21 nov. 2008

MUSÉE HAUT, MUSÉE BAS

Un peu de hors-sujet : traditionnellement réservées au cinéma, ces lignes vont, une fois n'est pas coutume, parler d'autre chose. Car Musée haut, musée bas n'est pas un film : c'est juste une sinistre blague d'une heure et demie, un pur ramassis de connerie à réserver aux plus réactionnaires des réactionnaires. À l'image de ce que fait Jean-Michel Ribes dans la vie de tous les jours, c'est une succession de faux bons mots dont la trivialité n'a d'égale que la platitude, une accumulation de petites thèses bien couillonnes qui prétendent offrir un autre regard sur le monde. Le monde de l'art est ici particulièrement visé : ainsi donc, ceux qui fréquentent les musées sont soit des beaufs sans nom, soit les pires snobinards de l'univers, qui gobent sans broncher n'importe quelle arnaque qui se présente comme une oeuvre d'art. Et le ton comique (?) n'excuse pas tout : c'est bien de mépris pur et simple dont il s'agit. Que môssieur Ribes n'aime pas les musées, très bien ; qu'il crache dessus parce qu'il n'est pas capable d'apprécier ce qui se présente autrement que sous la forme d'un bête tableau, non.
Succession de sketches se répétant à l'envi, Musée haut, musée bas pratique plusieurs genres d'humour. D'abord, Ribes nous inflige dix mille maximes à la minute, transformant les "Brèves de comptoir" qu'il adapta pour la télévision en "brèves de musée". Ne leur manque que le naturel et la drôlerie, c'est-à-dire l'essentiel. Mais l'autre grand dada du monsieur, c'est le running gag. On n'en a jamais vu autant en moins de cent minutes. Encore et encore, sans jamais fléchir, une série de quatre ou cinq petits gags miteux vont se répéter sous nos yeux ébahis. Donner de grandes leçons en étant soi-même au ras des pâquerettes : il ne faut pas avoir grande fierté pour proposer un tel spectacle.
Au milieu de ce marasme, une trentaine d'acteurs connus s'emploie à défendre des textes imbitables et sans tempo, filmés par une caméra amorphe. Et c'est là que se produit le déclic. Mais, morbleu, Musée haut, musée bas n'est que la gigantesque adaptation de ces fameuses publicités pour plusieurs enseignes de banques et assurances, qui emploient tout un tas d'acteurs pour appâter le chaland (l'une de ces séries de pub s'inspire même directement de Palace, série de... Jean-Michel Ribes). Comme dans ces navrants spots télévisés, chacun vient faire sa panouille pendant cinq minutes, avant de disparaître en coulisses pour aller toucher son chèque. La différence, c'est que Musée haut, musée bas dure une heure et demie et qu'il est impossible de zapper. Le soulagement est grand lorsque, enfin, le musée disparaît littéralement sous les eaux : cette conclusion symbolique, qui boucle ce gigantesque naufrage, vient également mettre un terme à nos souffrances. À fuir absolument.
0/10
(également publié sur Écran Large)

9 commentaires sur “MUSÉE HAUT, MUSÉE BAS”

Pascale a dit…

Ah bon ? J'ai failli y aller tout à l'heure ???

Dis moi simplement si l'auteur d'une pub imbitable pour une banque avec deux comiques plus que trentenaires qui ne me font pas rire et qui se prennent pour des ados tarés (même pas dignes de la sixième de transition) c'est de lui ???

Ah non... ça doit être celle où des acteurs connus et/ou has been sont face caméra et s'exclament bizarrement qu'ils sont heureux...

Tu vois je suis sympa, t'as même pas besoin de répondre au commentaire, je fais les demandes et les réponses.
comme ça tu changes rien à tes habitudes !!!

SInon, Ribes tu l'aimes bien au fond ?

Rob Gordon a dit…

Soyons francs : Ribes ne m'a jamais fait rire, et je déteste particulièrement le manque total d'auto-dérision dont il fait preuve et la façon dont il se gargarise de ses propres bons mots.
Sinon, Ribes, il est plus Khorsand-Prévost qu'Éric-Ramzy, si tu vois ce que je veux dire... On dirait un mix de pubs MMA (zéro tracas zéro blabla), LCL ("heureux?" "très heureux") et Maaf ("je l'aurai un jour, je l'aurai").
Maintenant ça a plus à un tas de critiques bien snobs ("mais qu'il est drôle ce Ribes, il se moque de nous, regardez comme on est beaux joueurs, on accepte sans ciller et on rit poliment"). Ça peut donc plaire à des gens (mais à qui ?).

Pascale a dit…

Mais.... il parle !!!!

Ben Daniel Prévost j'aime beaucoup.
Sinon du temps où je regardais la télé, j'avais vu "Palace" une fois ou deux et je n'ai jamais accroché.

Mais Sandra M. me dit que le filmage de ce film est virevoltant et ça m'insupporte de plus en plus.

Et puis il y aurait aussi un côté méprisant : la France d'en bas y entrave que pouic à l'art... Donc bon, j'irai pas.

Rob Gordon a dit…

J'en suis ra-vi.

Anonyme a dit…

"un pur ramassis de connerie"
au moins on peu dire que c'est clair!!!
Je n'avais déjà pas particulièrement envie d'aller le voir mais là je me dis que vraiment si tu as détesté à ce point c'est que ça doit vraiment être un des pires films de l'année.
Par contre est ce que la séance a été vraiment pire que "La Possibilité d'une Ile",film limite traumatisant, pour lequel tu avais quand même mis 4/10?

coming soonn

http://justarrived.canalblog.com/

Rob Gordon a dit…

Je suis beaucoup plus tolérant avec les films ennuyeux qu'avec les films connement méprisants et franchouillards. D'où la différence des appréciations.

Crabes a dit…

Il est loin le temps (qui remonte aux débuts d'Hollywood, en fait) où le nom de l'acteur/trice vedette était synonyme de qualité (et non forcément de succès, nuance)...

De toutes façons c'est un art très difficile de faire des films intellectualisés dont tout l'intérêt est dans les propos, et qui ne donnent pas l'impression que le réalisateur est un professeur d'Université demandant à ses élèves de noter, de retenir et de régurgiter, et surtout d'arrêter de vouloir avoir des envies d'autonomie neuronale.

Heureusement il reste Rob Gordon pour oser encore mettre des 0/10 (l'infâme note que personne ne veut jamais donner, on n'aime pas les extrêmes dans la secte des critiques de cinéma) à des films qui le méritent, hallelujah.

Rob Gordon a dit…

Monsieur (ou madame?) est trop bon(ne).

jnp.fr a dit…

Merci Rob Gordon de publier cette opinion. Ayant bondi sur Google à la sortie de la salle, j'étais sûr de tomber sur des tas de gens partageant ce que j'ai ressenti. Or nous sommes bien seuls. Est-ce que c'est parce que ça ne se fait pas de dire du mal d'un film avec de "bons" acteurs? Est-ce qu'un bon acteur ne devrait pas aussi sentir où il met les pieds? Où bien sont-ils à ce point dans la misère ou incapables de rester un moment sans se montrer? En tout cas, il y a longtemps que ne m'étais pas trouvé devant une telle nullité... Vu son succès, je n'avais pas eu envie de voir Bienvenue chez les Ch'tis mais après l'avoir regardé de façon quasi forcée dans un car d'excursion, j'ai pensé qu'on pouvait beaucoup lui pardonner étant donné son peu de prétentions. Ce qui n'est pas le cas ici.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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