4 août 2008

DOROTHY

Trois films en quatorze ans : Agnès Merlet prend son temps, et c’est souvent une bonne nouvelle. Après les éblouissants Le fils du requin et Artemisia, on attendait beaucoup de Dorothy, thriller psychologique tourné en anglais. Sans doute trop : le film atteint rapidement ses limites du fait de l’incapacité des scénaristes à donner une cohérence et des enjeux forts à cette histoire. D’entrée, il est très difficile de croire au personnage de la psy, mal taillé pour une Carice van Houten dont la jolie frimousse ne masque pas la faiblesse du jeu. Sous couvert de psychologie et de suggestion, la première heure s’étale sur des faits insignifiants et ne raconte finalement pas grand-chose, plaçant tout le monde dans l’expectative. Et vlan, arrive le dernier acte, qui n’omettra aucun détail sur le pourquoi des troubles dont souffre la jeune Dorothy. Mortellement explicative, la fin annihile la part de mystère que le film avait mais beaucoup de temps à faire naître.
Pourtant, pris séparément, beaucoup d’éléments de Dorothy ont de qui attirer, voire satisfaire. À commencer par la jeune Jenn Murray, qui livre une prestation aussi incroyable que casse-gueule, jouant de sa voix et de son corps pour faire exister cette fascinante Dorothy, blonde comme les blés et complexe en diable. Elle participe à la création d’une atmosphère étrange et magnétique, qui rappelle celle de films comme The wicker man ou Les innocents. Problème : aussi réussie soit-elle, cette ambiance trouble pâtit du délitement permanent d’une histoire ne tenant jamais ses promesses. Les comportements de certains personnages vont à l’encontre de toute logique, et certaines ficelles sont vraiment trop grosses pour être acceptables.
Si la sincérité de l’entreprise n’est pas à mettre en cause, Dorothy donne la désagréable impression de s’être fait un peu arnaquer par une réalisatrice qui voulait nous vendre un grand film de genre mais n’a accouché que d’un énième ersatz pas dépourvu d’intérêt, mais manquant singulièrement de discernement dans sa façon de gérer images, personnages et rebondissements. La conclusion est simple : ce n’est pas parce qu’un film fait appel au surnaturel que l’on est en droit de raconter et de montrer n’importe quoi.
4/10

7 commentaires sur “DOROTHY”

dePassage a dit…

Rien à voir avec le film mais pouvez-vous nous en dire davantage Rob sur vos 'secrets de fabrication' de vos critiques (à l'occasion d'un post séparé par ex.).
Suis toujours étonné par la très grande qualité rédactionnelle de vos revues alors que vous êtes par là-même absorbé dans un film.
Faites-vous un travail spécifique de documentation en amont séance, écrivez-vous dès après le fin du film, faites-vous relire vos textes par qqu'un d'extérieur, prenez-vous des notes pendant la projection.
En particulier, comment dissociez-vous 'suivi de l'intrigue' de 'ça je dois le relever pour ma critique', car le rendu final est toujours très pertinent. Vous semblez toujours dans le film et 'hors du film'...
Merci si réponse et compléments.

Pascale a dit…

comment tu fais pour être déjà le 5 août ?

Rob Gordon a dit…

Pascale : ça s'appelle un bug. Je programme mes critiques pour qu'elles se publient à la date et l'heure voulue, même en mon absence. Et là, bin euh, ils ont fait du zèle chez Blogspot.

depassage : je ne veux pas jouer au mec génial, mais mon secret, c'est que je n'en ai aucun. Je ne prends pas de note, je ne me dis que très rarement "tiens, faudra que j'écrive ça", j'écris d'une traite, je me relis peu (d'où les fautttes de frapppppe). Je ne fais relire par personne, mais certains, ou surtout certaines, sont à l'affût si je raconte une bêtise ou si j'ai fait une grosse faute de syntaxe ou d'orthographe
En revanche, j'ai souvent la chance de disposer des dossiers de presse, qui m'aident à retrouver la mémoire quand j'écris la critique quelques semaines après avoir vu le film.

Cathessias a dit…

Tu pourrais peut-être en profiter pour remercier tes parents qui t'on communiqué un tel don...

Pascale a dit…

Ah t'as les dossiers de presse !!!
Ben t'as raison de moins frimer à présent... parce que pour le béotien mortel parfois on se demande où le journaliste a bien pu aller pécho telle information ou telle explication à moins d'être extra lucide !!!
Un mythe s'effondre !
La vie est dure !

Rob Gordon a dit…

Cathessias : merci m'man !

Pascale : oui mais euh, bon, je les ai pas toujours, hein... Et tu vas pas me dire que mes critiques fourmillent d'anecdotes et d'infos inédites...

Pascale a dit…

Pas toujours mais un peu quand même.

Sinon, j'aime bien quand t'écris avec du sang et des larmes (Dark Knight ou Le Premier jour... for egzampeul) mais la généalogie en général je m'en cogne un peu.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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