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TWO LOVERS

Ça ne peut pas être vrai. Ça ne peut être qu'une blague. Two lovers ne peut pas être le dernier film de la carrière de Joaquin Phoenix. Certes, ce serait sortir par la grande porte. Mais mieux vaut pas de sortie du tout. Joaquin Phoenix est un grand, un très grand acteur, déjà parfait mais encore en devenir, qui ne peut pas nous faire ce coup-là. Si le cinéma, après les adieux de Guillaume Depardieu, perd un deuxième écorché vif en quelques semaines, la déprime risque de l'emporter.
Déjà brillant pour lui-même, Two lovers bénéficie donc d'un léger supplément d'émotion, causé par la déclaration fracassante de l'(ex-?)acteur sur sa retraite anticipée. On bouffe l'écran des yeux, on savoure chaque image où il apparaît (et il est de quasiment tous les plans), comme un dernier moment passé avec quelqu'un qui va nous quitter. Comme chaque fois chez James Gray, comme souvent ailleurs, sa prestation est démentielle, suffocante, envoûtante, si bien que les deux demoiselles qui partagent l'affiche du film passent presque pour des figurantes. C'est là la seule étrangeté de Two lovers : on y parle d'amour, de sentiments partagés, mais tout n'est montré ici que de façon unilatérale, à travers les yeux du héros, et uniquement les siens. Gray est loin de se moquer de ce qu'éprouvent ses personnages féminins ; ça n'est juste pas la question. Il préfère explorer le désarroi qui gagne peu à peu ce Leonard, partagé entre un amour raisonnable et une passion difficilement vi(v)able. Il fallait bien un grand acteur pour incarner cela.
Au gré de ses trois premiers films, tous des polars, James Gray avait dévoilé son goût pour les tragédies familiales, de celles qui finissent dans le sang et les larmes, modifiant à jamais l'existence des survivants. Cela n'allait pas sans une certaine grandiloquence, développée avec modestie, mais aussi avec un léger didactisme ("je vais vous montrer ce qu'est un tragédien"). Partant de la plus vieille histoire du monde, le metteur en scène aurait pu en faire un nouveau drame épais et traumatisant, aux mille et un symboles et aux enseignements multiples. Il livre au contraire un film d'une infinie sobriété, qui développe son intrigue plus que ténue avec précision et doigté, sans un mot plus haut que l'autre. Si la tonalité n'est pas tout à fait la même, on se croirait parfois dans l'un des derniers Woody Allen, où la complexité des rapports humains (surtout quand le mensonge s'en mêle) suffit à donner de l'allant à un film entier. Gray la joue profil bas, et c'est franchement beau. D'autant qu'il confirme ici encore son statut de maître-filmeur. Au final, Two lovers crée une émotion délicate et pas putassière pour deux sous. C'est sans doute là qu'est également sa plus grande limite : la conclusion a beau être assez réussie, elle ne peut se déparer d'un certain goût de déjà-vu et de frustration, tant elle semble évidente. Cela n'enlève rien à la magnificence de l'ensemble et à la grandeur de son acteur principal. Reviens, Joaquin, reviens.
8/10

4 commentaire(s):

Pascale (20/11/08 11:26) a dit…

Tu m'a fichu la trouille avec ton premier paragraphe, j'ai cru que j'avais loupé une info ce matin...

La fin m'a paru moins évidente que toi.

En tout cas, je suis hantée depuis hier par ce film et surtout par Joaquin qui ne peut décidément pas NOUS faire ce coup là. Sa présence est un documentaire à elle seule.

Anonyme a dit…

tu me donne vraiment envie de dépasser le titre (qui franchement fait quand même vieille comédie romantique, non?).

http://justarrived.canalblog.com/

brussias a dit…

Un régal ce fut en ce dimanche neigeux!Joaquin oui, mais Gwyneth et Vinessa aussi!!!!! Ton 8 est amplement mérité!

Benjamin F (8/12/08 12:26) a dit…

Putain, j'ai pris ma claque, c'est à la fois parfait et au niveau émotionnel et au niveau technique.
Joaquim Phoenix est grand !
Biz
Benjamin
http://www.playlistsociety.fr/2008/12/two-lovers-de-james-gray-8510.html

 

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