si ce Hulk est aussi incroyable que le dit le titre. Pour faire court, disons que ce super-héros qui n'en est pas vraiment un (bah oui, il a même pas de collant moule-burnes ou de masque en kevlar micro-renforcé) est sans doute le moins intéressant du marché. C'est juste un mec qui devient balèze et incontrôlable quand il se fâche, point à la ligne. Qui dit psychologie limitée (ce qu'Ang Lee avait essayé de modifier, un peu maladroitement) dit film assez primaire, blockbuster estival et bourrin qui ne cherche absolument pas à concurrencer les très grands films inspirés de comics (dont un petit chef d'oeuvre qui sort le 13 août mais qui n'a guère besoin de publicité).
Car Louis Leterrier est un type assez modeste, amoureux du divertissement pur et dur, qui souhaite simplement que le spectateur en ait pour son argent. La bonne surprise, c'est que cette obsession de l'efficacité et du meilleur rendement ne rend pas le film trop stupide ni antipathique. Le magnétisme d'Edward Norton y est pour quelque chose : la première partie, au cours de laquelle Bruce Banner cherche à maîtriser le monstre qui est en lui tout en échappant aux vilains militaires qui veulent sa peau, est assez prenante. Merci au scénariste d'avoir réduit une exposition qui prend habituellement une demi-heure (comment le gentil docteur devient un mutant, comment il découvre sa nouvelle condition, comment il pleurniche ou exulte) en condensant tout cela dans le générique. Merci à Leterrier d'avoir su éviter de tomber dans un surdécoupage épileptique inhérent à ce genre de film, et dont Michael Bay est le fer de lance depuis bientôt quinze ans (putain, le coup de vieux). Sans être suprêmement malin ou original, L'incroyable Hulk est un spectacle qui tient la route, parle aux jeunes et aux (un peu) plus grands, et assure l'essentiel.
Évidemment, le cahier des charges d'un tel film impose un certain nombre de scènes d'action, d'où une dernière demi-heure assez bourrine et pas franchement passionnante, même si techniquement bien exécutée. Le duel entre les deux grosses bébêtes est très longuet, et comme il est dépourvu d'enjeux "humains", il n'est pas plus passionnant qu'une bagarre dans un bar (on est content parce que ça fait du dégât, mais on préfèrerait quand même être ailleurs). Et comme on ne croit pas trop à l'histoire d'amour (la faute à Liv Tyler, qui a vendu son petit talent d'antan pour faire regonfler sa lèvre supérieure), c'est quand même emmerdant. Mais les gamins y trouveront ce qu'ils étaient venus chercher, et les autres patienteront tranquillement jusqu'à la fin, d'autant que la lisiblité des scènes d'action leur permet de rester supportables. Débarrassé des influences de tonton Besson (avec qui il est, à ce qu'on dit, un peu fâché), Loulou peu désormais voler de ses propres ailes, et poursuivre son chemin en se forgeant film après film une filmo d'entertainer solide et pas prise de tête.
6/10
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LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE

Cette famille, c’est la vôtre, clame l’affiche. On ne saurait faire mieux que cette accroche d’une simplicité désarmante, mais ô combien représentative du petit miracle que constitue Le premier jour du reste de ta vie. Une saga familiale française mêlant comédie et mélodrame avec un équilibre de funambule, jamais vraiment stable mais toujours debout. Appeler son premier film Ma vie en l’air et s’envoler si haut dès le deuxième : il fallait de la suite dans les idées et un maximum de talent. Le responsable se nomme Rémi Bezançon, et il gagne à être connu.
Avant toute chose, Le premier jour du reste de ta vie frappe par son ambition. Le concept est fort : retracer douze années de la vie d’une famille en n’en filmant que cinq journées, cinq moments-clés comme autant de chapitres d’un formidable roman, chacun étant un poil plus recentré sur l’un des cinq membres de la famille. Un dispositif permettant de travailler sur l’ellipse, le discret et le continu, et d’éviter les creux. Mais le cinéma (et en particulier le cinéma français), c’est souvent beaucoup de promesses et rien derrière. Pas ici : ces belles intentions ont donné lieu à un film fort, plein et intense de bout en bout, qui varie les tonalités mais n’offre que du grand cinéma. D’abord parce que Bezançon sait écrire, comme il l’avait déjà montré pour le très sympathique Ma vie en l’air, comédie romantique en forme de galop d’essai. Peu d’auteurs auraient su broder un tel patchwork d’influences et d’émotions. Chaque personnage est un cadeau, un petit trésor que l’on conserve avec soi très longtemps après avoir quitté la salle. On ne se reconnaît pas dans l’un d’entre eux, mais dans tous à la fois. Ils sont universels mais pas stéréotypés. Ils ont une personnalité bien trempée mais ne sont pas de bêtes archétypes. Et les situations qu’ils vivent, burlesques ou tragiques, leur collent à la peau comme elles collent à la nôtre. Difficile de citer une scène plus qu’une autre tant tout se tient et se vaut : petits coups de cœur néanmoins pour un concours de air guitar (ceux qui ignorent encore ce qu’est cette drôle de pratique seront encore plus séduits) qui donne envie de se déhancher et d’être amoureux. Un modèle d’écriture, qui montre la précision et la chaleur du style Bezançon : on a envie de passer plus de temps encore avec tous les personnages, même ceux qui n’occupent qu’une séquence ou deux. Tant pis si ça a l’air parfaitement niais, mais ce film est à l’image de la vie : pas assez de temps avec ceux qu’on aime, et encore moins avec ceux qu’on aurait pu aimer.
Mais parce que les auteurs français ont souvent une plume mais rarement le style cinématographique qui va avec, Rémi Bezançon vient remettre les pendules à l’heure. Il adapte sa mise en scène à chacune des parties de son film, mais avec suffisamment de doigté pour que l’ensemble ne ressemble pas à un catalogue de styles. L’émotion prend toujours les devants sur l’aspect technique, et seule une analyse postérieure permet de réaliser l’ampleur du travail effectué derrière la caméra. Le premier jour du reste de ta vie, ce n’est pas seulement un grand scénario, c’est un condensé de pur cinéma, 100% sincère, épuré de toute esbroufe. C’est suffisamment rare pour être souligné. Et c’est confirmé par un casting façon profil bas, qui fait dans la prise de risques à bon escient. Malgré une étiquette d’acteurs sympathiques, Zabou Breitman et Jacques Gamblin ne sont pas spécialement bankables. Mais on imagine difficilement d’autres interprètes dans la peau de ce couple qui s’use progressivement et tente de retrouver un second souffle. Quant aux trois enfants, ils sont incarnés par un débutant (Pio Marmaï, un Vincent Elbaz version dandy) et deux jeunes pousses (Deborah François et Marc-André Grondin). Ce dernier, héros du film canadien C.R.A.Z.Y., est purement génial, sorte de cerise sur un gâteau plus que fameux. Ces cinq-là forment une famille, une vraie, à laquelle on croit de bout en bout, et que l’on rejoindrait volontiers au cours d’une des mémorables scènes de repas. Il convient d’y ajouter Roger Dumas, terrible en papy au cœur sec. Il faudrait citer tous les autres, jusqu’au bas du générique, tant chaque personnage, chaque détail, chaque réplique, confère au Premier jour du reste de ta vie une aura extrêmement rare, une beauté profonde faite d’éclats de rires et de larmes, d’euphorie et de dépit, d’erreurs de parcours et d’apothéoses. Il serait irresponsable de refuser un tel cadeau.


9/10
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MAD MONEY

Les plus beaux holdups sont souvent les plus simples. Sur le papier, celui que s’apprêtent à commettre les trois héroïnes de Mad money est juste magnifique : voler de l’argent qui ne manquera à personne (puisqu’il était destiné à être détruit), en échangeant prestement deux petits cadenas. À l’image, c’est autre chose : ni crédible, ni efficace, cette stratégie a tout du gros plan foireux. On s’en moque : Mad money est évidemment une comédie, qui ne s’encombre d’aucun réalisme. C’est simplement l’occasion pour Callie Khouri, spécialiste des films de filles et pour filles (qu’on ne s’avise pas de confondre ces deux genres), de faire l’éloge du girl power et de la mixité ethnique et sociale. L’union fait la force et donne au film ses scènes les plus sympathiques.
Le grand atout du film, c’est son trio d’actrices, dont le plaisir à jouer de façon excessive est communicatif. Souvent raillée, Katie Holmes est ici parfaite, jouant idéalement de ses gros yeux qui roulent et de son don pour les grimaces. Tout le monde s’amuse, et la préparation et l’exécution d’un vol à grande échelle sont divertissantes et rigolotes. Et Khouri de s’amuser à dépeindre les hommes comme des poltrons qui refusent absolument de porter la culotte et laissent le sale boulot à leurs femmes. C’est de bonne guerre.
Dommage que la deuxième partie, et surtout la dernière demi-heure, ne viennent un peu gâcher la fête. La fin est répétitive et beaucoup moins drôle, le scénario s’escrimant à tenter de boucler l’intrigue de façon convaincante – assez inutile compte tenu de la non-crédibilité de tout ce qui précède. On tape un peu des pieds en attendant le générique de fin, regrettant la bonne humeur du début d’un film pas révolutionnaire mais qui s’impose sans difficulté comme le meilleur d’une réalisatrice qui enchaîne les bides malgré des castings toujours foisonnants. De quoi se poser quelques questions.
5/10
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MONSIEUR WOODCOCK

Quoi de pire qu'un film qui vous laisse totalement indifférent ? À peine entamé, aussitôt clos (moins d'une heure vingt, générique de fin compris), Monsieur Woodcock pue le film de commande pour sortie estivale, le produit paresseux en diable et au degré d'exigence proche de zéro. Il y avait pourtant de quoi amuser la galerie, notamment grâce à ce personnage de prof de sport tyrannique qui donne son nom au film. Billy Bob Thornton lui prête d'ailleurs ce regard noir et cette mine patibulaire qu'il maîtrise si bien, mais n'a que peu d'occasion de faire fonctionner ces atouts à plein régime. Quelques scènes de gymnase, vaguement méchantes mais surtout répétitives, sont quasiment les seuls moments où ce Woodcock nous fait sourire.
Juxtaposition de scènes déjà vues et pas drôles, Monsieur Woodcock pâtit également d'un casting pas inventif pour deux sous. Comme dans Speed racer, Susan Sarandon fait tapisserie. Comme dans 95% de ses films, Seann William Scott joue les losers (sauf que celui-là entre dans la catégorie "losers pathétiques et ternes", ceux dont on ne peut même pas se moquer). Comme dans la très lourde série My name is Earl, Ethan Suplee joue les gros pleins de soupe complètement crétins. Quant à Thornton, son choix dans un tel rôle n'a rien de révolutionnaire, puisqu'on l'a vu l'an passé incarner le même personnage de salaud aux deux visages dans L'école des dragueurs, comédie à moitié ratée, mais qui exploitait bien mieux un acteur qui en impose.
Il n'y a décidément rien, absolument rien à retenir de ce Monsieur Woodcock dont le plus intéressant, si j'ose dire, reste ce titre purement gratuit (à part l'Antoine de Caunes du siècle dernier, qui aurait osé intituler un film Mister Bitenbois ?). Ainsi qu'un tout petit gag à base de roue dans un nid de poule, qui peut éventuellement faire glousser 2 secondes. C'est vous dire le vide cosmique dans lequel patauge le film de Craig Gillespie, pourtant auteur de Lars and the real girl, inédit inabouti mais intéressant qui semblait indiquer un minimum d'ambition chez lui.
3/10
(également publié sur Écran Large)
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UN MONDE À NOUS

Édouard Baer est un type formidable, et un acteur quatre étoiles. On aurait pu le croire enfermé à vie dans le même genre de rôle (en gros, un dandy buvant des cafés crème au Flore), mais il persiste de film en film à nous convaincre que oui, il peut tout jouer, et bien qui plus est. Dans Un monde à nous, Édouard est particulièrement convaincant, adoptant une coupe de cheveux, une stature et une diction différentes sans passer par la case Actor’s studio. Et c’est vraiment beau.
Un monde à nous est un vrai film d’acteur, puisque face au wonderful Baer se dresse Anton Balekdjian, novice d’une dizaine d’années, et valant bien mieux que son statut originel de fils-du-réalisateur. Comme on dit, le gamin a vraiment un truc, arrivant à se hisser à hauteur de son prestigieux partenaire dans un film où le duo est souvent seul à l’écran. Il fallait bien deux acteurs de cette trempe pour faire exister jusqu’au bout le mystère du scénario, cette fuite en avant pour échapper à des tueurs tapis dans l’ombre ou, en tout cas, à un mal de ce genre. En même temps que le jeune Noé, on suit et on s’interroge sur ce père mutique et exigeant, qui dissimule un secret que l’on devine douloureux. C’est là la clé du film : qu’est-ce qui se cache derrière cette traque ?
En attendant, Noé subit un entraînement intensif pour faire face aux éventuelles attaques extérieures. Ce qui donne lieu à quelques scènes impressionnantes, mais également à quelques séquences laissant un peu dubitatif quant aux intentions de Frédéric Balekdjian : s’il voulait nous faire flipper, c’est raté ; sinon, tout va bien. Le réalisateur réussit en tout cas la description de l’enfermement du gamin et de son père dans des mensonges, des non-dits, un refus de socialisation qui semble indispensable mais génère également beaucoup de douleur. Dommage que les dialogues et les prestations des autres gamins du film soient moins satisfaisants…
Puis vient l’heure de la dernière bobine ; là, le film est victime de la maladresse de son réalisateur, qui peine à faire comprendre clairement ses intentions, divisant le public alors que ce n’était pas là son but. Montage manipulateur ou narration mal foutue ? Difficile de trancher ; quoi qu’il en soit, cette conclusion hasardeuse nuit fâcheusement à Un monde à nous, qui crée beaucoup de frustration malgré ses images de fin, émouvantes et convaincantes. On saisit enfin le propos, trop tard cependant pour ne pas être très agacé par le demi gâchis auquel on vient d’assister.
6/10
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SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX

« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel », nous disait Laurence Ferreira Barbosa dans le titre de son premier long. Mais si les personnages de Soit je meurs, soit je vais mieux se tiennent clairement à l’écart des normes, sont-ils exceptionnels pour autant ? L’idée de base de la réalisatrice était de raconter ce qu’on appelle sommairement une crise d’adolescence, d’une façon bien différente que ce que le cinéma français nous propose souvent (nombrilisme et misère sociale). Gros souci : cette volonté de faire autrement est bien trop voyante, et les expériences du jeune Martial, du triolisme (avec jumelles, en plus) à la pyromanie, sont exploitées de façon souvent artificielle.
Soit je meurs, soit je vais mieux pâtit d’une absence totale de style, le film refusant à la fois de faire dans le trash assumé façon Larry Clark et dans un cinéma du fantasme, où c’est l’imaginaire de Martial qui s’exprime. Du coup, le seul frisson du film, c’est cette relation étrange entre les deux sœurs jumelles, au mode de pensée insaisissable. Sauf qu’au bout du compte, tout cela n’aboutit pas à du très solide. Pire, la non-morale qui clôt l’ensemble (« c’est bien, mon fils, tu as foutu le feu, ça veut dire que tu as mûri ») a quelque chose de complètement stupide, entre esprit pseudo soixante-huitard et provocation gratuite. On opterait volontiers pour cette deuxième solution, confirmée par un choix de titre aussi incongru que racoleur. « J’ai horreur de l’amour », disait le titre du deuxième film de Barbosa. Le spectateur, lui, a surtout horreur d’être pris pour un con.
2/10
(également publié sur Écran Large)
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SPARTATOUILLE

Il y eut Sexy movie, Big movie, et quelques utres comédies de bas étage. Aaron Seltzer et Jason Friedberg nous reviennent avec un Spartatouille encore plus nul que les précédents, se distinguant par un manque de moyens et d'ambition. C'est que, jusqu'alors, les deux auteurs semblaient se démener en multipliant les films parodiés, les personnages et les décors, même s'ils ne parvenaient généralement qu'à provoquer la consternation. Cette fois, c'est pire : Spartatouille ne s'inspire quasiment que du 300 de Zach Snyder, et l'on passe donc ces soixante-dix petites minutes (durée bien suffisante) en compagnie de spartiates en slip, avec pour tous décors quelques montagnes en carton-pâte. Non seulement le film n'est pas drôle, mais en plus il exploite en boucle les six mêmes gags du début à la fin.
Pour rire devant Spartatouille (titre éminement trompeur, aucune parodie de Ratatouille dans cette bouillabaisse filmique), il faut donc apprécier les blagues sur les mecs en slip, les sous-entendus grassement homophobes, les références aux émissions de télé-réalité (dont certaines inconnues en France), les vannes éculées sur les starlettes (de Paris Hilton à Lindsay Lohan), les fausses publicités sans gags et les numéros musicaux tout pourris. Et ce qui pourrait passer pour du comique de répétition n'est en fait que paresse totale de la part de deux types qui ont trouvé un filon (c'est que ce genre de chose trouve toujours son public) et se contentent désormais de l'exploiter sans même tenter d'être drôles. Mieux vaut évidemment passer son chemin et, quitte à se ruer sur des parodies vaseuses, choisir l'un des deux derniers Scary movie ou le récent Super héros movie. Pas des monuments d'hilarité, mais l'assurance de passer en tout cas des moments moins pathétiques que celui-ci.
1/10
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LES PROIES

C’est ce qu’on appelle un survival. Court, rapide, impitoyable, Les proies est à l’image des balles qui font siffler nos oreilles et celles des héros. On a rarement vu scénario aussi simple et dépouillé : un type roule dans une région isolée et montagneuse, et se retrouve pris pour cible par des tireurs embusqués. Le principe est simple, puisque l’un tire, et l’autre court. Et c’est bigrement efficace pendant assez longtemps, d’autant que le réalisateur Gonzalo López-Gallego manie la caméra avec brio. Sa mise en scène reproduit à merveille le sentiment d’urgence qui anime le héros (les héros, en fait, puisqu’une jolie nana ne va pas tarder à se joindre à lui), qui n’a pour seule alternative que la fuite, encore et toujours.
Le film est totalement centré sur ce duel à distance. La simplicité du script est un atout réel, puisqu’on ne s’encombre quasiment pas de personnages secondaires et donc des dialogues qui font avec. Dans Les proies, il peut facilement se passer dix minutes sans qu’un mot ne soit prononcé ; le mieux, c’est que personne ne s’en sera rendu compte, tant ce film à grand suspense, angoissant plus qu’effrayant, tient rivé à son siège. Du moins pendant une heure.
Car arrive ensuite l’instant fatidique où López-Gallego décide de quitter les proies pour épouser le point de vue des tireurs. Là, le film est dépossédé de toute sa force de suggestion, un peu comme si Spielberg avait terminé Duel en filmant depuis la cabine du camion, et avec les commentaires du chauffeur routier en prime. Le seul atout de ce renversement, c’est qu’il nous offre une scène de traque en forme de vrai shoot’em up, avec images subjectives et rechargement comme sur une vieille borne d’arcade. Pour le reste, on se désintéresse pas mal du destin des personnages restants, comme si les chasseurs n’étaient plus assez mystérieux et que les proies n’étaient plus assez fragiles. Mais Gonzalo López-Gallego possède un vrai talent, et l’on reparlera de lui dans les années à venir.
6/10
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GLORY TO THE FILMMAKER !

Il a bien fallu s'y résoudre : Takeshi Kitano a dit adieu aux drames et/ou polars beaux et simples dont il nous a abreuvés jusqu'au début des années 2000. Après un Takeshis' copieusement agaçant, le revoici donc avec ce Glory to the filmmaker ! dont le titre annonce bien la couleur. La première moitié du film est en effet une sorte d'auto-hommage parodique où Kitano retrace la carrière d'un cinéaste qui est à peu près lui en revisitant quelques-unes des scènes qui ont marqué son cinéma. Cet exercice burlesque et narcissique est souvent amusant mais montre rapidement les terribles limites de son auteur, dont on a l'impression qu'il va passer le reste de sa carrière à s'auto-congratuler pour ses oeuvres passées, sans jamais rien créer d'autre qu'un vague souffle de dérision.
Et puis, cédant sous le poids de l'ego et de la scatophilie de Kitano, Glory to the filmmaker ! se met à l'humour pipi-caca, avec à nouveau maintes références à d'autres univers (un énième gag utilisant le bullet time de Matrix) et même à des sujets d'actualité (dont le désormais célèbre coup de boule de Zidane sur Materazzi). Ces deux petits exemples, dont il semblait inconcevable qu'ils soient réunis dans un même film, montrent l'aberration du projet tout entier, une sorte de grand n'importe quoi voulant créer le mystère mais se révélant aussi sordide qu'un jeudi soir au Théâtre des Deux-Ânes, à écouter une bonne vieille revue de presse de Jean Roucas. Venant du type qui nous a offert Hana-bi en d'autres temps, ça fait un tout petit peu de mal au coeur.
4/10
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HAROLD & KUMAR S'ÉVADENT DE GUANTANAMO

Il y a deux ans, suite à une fringale due à une inhalation massive de fumées illicites, Harold Lee et Kumar Patel se mettaient en route pour White Castle, le plus prodigieux fast food du monde. Un milliard de mésaventures plus tard, ils parvenaient enfin à entrer dans le nirvana du burger, non sans l’aide de Neil Patrick Harris, qui avait pourtant commencé par leur voler leur voiture. Sortant en salles alors que le film précédent (Harold & Kumar chassent le burger) n’avait pas eu cette chance, Harold & Kumar s’évadent de Guantanamo reprend exactement dix minutes après la fin de celui-ci, les deux anti-héros projetant cette fois de partir à Amsterdam pour rejoindre la fille dont Harold est amoureux. Un rêve de courte durée puisqu’un quiproquo les mènera tout droit dans l’enfer de Guantanamo. On l’aura compris, le film de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg (déjà scénaristes du premier volet) est une comédie complètement idiote, poursuivant sur la voie des monuments régressifs que sont Dumb and dumber et Eh mec ! elle est où ma caisse. Sans jamais atteindre les sommets fixés par ces deux brillantes références, Harold & Kumar…est cependant un très bon produit de substitution, qui procurera aux amateurs leur dose vitale d’humour con.
S’il vaut mieux avoir vu le premier épisode pour prendre plus de plaisir à renouer avec les personnages, tout le monde peut évidemment entrer dans le film sans peine, l’intrigue n’étant pas l’élément clé du genre. Elle est cependant assez bien construite, l’évasion de Harold et Kumar donnant lieu à un road movie à travers les Etats-Unis, l’occasion pour les auteurs de dépeindre avec délectation la frange la plus raciste du pays. Pas sûr que leur description soit si excessive que ça… En tout cas, elle donne lieu à un paquet de gags sur la discrimination (les héros étant respectivement d’origine coréenne et indienne) aussi bien sentis qu’hilarants. Quand à nos deux compères, ils enchaînent les aventures et les rencontres avec une frénésie assez réjouissante, même si l’inspiration des auteurs est très variable. Parmi les grands moments du film : une soirée « chatte à l’air », une partie à trois avec un sachet d’herbe géant, et une rencontre inopinée avec un jeune cyclope. Tout est dit : Harold & Kumar s’évadent de Guantanamo, c’est du n’importe quoi pur sucre, de l’humour bas de plafond, des zizis et des foufounes à tout va. Bon appétit.
6/10
(également publié sur Écran Large)
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WANTED : CHOISIS TON DESTIN

Avant d'aller voir Wanted, il faut intégrer l'idée que c'est un film un peu con, un peu vulgos, carrément tocard sur les bords. Une fois ces principes bien assimilés, il est très facile d'entrer dans le premier film ricain de Timur Bekmambetov (oui, je sais l'écrire sans regarder, tout comme Apichatpong Weerasethakul, qui ne fait pas tout à fait le même genre de cinéma), après Night watch et Day watch, une trilogie tellement bancale qu'elle ne comporte que deux épisodes. Avec ses effets visuels pour ados attardés, son ton faussement cool plein de gros mots et d'expressions non reconnues par le petit Robert, et sa philosophie de vie assez grotesque, Wanted a tout pour être raillé et boudé. Ce serait se priver de deux heures d'un plaisir aussi immédiat que primaire.
Le scénar de Wanted pille allègrement les films estampillés "cultes" par les djeunz (ou ex-djeunz, en tout cas nés dans les années 80-90), c'est-à-dire le chef d'oeuvre mal compris Fight club (voir les séquences du début où le héros cafarde dans son open space en marmonnant des sentences pseudo-révolutionnaires), et surtout la trilogie Matrix des frères Wachowski. Du bullet time en veux-tu en voilà, plein de maximes faussement définitives, des sauts d'immeubles en immeubles... Mais voilà : le pillage en règle, tout comme l'esprit bas de plafond de l'ensemble, sont parfaitement assumés, à tel point que l'ensemble devient complètement jouissif. Ça défouraille joyeusement (la différence avec l'esprit Matrix, c'est qu'ici personne ne se prend au sérieux), et la présence d'un héros doué mais ne payant pas de mine provoque une identification immédiate pour le spectateur mâle. C'est un vrai cadeau qu'on lui fait ici : des flingues, du fric... et une Angelina Jolie dont le rôle est d'être complètement canon, fantasme façon FHM pour mâle en rut, dévoilant une chute de reins aussi parfaite que tatouée. En arrivant aux États-Unis, Bekmambetov a parfaitement cerné les envies du spectateur lambda.
Et puis, quand même, Wanted possède un vrai fil conducteur. Une histoire de société secrète (la spécialité du réalisateur), de destinée, de justice sommaire. On découvre également que ce n'est pas Dieu qui régule le destin, mais (roulements de tambour), le "métier à tisser du Destin"... Oui, c'est ridicule, mais ça fait complètement ton sur ton avec tout le reste. Comme James McAvoy (plus épatant de film en film), on découvre tout cela avec un étonnement teinté de consternation, avant d'oublier ses réserves pour aller céder aux sirènes du bling-bling et du bourrin spirit. On fera difficilement film plus pop corn cet été. Pas sûr en revanche que les deux suites (forcément improbables) qui vont en être tirées suite à son succès américain soient très utiles...
7/10
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KUNG FU PANDA

L'an dernier, Jerry Seinfeld était arrivé à Cannes en abeille pour promouvoir un Bee movie extrêmement sympathique. En 2008, c'est Jack Black et une armée de pandas qui ont débarqué sur la Croisette, créant un gigantesque élan d'enthousiasme à propos du dernier dessin animé Dreamworks. Pardon, pas dessin animé, film d'animation, on va encore me taper sur les doigts. Toujours est-il que la légendaire coolitude de Black et une savoureuse bande-annonce (les bandes-annonces, rappelons que c'est nul, mais qu'à toute règle correspond une exception) donnaient sacrément envie de voir ce gros panda bien balourd en découdre avec les dieux du kung-fu. C'est en effet très réussi : Po est l'anti-héros parfait, le gros paresseux tapi en chacun de nous, celui qui remet toujours au lendemain les séances de footing et d'entraînements divers et variés, et qui sert des bols de nouilles alors que son destin est tout autre. Kung fu panda exprime cette médiocrité latente avec une efficacité assez terrible. On ne s'identifie pas tous les jours à un héros de dess... film d'animation, après tout.
Personnages bien caractérisés, situations vraiment drôles, animation chiadée juste comme il faut : Kung fu panda est un spectacle des plus équilibrés, qui fait dans le divertissement le plus total mais a tout de même oublié d'être con. Ce panda-là est un personnage en or, qui parle à chacun de nous et est à l'origine d'un demi-million de catastrophes. D'ailleurs, la qualité des scènes où il n'apparaît pas s'en ressente ; elles constituent le gros point faible de ce film qui aurait peut-être dû se focaliser encore plus sur lui. Des temps morts qui permettent simplement de reprendre son souffle en attendant la prochaine gaffe du panda, souvent propice à de sincères éclats de rire. Il est tout de même bien aidé par quelques serveurs de soupe assez tordants, et notamment un maître Shifu doublé avec conviction par un Dustin Hoffman qui n'en finit plus de s'amuser.
Kung fu panda confirme en tout cas qu'il faut cesser de comparer à tout prix les productions Dreamworks et Pixar. Clairement, les objectifs visés ne sont pas les mêmes, puisqu'un tel film, comme d'ailleurs Bee movie l'an dernier, est basé sur une recette faite de 90% d'entertainment et 10% d'esprit plus adulte, tandis que des films comme Ratatouille ou l'excellent Wall-E tentent une fois par an de toucher au divin et de faire encore mieux que les films live qui nous sont proposés toutes les semaines. Deux missions fort nobles, plus complémentaires que concurrentes. Il serait tout de même dommage de se priver d'une rigolade toute simple comme celle-ci.
7/10
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HANCOCK

Ça commence à se savoir : dans Hancock, Will Smith incarne un super-héros pas comme les autres, puisqu’il est aussi alcoolo qu’impopulaire. Heureusement qu’un conseiller en communication va se charger de son dossier. Voilà un résumé assez fidèle de la première partie du nouveau Peter Berg, puisqu’on y voit en effet un Hancock d’abord bourru et bourrin, qui se force ensuite à être courtois avec tout le monde et à ne pas tout démolir lorsqu’il arrête un méchant. L’idée est bonne, le traitement correct. Dès le début, on sent pourtant qu’une telle idée aurait pu donner film plus percutant, tant sur le plan de l’action qu’au niveau humour. Chaque petit gag est étiré et répété, signe probable d’un manque d’inspiration des scénaristes. Et comme les effets spéciaux laissent à désirer, ces trois premiers quarts d’heure ressemblent furieusement à leur anti-héros, sympathiques mais terriblement brouillons.
C’est dans ce qui suit que Hancock trouve un temps sa véritable vitesse de croisière. Une révélation assez inattendue (et qu’il convient de ne pas révéler, un peu de tenue) vient bouleverser le film et dévier cette simple histoire de blason à redorer vers quelque chose de possiblement plus profond et plus rigolo. Pendant une dizaine de minutes, on se prend à rêver que le film décolle pour de bon et devienne enfin le monument de coolitude et de drôlerie qui nous était promis. Mais après une excellente scène faisant appel à quelques ustensiles de cuisine, Berg embraye en nous révélant la mythologie hancockienne avec une gravité malvenue. Dès lors, tout le monde semble un peu avoir oublié qu’il s’agit avant tout d’une comédie, et il faut se farcir quelques fusillades sans intérêt pour retrouver la bonne humeur du début. Il est assez énervant de voir le ton du film faire des montagnes russes, d’autant que les scènes d’action sont incroyablement mal filmées. Étonnant de la part d’un Berg qui avait livré l’an passé un Royaume techniquement irréprochable.
Durant moins d’une heure et demie, le film paraît presque trop court, pas parce qu’on ne s’y ennuie jamais, mais parce qu’on n’en retiendra finalement assez peu de scènes mémorables, le reste ne constituant qu’un gentil remplissage qui fait souvent sourire à défaut d’autre chose. La frustration l’emporte, en dépit des prestations impeccables des trois acteurs principaux. Will Smith est évidemment à son aise en mister Cool, mais le fait avec une maturité qu’on lui découvre de film en film. Charlize Theron est de plus en plus explosive à mesure que les bobines s’enchaînent. Quant à Jason Bateman, condamné par le script à passer un peu inaperçu lors de la seconde moitié du film, il confirme néanmoins tout le bien qu’en pensent les fans d’Arrested development et les quelques rares autres à avoir retenu son nom. Ce trio-là permet à Hancock d’être un divertissement pas dégueulasse, évidemment bien meilleur que son cousin Ma super ex, et qui devrait donner quelques leçons d’humour au Doug Liman de Jumper.
5/10
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Rob Gordon a vu THE DARK KNIGHT...

...mais il n'a pas le droit d'en parler avant le 18 juillet (il a signé avec son sang et tout et tout). Rendez-vous donc à cette date, ici même, pour une critique exclusive (et, je peux quand même le dire, très très positive).


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LE VOYAGE AUX PYRÉNÉES

Pour pénétrer l’univers de Jean-Marie et Arnaud Larrieu, il faut habituellement accepter que la gravité soit traitée avec loufoquerie et la loufoquerie avec gravité, dans une sorte d’équilibre à la fois primaire et subtil. Taratata : Le voyage aux Pyrénées, c’est du loufoque ascendant loufoque, cent minutes délirantes qui rebondissent régulièrement au gré de situations tellement improbables qu’elles finissent par devenir complètement absurdes. Un ton bizarre mais assumé de la part des frangins, qui s’offrent un fil mineur en forme de vacances dans cette région qu’ils chérissent tant.
Que les fans d’un cinéma français bien poli soient prévenus : Le voyage aux Pyrénées, c’est un trip auteuriste mais inconfortable, qui revendique ses moments les plus ridicules avec un aplomb déconcertant. On peut légitimement se lasser de la surenchère perpétuelle dans laquelle se lance le scénario, ainsi que de son absence totale de fil conducteur. On peut également regretter le temps où ce ton si particulier n’était pas le centre même des films des frères Larrieu. On nage en pleine fantaisie, et il semble difficile d’en tirer un quelconque enseignement ou d’en garder un petit morceau avec soi, comme c’est souvent le cas pour les films ayant un minimum d’épaisseur.
Mais voilà : on a beau trépigner, s’impatienter par endroits, Larrieu & Larrieu nous reconquièrent régulièrement grâce à quelques séquences irrésistibles ou à des détails savoureux auxquels on aime à s’accrocher. Tout cela ressemble furieusement à de l’écriture automatique, qu’on croise un faux ours, un tibétain amateur de champignons ou qu’on aille encore beaucoup plus loin dans l’étrange (dernier quart d’heure très très charmant ou très très agaçant, c’est selon). La fin est magnifique, confirmant le talent de monsieur Darroussin quel que soit le registre où il évolue, ainsi que celui de mademoiselle Azéma lorsqu’elle est bien dirigée (c’est-à-dire un peu bridée mais pas trop, érotisée mais pas hystérisée). On espère revoir ce beau duo le plus vite possible chez les Larrieu, de préférence dans une œuvre un peu plus consistante que celle-ci.
6/10
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LE BRUIT DES GENS AUTOUR

Non, Diastème n’est pas un tragédien grec, mais un artiste multicarte, principalement auteur de théâtre, lui qui fut également critique pour le magazine Première (qui, à l’époque, parlait encore de cinéma). Le bruit des gens autour s’inspire directement d’ambiances dans lesquelles il s’est immergé au cours de nombreux été : le festival d’Avignon, son effervescence et ses à-côtés. Le film suit un bon paquet de personnages qui se débattent entre leurs activités artistiques et leurs soucis personnels, dans une espèce de grande tambouille passionnée et souvent enthousiasmante. Inexplicablement, on n’a jamais vraiment l’impression d’assister à un film choral au sens classique du terme, tant les situations s’enchaînent et s’emmêlent non sans grâce.
Il y avait de quoi craindre que cette peinture d’un microcosme tout à fait particulier soit poseuse et un rien méprisante, comme ces discours des Molière qui débutent par « Nous, les gens du théââââtre ». Ce qui frappe au contraire, c’est la grande modestie avec laquelle Diastème dresse ces portraits, comme s’il avait lui-même soupé de l’élitisme primaire qui frappe un peu trop souvent les théâtreux. Avignon, le off, le in, les spectateurs et les techniciens, tout se mélange avec facilité et harmonie. Ne pas s’attendre à de gros rebondissements ou à une escalade dramatique : Le bruit des gens autour est d’abord une petite brise d’été, souvent légère et souvent poignante, qui n’entend pas raconter de grandes choses mais vise d’abord l’authentique, l’intime, l’humain. Aérienne et volubile, la mise en scène de Diastème tourne avec grâce autour de personnages qu’on aimerait accompagner plus longtemps encore.
Le film n’est évidemment pas parfait, et ne cherche surtout pas à l’être. On sent en fin de course que l’auteur peine à trouver comment quitter les êtres qu’il a créés et quelle conclusion donner à leurs parcours personnels. On patine légèrement, mais rien de bien grave : porté par un casting brillant (Emma de Caunes est non seulement bombesque mais également très convaincante), plein de petites révélations (ah, Frédéric Andrau), Le bruit des gens autour est une surprise extrêmement agréable, qui donne envie d’aller faire un tour du côté d’Avignon et de son agitation permanente.
7/10
(également publié sur Écran Large)
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BIENVENUE AU COTTAGE

Les cinéastes sont des gens bien étranges. On découvre en fouinant que cette comédie nommée Bienvenue au cottage est réalisée par le type qui nous avait livré le sordide et social London to Brighton l'an passé. On serait bien en peine de trouver un lien quelconque, une thématique commune, un micro-détail qui puisse unir ces deux films. C'est sans doute ça qu'on appelle un cinéaste. C'est aussi ça qu'on appelle un faiseur, terme un peu moche pour désigner ces tâcherons qui réalisent tous les scénarios que les autres ont bien voulu leur laisser.
À voir Bienvenue au cottage, il semblerait que Paul Andrew Williams fasse plutôt partie de cette deuxième catégorie, tant son film est impersonnel, froid, glacé, alors qu'une comédie noire se doit au contraire de faire naître une certaine chaleur dans l'oeil et les tripes du spectateur, tout en lui titillant régulièrement les zygomatiques. Le problème de Bienvenue au cottage, c'est qu'on attend sans arrêt qu'il décolle vraiment, qu'il se saisisse des quelques situations potentiellement savoureuses qu'il met en place avant de les laisser de côté. Les personnages ne sont pas mieux traités, à l'image du branquignol complètement débile joué par Reece Shearsmith. Ce devrait être le personnage-clé du film, mêlant violence et humour, faisant rire aux dépens de sa stupidité et grâce aux effusions de sang qu'il provoque. Mais non. Rien. On est simplement consterné par tant d'idiotie, sans jamais penser à se marrer. Preuve qu'une mise en scène archi-plate et une direction d'acteurs assez molle sont tout de même des facteurs très handicapants pour qui tente de réaliser un film.
Heureusement, Andy Serkis joue excellemment de son oeil torve, Jennifer Ellison est la blonde à forte poitrine qu'il fallait au film, et le scénario tient plutôt la route jusqu'au bout. Impossible de vraiment se passionner pour l'ensemble, mais demeure néanmoins une curiosité permanente mêlant le "mais comment vont-ils finir ?" au "mais jusqu'où descendront-ils dans la connerie ?". La réponse est relativement satisfaisante, et permet à Bienvenue au cottage de finir sur une note plus positive que prévue, en dépit d'un réalisateur un peu pataud qui devrait logiquement nous revenir en 2009 avec un nouveau film de commande.
4/10
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MADE IN ITALY

On l'a encore entendu récemment en plein commentaire d'un match de football : les italiens ne sont bons que pour cuisiner les pâtes. Une affirmation née d'une réelle étude sociologique et d'une connaissance fouillée de l'Italie. On serait tenté de dire "ah, les footeux, quelle bande de gros beaufs sans cervelle", sauf que d'autres qu'eux aiment à plonger la tête la première dans les clichés et ce schématisme qui les rassure tant. Lui-même un peu italien sur les bords, et paraît-il cinéaste, Stéphane Giusti charge la mule avec ce Made in Italy qui plonge la tête la première dans la caricature et ne parvient même pas à faire de son film une comédie de boulevard supportable.
Certains vous diront que Giusti s'amuse du milliard de stéréotypes qui reviennent régulièrement sur les transalpins et les exploite pour mieux les tourner en dérision ; c'est faire bien trop d'honneur à un téléfilm aussi mal écrit que réalisé, qui laisse à penser que son auteur se croit suffisamment drôle pour ne pas avoir à se soucier d'un quelconque fil conducteur. Cette histoire de funérailles qui tournent au règlement de comptes sauce bolognaise, Giusti s'en moque au moins autant que nous, si bien que tout le monde se demande ce qu'il est venu faire là. Seul Gilbert Melki parvient un temps à donner le change. Même s'il est assez consternant qu'un tel acteur vienne mettre les pieds dans un tel marasme, sa présence est assez salutaire, puisque quelques scènes lui donnent l'occasion de jouer de son regard très noir et très blasé avec la classe qui le caractérise. Ce n'est pas le cas des seconds rôles, principalement féminins, qui l'entourent (car c'est bien connu, en Italie les foyers sont des harems) : de Caterina Murino à Amira Casar, elles sont toutes absolument nulles, ni convaincues ni dirigées.
Ceux qui n'ont rien de mieux à retenir se souviendront des précédents du réalisateur : une comédie potentiellement énorme mais toute molle et ratée (Pourquoi pas moi ?), puis un drame faussement grandiloquent et politique sur l'Italie (Bella ciao, quel sens du titre). Made in Italy est une parfaite synthèse de ces deux ratages, et scelle la carrière d'un réalisateur qui n'a rien à dire ni à raconter. Qu'il retourne bien vite à la case téléfilm.
2/10
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BALLES DE FEU

Et revoici Thomas Lennon et Robert Ben Garant, les deux affreux jojos de Reno 911, qui débarquent dans quelques salles avec un délire façon Shaolin ping pong. Sachant que l'auteur de ces lignes fut en son temps quatrième des championnats de l'Aisne de tennis de table en catégorie minime (la classe, hein ?), il devrait forcément produire un avis éclairé sur un tel film. Sauf que Balles de feu provoque surtout une terrible indifférence, tant les gags y sont vains et la petite balle blanche mal exploitée.
De délirant, le film n'a qu'un pitch hautement improbable, qui aurait dû être propice à un déferlement de blagues racistes, de gags bien stupides et autres joyeusetés. Dans l'ensemble, c'est surtout l'ennui qui prédomine, faute d'une veritable inventivité scénaristique et d'un acteur principal charismatique. Et puis il est toujours navrant de voir Christopher Walken se ridiculiser de film en film, comme s'il voulait se débarrasser coûte que coûte de son étiquette d'acteur intense et inquiétant. Heureusement que le quota féminin de Balles de feu vaut son pesant d'or, avec une Aisha Tyler des plus wahou et surtout une Maggie Q. donnant tout son sens au titre français (désolé), surtout lorsqu'elle tatanne le héros comme elle l'avait fait l'été dernier avec Bruce "McClane" Willis. Les amateurs de la belle peuvent se ruer sur un film qui lui ménage ses meilleures scènes. Les autres peuvent passer leur tour : il y a quand même d'autres lieux climatisés que le salles de cinéma.
3/10
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LA NOUVELLE VIE DE MONSIEUR HORTEN

Pas étonnant de la part de Bent Hamer : La nouvelle vie de monsieur Horten est le portrait d’un type froid et seul menant une vie assez fruste et qui s’accroche qu’à de petits plaisirs éphémères pour se donner l’impression qu’il vit (dans le cas de Horten, une bonne vieille pipe). Moins rock’n roll que le Chinaski du fabuleux Factotum, notre héros est un vieux conducteur de trains qui s’apprête à prendre sa retraite mais arrive en retard pour son dernier voyage. Dès lors, la vie de monsieur Horten déraille. Mais gentiment, car on est dans un film norvégien, et qui plus est un film de Bent Hamer. Disons que Horten va faire quelques rencontres. Dont celle d’un vieux docteur qui prétend voir les yeux fermés (et donc conduire ainsi). Les personnages de Hamer sont toujours gentiment siphonnés, et il fait partie des rares cinéastes à pouvoir croquer leur loufoquerie sans que cela ressemble à un spectacle de foire.
Très sympathique, La nouvelle vie de monsieur Horten est pourtant loin d’être le meilleur film de son auteur. Plusieurs faits peuvent expliquer cela. D’abord, Horten et les personnages qui l’entourent manquent de singularité (hormis le conducteur à l’aveuglette cité plus haut), et on n’a que rarement envie de voir un film sur monsieur tout-le-monde. Ensuite, le film manque d’un réel fil conducteur, ressemblant davantage à un film à sketches qu’à un véritable long-métrage. Les rencontres de Horten n’étant pas toutes des plus fascinantes, l’ennui pourrait facilement gagner toute personne n’étant pas totalement fan du style scandinave. Car il faut bien le reconnaître : souvent lent et glaciaux, les films venus du froid ont un potentiel séduction très limité, sauf quand ils déploient leur humour si particulier, pince-sans-rire mais hilarant. Ici, les aventures de Horten sont dépourvues de ce comique piquant qui aurait pu faire leur charme. La nouvelle vie de monsieur Horten est donc à réserver aux seuls fans du cinéaste norvégien, que l’on espère revoir très vite dans une forme plus olympique, que ce soit dans son pays ou au terme d’une nouvelle virée aux States.
6/10
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LES RUINES

Sans aucun jugement de valeur, Les ruines ressemble a priori à un énième film d'horreur sur le thème des routards pris au piège de leur propre soif d'aventure (dernier exemple en date : Turistas, a.k.a. Paradise lost, deux titres pour un film jamais sorti car plus occupé à montrer des filles en bikini qu'à susciter un minimum d'effroi). Fausse idée : adapté d'un roman de Scott Smith (son deuxième après Un plan simple) par l'auteur lui-même, le film de Carter Smith (aucun lien) se situe bien loin des codes d'un genre souvent tropbaliser pour marquer durablement. Les ruines est un film sur l'attente, la menace, et la façon dont chacun gère son angoisse et son idée de l'inconnu.
Le principe est simple : contraints à l'isolement par une bande de vilains mexicains, qui veulent les empêcher de propager le mal qui s'est un peu trop approché d'eux (un virus ? une zombiite ? allez, je vous laisse le suspense), une bande de cinq jeunes voyageurs attend que ça se passe. Une idée assez futée et bien exploitée : c'est à un véritable huis-clos en plein air qu'on assiste, une confrontation étouffante et bientôt horrifique entre quelques amis voués à l'auto-destruction. Dans sa deuxième partie, Les ruines a quelque chose de vraiment jouissif, à la fois intelligent et suprêmement dégueulasse (avec notamment une scène d'amputation à faire gerber les plus insensibles d'entre nous). Le développement des personnages est plus contestable, avec comme souvent des revirements psychologiques pas forcément crédibles, même si l'on accepte que de telles situations de panique puissent pousser n'importe quel être humain à péter les plombs.
Finalement, l'énorme talon d'Achille du film, c'est que les évènements vraiment intéressants débutent une bonne demi-heure trop tard. Il faut avoir survécu à un début chiant comme la mort, ultra-cliché et exposant mal des personnages auxquels on n'a donc pas envie de s'intéresser. Ces trente minutes ressemblent à une gigantesque opération de remplissage, écrites à la va-vite par Scott Smith une fois tout le reste couché sur le papier avec assez de brio. À cette gigantesque réserve près, Les ruines est un film qui vaut le détour, notamment parce qu'il met aux prises ses héros avec un ennemi assez terrifiant (particulièrement pour l'auteur de ces lignes, qui n'a fait que renforcer sa phobie en voyant le film).
6/10
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PAR SUITE D'UN ARRÊT DE TRAVAIL...

La gauche, la droite... Deux étiquettes faciles à apposer, mais pourtant légèrement plus complexes que les discussions façon café du commerce auxquelles elles donnent souvent lieu. Cette opposition binaire entre droite et gauche et au cœur même de Par suite d'un arrêt de travail..., qui exploite un thème en forme de marronnier (les grèves des transports) pour mettre dos à dos deux catégories de personnes : la France qui se lève tôt et trouve scandaleux d'être ainsi être « prise en otage » (expression-gimmick qui revient dès qu'un journal traite de ce sujet), et celle des jean-foutre qui soutiennent d'autant plus ce genre de mouvement qu'ils n'ont aucun projet d'avenir. On l'aura compris, le film de Frédéric Andréi (connu pour son rôle de postier dans Diva) ne donne pas dans l'analyse politique profonde, et c'est là son énorme limite.
Mieux vaut donc prendre Par suite d'un arrêt de travail... comme un simple road movie bucolique, qui mène ses deux personnages principaux de Paris à Rome, le temps pour eux de vivre quelques péripéties amusantes et/ou émouvantes et de disserter sur le sens de la vie. Un voyage plutôt sympathique, notamment quand le type « de droite » (Patrick Timsit, pas mauvais) se décoince subitement et décide de vivre un peu au lieu d’être pétrifié par l’enjeu du contrat qui l’attend en Italie. Un brusque revirement de personnalité qui montre qu’Andréi n’est pas plus psychologue que politologue. En revanche, il mène plutôt bien son buddy movie en chemise blanche, enchaînant les mésaventures et les engueulades avec un allant qui fait plaisir à voir. Il nous offre même une parenthèse un peu absurde à travers ce qui finit par ressembler à un running gag (comment peut-on on traverser une rivière large de huit mètres). Des velléités humoristiques plutôt bien senties et qui font oublier un fond plus que schématique.
Enfin, Par suite d’un arrêt de travail… est une jolie déclaration d’amour aux routes de campagne et autres chemins de traverse. Aussi efficace qu’elle est implicite, elle montre que l’on n’est pas obligé de chausser de gros sabots à la sauce Jean Becker pour montrer les bienfaits de la verdure et de l’air pur. De quoi démarrer l’été du bon pied, surtout que celui-ci ne devrait pas être parasité par les grèves.
5/10
(également publié sur Écran Large)
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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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