9 avr. 2008

YOUNG YAKUZA

Retour au Japon pour Jean-Pierre Limosin après un Tokyo eyes sympathique mais inabouti. Cette fois, le réalisateur de Novo passe au documentaire, et se focalise sur l'une des figures les plus énigmatiques du pays du soleil levant : le yakuza. Parallèlement, il retrace les parcours d'un apprenti yakuza et d'un grand chef local (celui-ci lui ayant laissé le final cut, demandant "simplement" que les activités ilégales ne soient pas filmées). D'où un témoignage édifiant et très révélateur de ce drôle de métier, qui d'ailleurs n'en est pas vraiment un (discussion au centre de l'une des excellentes scènes du film).
Ça commence donc par l'intronisation du jeune Naoki, confié au clan des yakuzas par une mère inquiète, comme s'il s'agissait d'une banale maison de redressement. Pour devenir un yakuza digne de ce nom, il subira un apprentissage aussi long qu'ennuyeux, à commencer par le service du thé, la façon de parler, et mille et une traditions relativement pompeuses. Tout cela pour espérer peut-être avoir un jour un poste plus passionnant. Et puis peu à peu, le film se détache d'un Naoki qu'on devine pataud et anxieux (ça se comprend) pour dévier un brin du sujet de base et aller lorgner du côté du chef. Un type déterminé, froid mais disert, conscient de la singularité de sa condition et de l'instabilité de sa vie. Il s'exprime avec brio sur la manière dont il est arrivé là et sur la fausse image du métier (petits doigts coupés, etc.).
Ce qui frappe le plus dans Young yakuza, c'est l'ennui latent qui frappe tous les membres du clan, qu'ils soient puissants ou non. Embourbés dans des conventions qu'ils ne peuvent laisser de côté mais qui les ennuie totalement, ils tentent de se donner une contenance, une allure, afin de se convaincre un minimum que leur vie ressemble à ce qu'ils voulaient en faire. La mafia, ce n'est pas que des Kitano et des DeNiro, mais c'est aussi des tas d'hommes de main absolument invisibles, qui gravitent autour du patron comme des chienchiens attendant leur os. Désabusé mais drolatique (au détour de nombreuses scènes, dont celle où tous ces types habituellement si craints pataugent dans un lac à la recherche d'une paire de lunettes), Young yakuza est un témoignage criant de vérité et absolument passionnant, auquel ne manque qu'une description des missions menées sur le terrain par les yakuzas, d'opérations de protection en chantages. Mais c'était évidemment impossible pour Limosin, qui aurait peut-être pondu un film encore meilleur mais y aurait sans doute laissé la vie.
8/10

1 commentaire sur “YOUNG YAKUZA”

dePassage a dit…

Vu par hasard sur Arte qui le diffusait la veille de sa sortie salle, intéressant pour le côté 'dans quoi ça vit un yakuza' (ça donne pas envie en passant...) mais presque ennuyeux à la longue de voir ces gros nounours prépubères déterminés à embrasser une carrière qui extérieurement renvoit le même vide qu'un Very British Gangster. Il aurait fallu montrer l'envers et la violence pour nous aider à comprendre en quoi ces vies sont hors-normes.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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