10 mai 2008

TEETH

On a beau voir beaucoup de films, on parvient encore à être surpris par les idées de certains cinéastes. Un vagin avec des dents ? Bin voyons. Un film d'une heure et demie là-dessus ? Même pas en rêve. C'est d'autant plus merveilleux lorsque, de cet improbable point de départ naît un insoupçonnable petit bijou, irréel et inclassable, que l'on pourra ranger à côté de May dans sa filmothèque. Une comparaison un peu facile, même si May et la Dawn de Teeth ont tout de même quelques points communs dans leur façon d'essayer de gérer leur vie en toute innocence et sans se soucier du regard extérieur. On s'en tiendra là pour les ressemblances : les films de Lucky MacKee et Mitchell Lichtenstein sont tout de même extrêmement différents, comme deux cousins liés par le sang.
Teeth aurait pu être une comédie, un drame, ou un pur film gore. Il aurait pu naître de la plume de Stuart Gordon ou de David Cronenberg. Lichtenstein choisit une autre voie, mêlant tous les genres et toutes les influences tout en donnant à son film une personnalité propre. Perclus de symboles, Teeth aurait pu ne donner que dans le fantastique métaphorique ; mais ce sont ces mêmes symboles qui contribuent à maintenir le film dans une espèce de réalisme glaçant, qui provoque l'effroi donc l'hilarité. Être à la fois mort de rire et mort de peur : en voilà un sentiment rare et troublant. La scène de l'examen gynécologique, absolument géniale, en est la preuve la plus criante.
Lichtenstein s'amuse donc de ces images d'Épinal trop polies pour être honnêtes : une source d'eau claire, un anneau de pureté, deux cheminées fumantes et menaçantes... Il utilise ces clichés tout en conservant de la distance vis-à-vis d'eux, mêlant ainsi le premier et le millième degré. Teeth est un film sur la pureté, la perte de l'innocence. Il pourrait très bien servir pour une campagne promotionnelle des ligues de vertu américaines (le sexe c'est mal, gardez votre kiki dans votre slip, etc.). Ou pas : il y a beaucoup de subversion dans cette sagesse apparente, beaucoup de pieds de nez adressés aux bien pensants. Et pas uniquement dans les quelques plans très gore du film (sanguinolents mais pas si dégueu, même pour les garçons).
On pourra trouver que Teeth manque de pêche, de souffle, de souplesse ; ce serait ne considérer ce film que comme un pur produit de genre, un divertissement sur une gonzesse-avec-un-vagin-qui-mord. Car si la route suivie par Dawn (Jess Weixler, comme une révélation) est assez prévisible, c'est parce que le film est le miroir des premiers émois sexuels de tout un chacun, le décrivant seulement de façon un peu déviante. Ainsi, le personnage du demi-frère (John Hensley, le fiston dérangé de Nip/Tuck peut sembler raté car excessif, mais il est en fait le révélateur d'une société entière, assoiffée de découvertes et de plaisirs faciles mais craignant plus que tout les relations de proximité. Teeth est un film plein et plaisant, aussi délectable qu'inconfortable, capable de satisfaire aussi bien les amateurs de bizarreries, les aficionados du film d'auteur et les vilains petits curieux.
8/10

3 commentaires sur “TEETH”

Pascale a dit…

Vivement une bitaclou que je me fasse peur !

Rob Gordon a dit…

J'ai mis 30 bonnes secondes avant de comprendre. Heureusement que c'est férié et que j'ai droit à un peu de repos...

Pascale a dit…

ah ah ah !!!
J't'ai bien eu !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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