10 juin 2008

SAGAN

Quelques biographies mal dégrossies et une chanson un peu ratée d'Alain Souchon : voilà ce qu'a reçu Françoise Sagan pour tout hommage depuis sa disparition en septembre 2004. L'idée d'un film consacré à l'écrivaine était à la fois gonflée et très louable, Sagan étant un auteur intéressant ainsi qu'un personnage unique. Il y avait cependant de quoi faire la grimace à l'idée que Diane Kurys se charge du projet ; en perdition depuis bientôt vingt ans, la cinéaste a récemment livré quelques comédies pitoyables (Je reste et L'anniversaire) et un retour de triste mémoire sur le couple Sand-Musset (Les enfants du siècle). La surprise est d'autant plus belle : car Sagan, à quelques menus détails près, est une réussite, un film fort et intense sur l'existence pas comme les autres d'une femme singulière.
Le titre Bonjour tristesse aurait évidemment été trop évident ; pourtant, il aurait parfaitement convenu à cette description de l'oeuvre et surtout de la vie de Sagan, très entourée (sauf à sa mort), souvent aimée, mais jamais vraiment heureuse. Kurys dépeint remarquablement les errements de l'artiste, de ses penchants pour le jeu et la bouteille jusqu'à sa frénésie toxicomane. Et l'amour, évidemment, l'amour, ses déceptions, ses joies, ses faux-semblants. Une petite valse des sentiments qui ne tombe que rarement dans les pièges classiques du biopic. Très rythmé, le film multiplie les ellipses, avec une discrétion assez admirable. C'est au spectateur de faire le travail de reconstitution ou de simplement se laisser emporter par ce récit tourmenté, dégraissé des dates, anecdotes et autres passages obligés qui parasitent souvent le genre.
La mise en scène brumeuse, loin du téléfilm que l'on pouvait craindre, apporte un vrai cachet au film. Les maquillages sont étonnamment crédibles, bien portés par des acteurs dont on ne soupçonnait pas le potentiel. Sylvie Testud est impeccable, toujours au bord de l'imitation, y cédant rarement ; derrière elle, les Palmade, Dombasle, Abelanski et surtout Balibar sont phénoménaux et donnent du corps et du coeur au récit. Plus que des personnages secondaires, ils font partie intégrante de Sagan, et la racontent mieux que bien des voix off (il y en a bien une dans le film, mais faisant agréablement profil bas). Si l'ensemble est loin d'être parfait (des reconstitutions d'époque un peu trop voyantes et une fin atrocement lyrique), Sagan est tout de même un film qui a de la gueule, un bel hommage rendu à une femme forte, qui aurait sans doute apprécié qu'on n'en cache pas les travers et les mauvais moments. Et qui doit se réjouir d'avoir permis à Diane Kurys de retrouver sa fougue d'antan, en espérant que la machine soit relancée pour les vingt ans à venir.
7/10

2 commentaires sur “SAGAN”

Pascale a dit…

Hein quoi qu'est ce que j'apprends ???
Sagan a fricoté avec Musset ???

En tout cas je ne suis pas d'accord. J'ai eu la désagréable impression de me coltiner la lecture de 50 ans de Paris Match !
Quant aux personnages (détestables) de Balibar et Dombasle, elles sont tellement caricaturales qu'elles en deviennent ridicules !
Seul Palmade s'en tire bien selon moi.

Et Sylvie TEstud, évidemment.

pL a dit…

Dis donc, de la part d'un détracteur de La môme, cette bonne critique pour Sagan me surprend! J'ai au contraire trouvé que le film était justement le téléfilm que l'on pouvait craindre. Plat, et un peu hypocrite...

 
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