28 août 2008

BE HAPPY

Après avoir passé des années à nous faire chialer (ou à tenter de nous faire chialer), Mike Leigh revient avec un film ouvertement rigolard, optimiste, chaleureux, au titre révélateur (Happy-go-lucky). Sans vrai fil conducteur, il suit Poppy, institutrice de 30 balais qui a décidé de mordre la vie à pleines dents. Entre leçons de conduite, cours de flamenco et soirées arrosées, Poppy s'éclate. Et ricane. Et beugle. Et ricane encore. Poppy est sans doute le personnage le plus agaçant de l'année, une insupportable pouf qu'on a envie d'étrangler tout au long du film. C'est bien simple : sur une heure cinquante-huit de film, elle doit ricaner pendant environ une heure quarante-cinq. Qu'elle danse, baise, bosse ou autre, elle nous crache à la gueule son petit bonheur forcé, aussi artificiel que l'épouvantable rire du pas regretté Henri Salvador. À s'arracher les cheveux.
Cette hystérie, Leigh la met au service de rien du tout, son propos se limitant à un "don't worry be happy" qui serait acceptable si son film donnait la pèche au lieu d'être un appel au meurtre. Dans deux séquences (et pas davantage), Poppy ne rit pas, et ça fait un bien fou. Mais ces deux scènes un rien plus sérieuses ne sont là que pour nous montrer qu'on peut déconner toute la journée et avoir quand même une cervelle. On est rassuré : lorsqu'elle découvre qu'un de ses élèves est battu par son beau-père, Poppy arrive donc à garder son sérieux cinq minutes ? Quel exploit. L'ensemble confirme la baisse de forme du réalisateur, qui n'arrive plus à doser entre le tire-larmes absolu (voir le too much Vera Drake) et la fanfaronnade débridée. Seule constante de ses derniers films : le schématisme et l'excès.
Il est loin, le temps de Naked et Deux filles d'aujourd'hui. Et il est loin, le temps où Leigh travaillait avec de grands interprètes comme la trop vite disparue Katrin Cartlidge. Car non seulement Poppy est une aberration d'écriture, mais ce ne serait rien sans l'interprétation dégoulinante et exténuante de Sally Hawkins, scandaleusement récompensée par un prix d'interprétation à Berlin. Elle fait penser à un vague ersatz de l'excellente Toni Collette, avec en supplément les mimiques de la Shirley de Dino (mais à la puissance mille). Il n'y a rien de plus louche que les gens qui rient tout le temps. Ça vaut aussi pour les films.
2/10

5 commentaires sur “BE HAPPY”

Anna a dit…

Ba non... ya un second degré, une distance, une ironie derrière tour ça. Poppy n'est pas Amélie Poulain, sa bonne humeur est sur fond de lucidité, de mélancolie voire même de désespoir. Si l'héroïne est si exaspérante (surtout au début) c'est justement parce qu'il y a malaise. Elle a un autre rapport à la vie que beaucoup de gens, à commencer par ce moniteur d'auto-école facho qui s'englue dans sa misère parce qu'il a choisi de la montrer et non de l'ignorer comme le fait Poppy. Ce n'est certes pas la panacée mais c'est tout ce qu'elle a trouvé pour supporter mieux une vie - et une société, car le propos est aussi celui-là - qui ne lui apporte pas que des satisfactions. Mike Leigh n'est pas devenu niais, merci pour lui !

Toujours contente de te lire régulièrement.

Pascale a dit…

Bon dis le clairement si t'as pas aimé ! J'ai comme un doute là.

Euh, j'ai adoré moi. Tu vas être ravi, on commence sérieusement à ne plus être d'accord.

Rob Gordon a dit…

Vous voulez un secret, les filles ? Il y a quelques semaines, on m'avait proposé d'interviewer la Hawkins, là (et Mike Leigh aussi, d'ailleurs). J'avais pas encore vu le film, mais j'ai dit non, pour un bête problème de disponibilité.
Avec le recul, j'en suis ravi. J'aurais sans doute été le premier intervieweur-tueur.

Anonyme a dit…

on dirait que ce film plait plus aux filles. Je joins ma voix aux 2 précédentes pour dire que NON ce film n'est pas que une fille qui rigole de tout à tout bout de champs!!!!!!!!!!
Poppy à tout à fait conscience que la vie n'est pas toute rose mais elle, elle, à choisi d'y faire face avec son rire.

coming soonn
http://justarrived.canalblog.com/

Pascale a dit…

J'avoue que je me suis quand même sérieusement posé la question plusieurs fois de savoir quel effet me ferait une "amie" (heureusement je n'en ai pas) comme elle !!! Mais rapidement je me suis convaincue qu'il ne s'agissait que d'un film, enfin je veux dire d'une personne qui n'existe pas, notamment avec (gràce à) la scène avec le SDF. Quelle fille irait en pleine nuit, discuter le coup avec un gars qui beugle des incongruités dans une usine désaffectée où y'a même pas un rôdeur ???
Donc, même si ce film ne m'a rendu ma forme olympique, il m'a fait du bien car les rapports entres les gens m'y sont apparus comme idéaux. C'est pile poil ce qu'il me fallait.

J'adore le coup du "j'fais ma chochotte, je n'ai pas de disponibilité pour interviewer Mike Leigh !". Fais moi encore marrer, j'te jure, c'est que du bonheur !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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