24 avr. 2008

FUNNY GAMES U.S.

Ceci est un avis définitif : il faut à tout prix voir Funny games. Sorti il y a déjà dix ans (oh, le coup de vieux), le film autrichien de Michael Haneke est un objet incontournable, qui suscite chez le spectateur un enthousiasme débordant ou un rejet immédiat. Un film qui vous met face à vos contradictions de spectateur bien pensant mais voyeur. Un snuff-movie sans violence physique, sur la dilatation du temps et l'illusion de l'espoir. L'un des films de chevet de l'auteur de ces lignes (qui prend un malin plaisir à le regarder régulièrement, comme une séance de sado-masochisme où il serait à la fois le bourreau et la victime).
Il faut donc voir Funny games. En revanche, faut-il voir Funny games U.S. ? La réponse semble être : non, sauf si vous n'avez rien de mieux à faire. C'est qu'il s'agit d'un très bon film, certes, mais bon Dieu, à QUI s'adresse-t-il ? Au public américain, selon Haneke. Une raison un peu idiote de refaire le même film au plan près. Funny games U.S. est bon, mais indéfendable : rien ne justifie en effet son existence. Parce que rien n'est ici meilleur que dans l'original. Parce que, même excellent, Michael Pitt fait regretter Arno Frisch. Parce que le gris de l'image et la langue allemande avaient tendance à renforcer l'aspect sordide et inquiétant d'un film qui n'en avait certes pas besoin. En revanche, aucune plus-value ne vient empêcher qui que ce soit de douter de la futilité d'un tel projet. Pour que Funny games U.S. soit intéressant, il aurait fallu le parsemer de micro-incidents, de petites perturbations le rendant signgulièrement différent de son homologue autrichien (façon Gus Van Sant dans le très recommandable Psycho). Ici, si Pitt le gaucher remplace Frisch le droitier, il faut bien avouer que ce n'est pas très intéressant (et sans doute pas volontaire).
Haneke aurait dû faire sweder son film par Michel Gondry, pirater par David Lynch, retoucher par Matthew Barney. Il ne livre ici qu'une gigantesque pub pour Rank Xerox (pour des photocopies plus blanches que blanches), incritiquable en tant que telle, mais n'arrivant jamais à hauteur des gigantissimes chevilles de Funny games. Il conviendra cependant de reconsidérer lensemble du projet si Haneke continue à nous pondre des Funny games dans tous les coins du monde. Prochain rendez-vous, un troisième film avec Clotilde Courau, Yvan Attal, Louis Garrel et Vincent Desagnat ?
7/10

3 commentaires sur “FUNNY GAMES U.S.”

Pascale a dit…

J'y vais bientôt !

Pascale a dit…

l'aspect soride ??

N'ayant pas vu la version originale j'ai trouvé celui-ci vraiment très fréquentable... quoique cette nuit j'ai eu quelques sueurs froides.
Mais je ne doute pas que la grisaille autrichienne avait quelque chose en plus... quoique ce blanc hopital psy !!!

Aaaaah Clotilde Coureau, quelle bonne idée : la torturer pour effacer définitivement de sa face ce sourire stupide ! T'es un génie.

Caulfield a dit…

Ah, je ne suis pas d'accord du tout sur le fait que les deux opus ne se différencient l'un l'autre que par leur langue et leurs acteurs.

Funny Games est joueur et Funny Games U.S. est méchant, il pue le sadisme barbare et assoiffé (notamment chez Paul, bien entendu), il grimpe bien plus haut l'échelle de la cruauté que son prédecesseur.

Je pense qu'Haneke a bien réfléchi son coup; il a associé combine commerciale (plus ou moins réussie, d'ailleurs) et changement radical d'atmosphère, en leurrant les spectateurs.

http://blogging-out-loud.blogspot.com/2008/07/funny-games-nasty-games.html

Je ne me lasse pas de visionner encore et encore les DEUX opus, ne serait-ce que parce qu'à chaque fois j'y trouve des différences marquantes - et choquantes - relativement subtiles qui me font toujours plus aimer le remake américain, qui ne mérite pas qu'on le considère comme un rejeton raté de l'original autrichien.

Très honnêtement, je vous invite à passer chaque scène des deux films, au ralenti s'il le faut; les surprises sont nombreuses, et Haneke regagnera une place bien haute dans l'estime de ceux qui auront vu Funny Games U.S. comme un loupé dans sa filmographie.

 
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