"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

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Antichrist Very bad trip Lascars Jusqu'en enfer Looking for Eric

LES SIMPSON - LE FILM

C'est sûr que le projet en forme d'arlésienne de faire interpréter les Simpson par de vrais gens aurait été plus couillu. Mais ce qu'il y a de bien avec Les Simpson - le film, c'est qu'on n'en attend absolument rien d'autre qu'une bonne rigolade d'une heure et demie. Et c'est à peu près ce qui se passe. Sur un postulat pas plus épais que celui d'un épisode de 20 minutes, les scénaristes ont brodé un festival de gags assez drôles et de péripéties plutôt savoureuses. Le tout se situant juste au-dessus du niveau moyen d'un épisode des Simpson. Que ceux qui sont habitués aux irrésistibles voix françaises n'aient pas peur de franchir le pas et d'aller voir le film en VO ; au bout d'environ deux minutes, le film nous emporte dans sa tornade comique et on oublie totalement ses petites habitudes.
Il est évidemment difficile pour Matt Groening et les siens de contenter tout le monde ; chacun a son personnage préféré, son type d'humour favori (et les Simpson ont balayé large, au cours de leurs dix-huit années de vie commune), et certains seront plus satisfaits que d'autres. Itchy & Scratchy, Milhouse, Krusty, n'apparaissent qu'au détour de scènes frustrantes mais savoureuses ; Ned Flanders est plutôt mis en avant et c'est délicieux ; mais la star du film, c'est tout de même le roi Homer, le grand champion du n'importe quoi, qui réussit l'exploit (?) d'éclipser un peu les autres membres de sa petite famille. Bonne nouvelle ou pas? Tout dépend du point de vue. En tout cas, le zizi de Bart est tout petit. Et Spider-pig est mille fois plus mieux que Spider-man. Et un marteau dans l'oeil, ça fait mal. Et les nouvelles paroles de la Marseillaise sont mieux que les anciennes. Et restez jusqu'à la fin du générique.
7/10
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WAITER!

Il fut un temps où Alex van Warmerdam était un réalisateur singulier et talentueux, dont les films dégageaient une véritable cruauté et une drôlerie irrésistible. Si l'on en croit le temps passé depuis la sortie de son dernier film (Le p'tit Tony, en 1999) et le manque total d'inspiration qui caractérise Waiter!, cette époque est vraisemblablement révolue. Sur un énième schéma de mise en abyme, van Warmerdam montre des personnages de fiction venant demander des comptes à leur auteur. Ça devrait être fin, philosophique, délicieusement tordu ; tel quel, ça ne ressemble qu'à un mauvais sitcom. Les situations sont d'une banalité totale, les rebondissements prévisibles. Le scénario de Waiter! semble avoir été écrit à la va-vite, comme pour combler une spirale de pages blanches, comme si van Warmerdam avait commencé un film sur un serveur et n'avait pas su comment le poursuivre.
Ennuyé par cette fadeur ambiante, presque gêné de la platitude du spectacle, on se console grâce à van Warmerdam acteur, qui joue comme personne de son physique de bellâtre en berne, comme si Alain Delon avait appris le second degré. La dernière demi-heure du film, sans être géniale, se fait plus plaisante, avec quelques vraies scènes de comédie, aussi minimalistes qu'efficaces. La scène de l'achat de l'arc justifie quasiment à elle seule de s'être tapé une heure ô combien laborieuse. Mais une scène ne fait pas un film ; et Waiter! de rester un piètre spectacle, sans consistance aucune, qui semble signer la disparition de l'Alex van Warmerdam qu'on aimait tant.
4/10
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MI$E À PRIX

Voilà quatre ans qu'on attendait des nouvelles de Joe Carnahan, qui avait débarqué avec un Narc rugueux comme pas deux et magistralement tendu. Après avoir claqué la porte du troisième Mission : impossible, Carnahan, soucieux de ne pas faire n'importe quoi, a choisi son projet avec parcionie est s'est dirigé vers ce Mi$e à prix (Smokin' Aces en VO) pour le moins fumant.
Écrit en solo par Carnahan, le film raconte le combat sans merci entre un bon paquet de mercenaires prêts à tout pour buter Buddy 'Aces' Israel, magicien dont le témoignage pourrait signer la fin de Cosa Nostra. Récompense : un million de billets verts pour qui ramènera le coeur d'Israel au parrain Primo Sparazza. Ça va charcler. Et même s'il commence dans un calme relatif, Mi$e à prix sent la Guy Ritchie attitude, la flambe et la frénésie, les grandes phrases et les petits coups tordus. Du Ritchie, donc. En bien. Car Carnahan a su digérer ses influences multiples (de Scorsese à Tarantino en passant par Altman, pour faire simple) pour construire un cocktail détonnant, un maelström de couleurs et d'idées haut perchées, un déferlement d'hémoglobine et de pyrotechnie. La maîtrise est partout : si l'on commence par craindre que le grand nombre de personnages ne nous perde dès le départ (comme chez Ritchie, tiens), ils sont tous si marqués, si brillamment archétypaux que cette intrigue si échevelée reste toujours très lisible. Trio de nazis débiles, couple de tueuses passablement lesbiennes ou as du déguisement : Carnahan fait cohabiter toute cette smala avec une décontraction et une rigueur assez ébouriffantes.
Imprévisible dans sa mise en scène comme dans son intrigue (le "qui va buter qui" est assez difficile à deviner), Mi$e à prix parvient miraculeusement à mêler délire, gravité et enjeux de taille. À l'aide d'un casting parfaitement hétéroclite (d'Alicia Keys à Peter Berg, ils sont tous bons), avec mille idées par plans et un style hors du commun, Carnahan nous empote. Et qu'importe si tout cela sent parfois trop la flambe ou la branchouille : Mi$e à prix, c'est du bling-bling à neurones, du cinéma clinquant mais exigeant, un spectacle délicieux et sidérant. À condition d'avoir survécu jusque là, les dix dernières minutes du film achèveront de convaincre tout le monde : sur une tonalité différente de ce qui précède, avec un vrai sens du récit et un sérieux de cathédrale, le réalisateur-scénariste fait plonger son film dans un bouleversant abîme de génie et de tristesse. Sur que Joe Carnahan n'a pas fini de nous surprendre.
7/10
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PATHFINDER

Avec Le 13ème guerrier, on avait failli tomber sur l'ultime film d'aventures tendance barbare, John McTiernan loupant de peu le coche par la faute (selon lui) d'un Michael Crichton malveillant et de producteurs soupe-au-lait. Suivant à peu près le même parcours que Zack Snyder (remake d'un classique de l'horreur, puis film avec guerriers en jupette), Marcus Nispel tente avec Pathfinder d'apporter sa pièce à un édifice souffrant souvent d'un kitsch involontaire ou d'une ultra-violence pas vraiment justifiée.
Esthétiquement, Pathfinder vaut le coup d'oeil. Très travaillée, l'image est à dominante noire et verte, la plupart des plans ressemblant à de véritables tableaux de maître. On sens pointer les influences de Mann et Malick, sans que cette parenté visible n'écrase jamais la personnalité de Nispel. Cette identité visuelle poussée ne compromet jamais le développement et le réalisme d'un récit simple mais pas schématique, l'essentiel dans ce genre de film résidant tout de même dans les affrontements avec l'ennemi. Ceux de Pathfinder sont bien exécutés, efficaces sans tomber dans le bourrin, parvenant à faire du beau avec du laid. Quant à la morale, si elle n'est pas bien neuve, elle est amnée avec suffisamment de finesse pour passer : aussi barbare que soient les humains, c'est la nature qui finira toujours par imposer sa loi. Dans le rôle principal, Karl Urban ne convainc pas vraiment, faisant justement penser à une version light du Colin Farrell du Nouveau monde. Il n'empêche : sans imposer de façon définitive sa mainmise sur un genre méprisé, Pathfinder est un grand spectacle de qualité, solide, concis et respectable.
7/10
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INVISIBLE

À force de se prendre au sérieux et de se vendre comme le spécialiste du comic et du fantastique en tous genres, David S. Goyer a fini par devenir la risée d'Hollywood. D'abord à cause de son Blade trinity, conclusion affreuse d'une trilogie déjà dispensable ; et maintenant avec Invisible, teen movie vaguement fantastique aussi excitant qu'un verre d'Efferalgan. Avec un principe vu mille fois : le mort qui rôde pour aider à capturer son vilain meurtrier. Les fans de Patrick Swayze s'arracheront les cheveux et courront voir Ghost pour la millième fois, les autres revoir quelques séries Z de papa. À la sauce ado, l'intrigue d'Invisible ne prend décidément pas : le héros est un djeunz mal dans sa peau qui doit sans doute écouter Kyo lorsqu'il a envie de s'amuser. Pas très futé, il met des plombes avant de comprendre qu'il est un fantôme et que personne (ou presque) (notez le "ou presque") ne peut le voir ni l'entendre.
La seule bonne idée du film n'est même pas bien exploitée : celle d'utiliser le fameux sixième sens des animaux pour aiguiller les enquêteurs et faire avancer les choses. Un chien, un nuage de pigeons, et l'idée s'envole. Le reste d'Invisible ne sera que rock'n'teen pour suicidaires en baggy et rebondissements nullos qui auraient parfaitement trouvé leur place dans une série M6 (avec David Boreanaz dans le rôle-titre, par exemple). Scénariste souvent correct, David S. Goyer n'est décidément pas fait pour la mise en scène. Il ne semble malheureusement pas vouloir en rester là.
4/10
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RATATOUILLE

Évidemment, tout le monde va courir voir Ratatouille, rire aux moments prévus, et crier au génie. C'est un peu pénible. Non pas que le dernier Brad Bird soit un très mauvais film ; c'est juste qu'il n'y a absolument pas de quoi se mettre dans tous ses états. Bien sûr, il est impossible de contester le savoir-faire technique de la team Pixar. Aussi, de ce point de vue, Ratatouille est à peu près irréprochable, même si le rendu des êtres humains manque encore de réalisme. Et à condition de mettre sa cervelle de côté et de ne plus penser qu'avec les yeux, le spectacle est relativement éblouissant, certes. Mais c'est bien normal, après tout : manquerait plus que des centaines de types super doués qui bossent sur un tel projet pendant cinq ans nous pondent un film d'une laideur sans nom. Quand ça arrive (voir Shrek 3), c'est juste parce que les types en question sont des feignasses qui se reposent sur leurs lauriers. Mais évidemment, chez Pixar, impossible que ça se produise.
Si le savoir faire de Bird et les siens n'est pas à remettre en cause, qu'est-ce qui fait que Ratatouille n'atteint jamais les sommets espérés, n'arrivant pas à la cheville de grands films comme Monstres & cie? Rien de plus simple : un scénario, un univers, un humour qui tienne au corps. L'aventure de Rémy le rat a beau être rigolote cinq minutes, il manque juste un peu de matière pour que le spectacle ait un vrai intérêt cinématographique. À part quelques vannes pas très recherchées sur les français et quelques péripéties assez stimulantes, il n'y a pas grand chose dans Ratatouille qui puisse stimuler les zygomatiques d'un spectateur un tant soit peu exigeant (mais, bizarrement, les spectateurs des films Pixar laissent souvent leur exigence au vestiaire, arguant que ceux qui critiquent "ont perdu leur âme d'enfant"). Peu de gags, pas de rythme ; on passe le plus clair de son temps à subir les lamentations d'un grand dadais ni épais ni attachant, lui-même entouré par des personnages réduits à l'état de silhouettes. Seuls les méchants valent le détour : un critique gastronomique assez impitoyable et un petit chef nerveux et vicieux. Mais le scénario finira par leur offrir une rédemption d'une facilité assez navrante, offrant une conclusion du genre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Voilà ce qui arrive à force de vouloir faire des films intergénérationnels : on plonge dans la guimauve et le consensus.
Il manque à Ratatouille un véritable univers, une façon différente de raconter, de mettre en scène, de télescoper les genres. Car à part la qualité visuelle et quelques grammes de finese, qu'est-ce qui différencie le film de Brad Bird de... L'aile ou la cuisse? Pas grand chose.
Que personne ne s'arrache les cheveux, il ne s'agit que d'une provocation bien facile qui fait suite à une déception cruelle : quand un film est fait avec amour, précision et envie de plaire, c'est tout de même rageant qu'il ne dépasse jamais le stade du simple spectacle animalier. Incontestablement sympathique, mais terriblement frustrant.
6/10
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MOTEL

Malgré le jeu sur l'affiche, Motel, c'est pas mortel. C'est l'exemple même du thriller tout mou dont on ne peut rien dire (sous peine de rendre sa première moitié absolument inutile) et dont, en plus, on ne peut rien dire (car une fois la "révélation" du milieu effectuée, la suite n'a plus guère d'intérêt). Hum hum.
On commence avec le couple Beckinsale-Wilson, paumé en pleine nuit sur une route de campagne, et qui finira par se réfugier dans le motel le plus proche. La mise en place, assez longue, n'est pas fondamentalement désagréable, même si on a déjà vu ça mille fois ailleurs. À l'arrivée au motel, Nimród Antal s'amuse pendant une petite dizaine de minutes à rendre son hommage personnel au Psychose d'Alfred Hitchcock. Le réceptionniste moustachu (interprété par Frank Whaley, celui qui bégaie des "quoi" dans Pulp fiction) n'a pas le charme flippant d'un Norman Bates, et la comparaison s'arrête là.
À mi-film arrive donc la bifurcation attendue ; dès lors, Antal plonge la tête la première dans un thriller convenu mais bien exécuté, pas vraiment aidé par un duo d'acteurs assez peu énergiques. On se désintéresse un peu du destin de chacun, et la fin, terriblement molle, n'arrange pas vraiment les choses. Le réalisateur de l'étrange Kontroll n'a pas vraiment réussi son passage au gros budget.
4/10
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ALERTE À MIAMI : RENO 911!

À la base, une série TV de Comedy Central. Comme c'est le cas en ce moment de tout show ayant un minimum de succès, les auteurs de Reno 911 sont finalement passés au grand écran. Le résultat est exactement à la hauteur des attentes : très au-dessous de la ceinture, très mal filmé... mais assez drôle. Sorte de Bande Dehouf version US (et en mieux), la troupe de Reno 911 s'en donne à coeur joie dans une succession de sketches forcément inégaux, mais souvent hilarants, les auteurs étant parvenus à donner du rythme à leur film. Il se passe rarement 30 secondes sans qu'un gag ne survienne, et la sympathie dégagée par ces huit hurluberlus pousse inconsciemment à l'indulgence.
Le film aurait évidemment gagné à muscler sa mise en scène, mais le passage du petit au grand écran semble être d'abord motivé par la volonté d'aller s'ouvrir à d'autres audiences. C'est assez réussi, malgré le tout petit box-office du film en Europe : la popularité de la série est en train de croître peu à peu. Ponctué par les nombreuses apparitions de filles en toutes petites tenues (voire même sans tenue du tout), Reno 911 est une comédie idéale pour une soirée DVD entre couilles. Prévoir les fûts de Kro et les sachets King Size de chips goût barbecue.
6/10
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OLD JOY

Deux hommes. Une voiture. Un court voyage. C'est le menu proposé par Kelly Reichardt dans cet Old joy si paisible et intense qu'il vaudrait mieux ne pas en parler. Juste exhorter les gens à y aller les yeux fermés (ou presque), leur assurant qu'avec un minimum de bonne volonté ils en sortiront rassérénés, apaisés, meilleurs qu'en entrant dans la salle. Old joy est un film réparateur, un voyage initiatique simple et pas cher, bon comme un bain dans une source d'eau chaude.
Contemplatif, le film ne cherche jamais à passer pour plus grand que ce qu'il est, assumant son minimalisme de façon frontale et rassurante. Pas de philosophie de bazar, pas de grandes idées développées entre deux silences, pas de leçon de mise en scène. Des miettes en guise de rebondissements, le refus de toute psychologie explicative, comme un Gerry version forestière et sereine. Le duo d'acteurs est juste parfait, le chanteur Will Oldham se révélant particulièrement brillant, entre poupon et vieillard, entre ermite et clochard céleste.
Old joy dure à peine une heure et quart : c'est juste assez pour remplir le coeur et les poumons d'un bien-êre inexorable sans pour autant lasser qui que ce soit. Manque sans doute ce petit quelque chose qui rend les films ultimes et transcendentaux ; mais en y ajoutant quoi que ce soit, Kelly Reichardt aurait probablement violé l'ambition de modestie de ce film en mode mineur mais d'importance majeure.
8/10
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TRANSFORMERS

Dans The island, Michael Bay laissait transparaître une certaine envie de maturité, comme s'il avait enfindécidé d'évoluer vers des univers moins puérils, s'éloignant peu à peu des films bourrins pour primates. Las : Transformers signe le retour malheureux du gros lourdaud des temps passés, celui qui saccage tout à force de mouvements de caméra improbables et inutiles et pollue ses films avec un humour fort dispensable.
Sous la houlette d'un producteur exécutif nommé Steven Spielberg, Bay a voulu faire de Transformers un vrai divertissement (comprendre : comédie et action) faisant le lien entre les générations. Résultat : un humour stupide et pas drôle (difficile de faire rire en même temps les enfants de dix ans et leurs mamies), un scénario d'une rare trivialité, et un consensualisme à toue épreuve. Les deux heures vingt du film (durée moyenne des films de Bay) semblent durer une éternité, et les efforts de Bay pour rythmer son film n'y changent rien. Confondant une nouvelle fois vitesse et précipitation, le neurasthénique d'Hollywood bouge sa caméra dans tous les sens, refusant tout plan fixe, et finit par donner littéralement la gerbe au spectateur à force de tournoyer dans tous les sens. Transformers constitue probablement la pire de ses mises en scène. Comme s'il avait voulu (selon ses propres critères) se sublimer, se dépasser, aller encore plus loin dans la surenchère (c'est-à-dire dépasser les bornes des limites). En auto-admiration permanente (ce que confirment les références multiples à ses "oeuvres" passées), Bay saccage tout sur son passage. C'est pourtant dommage : faire un peu profil bas lui aurait permis de mettre en valeur des effets spéciaux pour le moins éblouissants. Mais le montage est tel qu'on ne voit pas rien et qu'on finit, par ne plus comprendre grand chose (un comble pour un film aussi primaire). Accablé par un générique qui manie le second degré à la pelleteuse, le spectateur-victime sort lessivé et nauséeux de ce spectacle de pacotille, jurant - mais un peu tard - qu'on ne l'y reprendrait plus.
3/10
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LA NUIT DES TOURNESOLS

On a beaucoup vanté l'inventivité et la jeunesse du cinéma fantastique espagnol, emmené vers les cimes par le duo Alejandro Amenábar - Mateo Gil. Quelques années plus tard, c'est au tour du polar ibérique de s'imposer en force, grâce au talent de jeunes auteurs comme Enrique Urbizu ou Jorge Sánchez-Cabezudo. Premier long-métrage primé à Cognac, La nuit des tournesols est un polar réaliste doublé d'une étude fouillée de la perversité des sentiments humains.
Écrit à la manière d'un roman noir, le film est découpé en six chapitres, chacun étant conté selon le point de vue d'un personnage différent. Rien à voir avec un nouveau Rashômon : l'ordre chronologique est respecté, de sorte qu'aucune des six parties ne se recoupe. L'objectif de Sánchez-Cabezudo est d'incorporer à une base de film noir (une femme fatale, un viol, une vengeance) une véritable étude de moeurs. La nuit des tournesols se déroule dans un petit village où tout les habitants se connaissent et où les secrets ne sont jamais bien gardés. On n'est pas pour autant dans Les chiens de paille : plutôt que de chercher à instaurer le malaise, le metteur en scène bâtit une véritable étude sociologique sur la base de cette poignée de personnages. Ou comment, en deux heures, passer en revue les travers principaux de la race humaine (lâcheté, orgueil, appât du gain) sans pour autant ressembler à un simple catalogue.
La trame est simple, la lisibilité évidente, et la discrétion de la mise en scène met parfaitement en valeur un scénario finement ciselé, qui refuse de s'inscrire dans le schéma traditionnel du whodunit pour mieux se débarrasser de tout artifice. Réaliste et saisissant, La nuit des tournesols est la révélation d'un auteur forcément en devenir, dont on reparlera à coup sûr.
8/10
(également publié sur Écran Large)
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EXILÉ

Difficile de juger vraiment Johnnie To, auteur d'une quarantaine de films en vingt ans, et dont on n'a pu découvrir par chez nous que les oeuvres les plus récentes (de The mission à PTU). Génie pour beaucoup, tâcheron pour d'autres, il est surtout spécialiste des films mal fagotés, qui n'atteignent jamais vraiment les sommets promis. Exilé arrive à temps pour prouver que To n'est pas un arnaqueur de première, mais bien un vrai cinéaste, avec un style et des histoires plein la musette.
Exilé ressemble à s'y méprendre à un grand classique du western : longues étendues poussiéreuses, dialogues au compte-gouttes, rupture de ton entre repos du guerrier et fusillades. Revenant à l'essence même du genre, Johnnie To filme une histoire des plus simples (vengeance, fuite, course-poursuite) en l'agrémentant de ce qui fait sa singularité, c'est-à-dire un humour très noir, à peine perceptible, extrêmement désespéré, et un sens quasiment lyrique du gunfight (John Woo peut sans doute aller se rhabiller). C'est froid, sobre, diablement efficace, et il naît même une vive émotion du sort de ces hommes pourtant aussi expressifs que des morceaux de bois. Et, pour une fois, le metteur en scène semble maîtriser son récit jusqu'à la dernière image, ajoutant une louche de virtuosité à chaque fois qu'on pense le film terminé. Fort en gueules et en grand spectacle, Exilé est la preuve irréfutable que To a sa place entre Huston et Peckinpah. Ce qui n'est pas franchement donné à tout le monde.
8/10
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DIE HARD 4 - RETOUR EN ENFER

Ça arrive même aux plus grands : John McClane n'a pas résisté et vient de livrer son combat de trop. Ce Die Hard 4 aurait mieux fait de rester un simple fantasme appartenant à l'inconscient collectif. Mais non : ls sirènes du box-office ont été trop fortes, et il a fallu que McClane remette ça, dix ans après une excellente Journée en enfer. Avant même d'avoir vu le Transformers de Michael Bay, il est permis d'affirmer que le réalisateur d'Armageddon va perdre son titre si chèrement gagné de blockbuster le plus indigeste de l'été. Len Wiseman lui ravit le trophée avec une aisance assez remarquable. Bruyant, bourrin (dans le mauvais sens du terme), mal fagoté, Die Hard 4 est bel est bien un séjour en enfer, mais pas pour les bonnes raisons.
Difficile de reconnaître en McClane le héros de Piège de cristal, tant il semble être devenu ennuyeux en vieillissant. Il n'a certes rien perdu de son tempérament de chien fou, mais le reste de sa personnalité (réparties fumantes, gueule de bois permanente...) s'est envolé en fumée. Le film ressemble davantage à un cyberthriller, avec son esthétique en toc (atmosphère bleutée et gros grain) et ses nerds en furie qui se livrent bataille à coups d'algorithmes. Au bout du compte, c'est l'ennui qui l'emporte : ce film-là n'est pas celui que l'on était venu voir. Il y a bien quelques scènes d'action assez gonflées (notamment celle de l'ascenseur), mais c'est là qu'intervient le hic suprême : le découpage. S'il y avait bien un storyboarder sur le projet Die Hard 4 (je n'ai pas osé vérifier), qu'il soit lapidé sur le champ. Chaque scène potentiellement intéressante, comédie ou action, est ruinée par un découpage calamiteux, qui enchaîne les plans et les orientations avec une incohérence totale, rendant le résultat parfaitement illisible et tout sauf efficace. Que Len Wiseman retourne à ses Underworld, il n'est visiblement pas fait pour des productions de cette envergure.
Même le casting sent le pâté : Willis est à la peine, Justin Long est un piètre remplaçant de Sam Jackson, Mary Elizabeth Winstead est à baffer, et Timothy Olyphant est un méchant tout sauf effrayant, comme un Gary Sinise sans charisme. On regrette Alan Rickman et Jeremy Irons. Seules les apparitions de Kevin Smith en roi des geeks et de Maggie Q en reine bastonneuse (Maggie, tu me mets une rouste quand tu veux) redonnent un peu de saveur à ce cocktail bien trop long et trop fade, qui tente de compenser chacune de ses faiblesses par une tonne de nitroglycérine. Force est de constater que ça ne marche pas.
4/10
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2 DAYS IN PARIS

Il y a du Woody Allen chez Julie Delpy : cette façon de transformer n'importe quelle promenade en excursion terrifiante, tous les maux du monde en monologues paranoïaques, cette profonde envie de jouer le rabat-joie de service, même au milieu des situations les plus parfaites et/ou romantiques. Festival de piques, d'obsessions et de décalages, 2 days in Paris est la révélation d'une cinéaste qui sort enfin le nez de son propre nombril pour enfin partir prendre l'air ailleurs. Emmenant son fiancé visiter son Paris natal, une new-yorkaise d'adoption se prend de plein fouet le choc des cultures, des désillusions, des années qui passent. Avec un oeil sans cesse différent sur chaque micro-évènement, aussi anodin soit-il, Julie Delpy convie le spectateur à un festival de drôlerie, conviant le futile et le grave, le réel et l'abstrait. Le duo qu'elle forme avec Adam Goldberg (souvent sous-exploité dans des seconds rôles trop étroits pour lui) est construit de façon idéale, permettant d'enchaîner les vannes les plus primaires (sur le couple, la France, etc.) et les discussions plus sérieuses et empesées.
Delpy est d'ailleurs moins à l'aise lorsqu'elle tente de donner à son film un ton plus noir et désespéré ; si la première demi-heure est un hilarant festival, la demi-teinte de la suite est tout de même moins convaincante. Il n'empêche : c'est un vrai délice que de voir une jeune trentenaire tout faire pour éviter que sa comédie parisienne ne devienne un bête film romantique. Cet anti-romantisme poussé à l'extrême donne un charme bien particulier au film, qui s'enfonce parfois dans des digressions de mauvais aloi, des gimmicks dispensables (les séquences avec les chauffeurs de taxi) et des gags un peu gras (les ballons). Il n'empêche : sans avoir l'air d'y toucher, 2 days in Paris, qui n'est clairement qu'un début dans la carrière de réalisatrice de mademoiselle Delpy, fait résonner tous les espoirs du monde.
6/10
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A VERY BRITISH GANGSTER

Physiquement, Dominic Noonan se situe entre François Hadji-Lazaro et Frank Black. Pour le reste, ce caïd mancunien fait plutôt penser à Martin Cahill, le roi clownesque de la mafia irlandaise, immortalisé par John Boorman dans Le général. Multipliant les facettes et les contradictions, Noonan est un fascinant personnage de documentaire, à la fois chef d'entreprise, bienfaiteur dévoué et malfrat teigneux. Réalisé par Donal MacIntyre, le John Paul Lepers d'outre-Manche, A very british gangster est un film d'envergure, qui dresse un portrait contrasté de ce gangster rococo.
Il est désormais impossible de mettre en doute la crédibilité de films comme Les affranchis : ils existent bien, ces mafieux au coeur d'or qui n'hésitent pas à se déplacer en personne pour régler des querelles de voisinage et faire office d'assistante sociale. Nourri par les films de gangster autant qu'il les nourrit lui-même, Noonan est un type fascinant, qui virevolte sans arrêt entre la légèreté la plus totale et une colère de tous les instants ; un homme qui se fait respecter partout sauf dans son propre foyer, et qui voit les siens disparaître un à un, trop fragiles pour ce monde sans pitié. C'est par ces incessants mouvements de va-et-vient entre la légende mafieuse et la réalité du monde que A very british gangster emporte l'adhésion.
MacIntyre a visiblement souhaité faire un vrai objet de cinéma : son film est très léché, et ce jusqu'à l'excès, puisque certaines séquences semblent clairement mises en scène. Quant à l'accompagnement musical, dominé par les Mancuniens d'Oasis, il est carrément too much, lorgnant fâcheusement vers les films de Guy Ritchie. Mais tout ceci, mêlé à cet accent si délicieux pour l'oreille, contribue finalement à faire de A very british gangster un film very, very british, le documentaire à voir rapidement avant qu'il ne soit happé par les programmations estivales.
7/10
(également publié sur Écran Large)
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HOT FUZZ

Avec Shaun of the dead, Edgwar Wright et Simon Pegg avaient rendu un hommage drôle et bien senti aux films de zombie chers à George Romero. Tourner en dérision l'invasion de la Grande-Bretagne par des morts-vivants, il fallait le faire, et c'était plutôt réussi, malgré des longueurs dues à une écriture un peu lâche. Hot fuzz reprend peu ou prou le même principe, et si le point de départ est moins original, le résultat est au moins aussi séduisant. Objectif de Pegg et Wright : réaliser un film en forme de clin d'oeil au cinéma d'action américain, de Point break à Bad boys II (deux films allègrement cités ici). A priori, on a déjà vu ça : mais la finesse d'écriture des deux compères fait la différence.
Impeccablement british, Hot fuzz commence comme une comédie à l'anglaise, avec description minutieuse et satirique d'un village propret et vieillot. Tous les gags ne font pas mouche, mais ceux qui atteignent leur cible provoquent l'hilarité générale. La bonne idée, c'est d'avoir fait du personnage de Simon Pegg (le Shaun de Shaun of the dead, fidèle coscénariste) un flic parfait au travail irréprochable, adepte de la culture du résultat et de l'intransigeance (profitons-en pour faire un coucou à notre bien aimé Président de la République). Il aurait été si facile d'en faire à nouveau un simple loser... En revanche, le partenaire qu'on lui adjoint, interprété par le très massif Nick Frost, est un gros boulet de la pire espèce, les deux hommes formant ainsi un parfait duo de buddy-movie, complétant au fur et à mesure l'hommage fait au genre.
Une fois la situation mise en place (une bonne quarantaine de minutes, rythmée, hilarante, délicieuse), les choses se compliquent légèrement lorsque l'on réalise que Wright et Pegg ont l'intention de faire évoluer une véritable intrigue. Entre alors un tueur en série pur et dur, donc nos flics de choc vont chercher l'identité. Mais si tout cela reste pour de rire, même si cette enquête n'est qu'un prétexte pour aller plus loin dans la gaudriole, c'est là qu'il convient d'émettre quelques réserves. Trop investi dans la résolution de cette intrigue, le film connaît alors quelques ratés, proposant quelques scènes explicatives superflues, qui cassent le rythme et font diminuer l'intensité comique. Dans ces moments-là, on retrouve les principaux défauts de Shaun of the dead : l'ensemble reste sympathique mais les choses patinent un peu.
Et puis arrive la dernière partie du film, au moment même où l'on réalise que dans comédie d'action, il y a "action". C'est alors un déferlement d'action bourrine et souvent drôle, où Pegg et Frost s'en donnent à coeur joie et mitraillent à tout va, semant l'anarchie dans ce village si paisible. Rien de tel pour redynamiser un film qui termine sur les chapeaux de roue (même si Wright peine visiblement à conclure). Le pari est en tout cas réussi : écriture décomplexée et mise en scène jouissive font de Hot fuzz un délicieux divertissement à l'anglaise, qui déride et défouraille sacrément.
7/10
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HALF NELSON

Qu'importe que Half Nelson soit un film un peu trop Sundance, c'est-à-dire indépendant et fier de l'être, exhibant son manque de moyens comme une qualité essentielle : parfois, une histoire simple et un grand acteur suffisent à donner de très bons films. Half Nelson est de ceux-là, orchestrant la rencontre entre un jeune prof doué mais toxicomane et une jeune élève un brin rebelle et en passe de mal tourner. Cela ne tournera ni à la glauquerie la plus totale, ni à la sauce hollywoodienne dégoulinante du genre Esprits rebelles meets Les choristes. Le film de Ryan Fleck est d'abord une affaire de personnages : beaux, francs, massifs, ils sont tellement bien écrit qu'on se serait presque contenté de les voir taper la discute pendant une heure et demie. Ç'aurait été trop facile pour ce jeune auteur ambitieux.
Toxicomanie, misère sociale, poids de l'échec scolaire : ça fait beaucoup de sujets délicats pour un seul et même film, et pourtant Fleck jongle avec ces thèmes comme si rien n'était plus simple. On pourrait lui reprocher de ne faire qu'effleurer les sujets de façon à paraître artificiellement digne et mesuré ; pourtant, le style Fleck s'apparente davantage à de la délicatesse réfléchie et déterminée. Il y a tout de même des maladresses dans Half Nelson, notamment ces séquences revenant à intervalles réguliers et dans lesquelles les élèves du prof Dunn (Ryan Gosling) exposent face caméra (images d'archives à l'appui) des évènements historiques ayant trait à l'exclusion, la confrontation, la domination. Un peu lourd pour un film qui, le reste du temps, sait se faire discret et observateur.
De toute façon, Half Nelson ne serait sans doute rien sans Ryan Gosling, le grand acteur qui monte, capable de faire vivre n'importe quel rôle avec une aisance proprement hallucinante. Pas étonnant qu'il ait été nommé à l'Oscar pour ce rôle : il passe de la nonchalance la plus totale à une profonde gravité en un clin d'oeil, faisant passer comme une lettre à la Poste l'ambivalence d'un personnage certes bien écrit mais toujours difficile à défendre. Face à lui, la jeune Shareeka Epps est une petite rebelle fort méritante, parvenant quasiment à équilibrer ce duo de fortes têtes, la grosse réussite de ce film parfaitement indépendant - à défaut d'être parfait tout court.
8/10
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DOA - DEAD OR ALIVE

Le titre est trompeur : au tournoi Dead or alive, on peut très bien perdre sans trépasser pour autant. Bienvenue dans la compétition la plus ardue en matière de baston : combats inopinés et hétéroclites, ruses de sioux et pains dans la gueule. Cela résume assez bien l'esprit de D.O.A., divertissement très très simple d'esprit. Au menu, un enchaînement de saynettes plus ou moins inspirées (plutôt moins que plus), pas ou mal reliées entre elles. On progresse linéairement au gré des éliminatoires du tournoi, mais malheureusement, le grand vainqueur, c'est l'ennui.
Car si Corey Yuen a vraisemblablement souhaité faire de DOA un sommet de décontraction très second degré avec combats un peu con et bonnasses en furie (et en bikini), il ne parvient jamais vraiment à donner de la saveur à ce jeu vidéo filmé. En bon nerd, on en est réduit à mater en bavant les combattantes aux physiques émouvants, et à comparer les personnages à ceux de nos jeux de baston préférés. Sachant que l'auteur de ces lignes n'a jamais aimé les jeux vidéo, on en conclura qu'il s'est entièrement rabattu sur la première option. La réalisation indigne d'un mauvais téléfilm et un Eric Roberts particulièrement nul dans le rôle du méchant de service achève de transformer ce qui aurait dû être un gin fizz bien glacé en une tisane tiède et sans sucre.
3/10
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SYNDROMES AND A CENTURY

Vies parallèles, vies antérieures : dans Syndromes and a century, Apichatpong Weerasethakul (quand on l'aime, on sait écrire son nom de mémoire) réunit ces deux notions pour n'en faire plus qu'une. C'est le centre même de ce nouveau petit bijou, parvenant presque à éclipser un Tropical malady tout aussi essentiel mais visiblement moins spontané. Se déroulant en majeure partie dans le monde de la médecine (blouses blanches en pagaille, fantômes d'une vie en péril), Syndromes and a century installe une ambiance à la fois paisible et délétère, comme un cocktail d'anabolisants et de somnifères. Chaque plan est un cadeau, un tableau sur lequel on voudrait pouvoir s'arrêter, une heure, deux, ou toute une vie. Tel Lynch revisitant Jane Austen, il transcende l'image même de l'amour et du romantisme en montrant que le sentiment réside dans le chuchotement, l'imperceptible, l'indicible.
On ne peut pas vraiment dire de Syndromes and a century qu'il s'agit d'un puzzle : le film n'est pas un assemblage de pièces qu'il convient d'imbriquer soi-même, puisque l'empilage se fait tout seul, naturel et complexe à la fois, un peu comme n'importe quel mécanisme de la vie. Laboratoires, jambes de bois, vent dans les arbres, moines en visite, tout se mêle dans un spectacle réjouissant et apaisant, une réinvention totale du film d'auteur puisque la lenteur de Syndromes of a century n'est jamais synonyme d'ennui ni de contemplation béate. Vers la fin du film, alors que la poussière d'amiante forme des nuages épais et sinueux, quelqu'un actionne une gigantesque pompe pour aspirer tout cet air souillé. Dans un long travelling avant, Weerasethakul s'approche de l'ouverture de cette pompe, curieux de découvrir comment s'effectue la danse des particules. Au moment où l'on tend au but, le nuage se fait plus épais, rendant l'observation impossible. Et c'est très bien comme ça. C'est l'impression d'ensemble laissée par Syndromes... : celle d'un film modeste, génial et délicat qui érige la distance en qualité suprême. Ça remet les pieds sur Terre. À force de voir des films, on oublierait presque ce qu'est le cinéma. Voilà la réponse évidente à ce genre d'interrogation.
10/10
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BUENOS AIRES 1977

Comme l'indique le titre français ultra explicatif, le film se déroule en 1977, en Argentine. Époque de répression et d'oppression, où les opposants supposés sont kidnappés, séquestrés, torturés. Parmi eux, Claudio, jeune gardien de but de football, innocent ou presque. Pendant près de six mois, Claudio et ses compagnons d'infortune vont connaître l'humiliation, le désespoir, la peur. Jusqu'au jour où Claudio et Ernesto, son compagnon de cellule, vont décider de s'échapper. Arrière-plan politique, récit réaliste, roman d'une évasion : il y a au moins trois films en un dans Buenos Aires 1977, et c'est justement ce qui coince. Parce que le metteur en scène Israel Adrian Caetano n'a pas su choisir entre ces différentes options, il livre un film un peu ennuyeux, manquant singulièrement d'engagement et de partis pris.
Au final, c'est à peine si le film prend la peine de nous expliquer qui est aux commandes de cette Argentine totalitariste, queles sont les convictions et les objectifs du régime en place. On se contente de suivre pendant presque 200 jours la vie quotidienne de ces martyrs. Mais, favorisant trop les moments de creux au détriment de séquences plus fortes, le réalisateur n'inspire que l'indifférence. N'osant pas montrer la torture de manière frontale, il favorise l'instauration d'un esprit de tiédeur, où tout semble moyen, sans qu'aucune étincelle n'apparaisse jamais.
La dernière partie du film, celle qui raconte l'évasion, est sans doute la plus intéressante. Mais c'est purement par son côté suspense (y arrivera? y arrivera pas?) qu'il parvient à accrocher l'attention du spectateur jusqu'au bout. Pour un film qui se voulait politiquement édifiant, c'est copieusement raté. Et c'est bien dommage : la mise en scène toute en mouvement avait de quoi trascender un sujet forcément pas banal.
5/10
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LE CONTRAT

Prenez une série B donc personne n'avait entendu parler jusqu'ici malgré un casting intéressant, et soudainement distribuée en plein mois de juillet. une fois sur dix, c'est un petit miracle. Les neuf autres fois, c'est ce qu'on appelle une sortie technique, le film que les distributeurs sortent discrètement pour respecter leurs quotas tout en restant très discret (mieux vaut taire la sortie des très mauvais films). Malheureusement, Le contrat est de cette race-là, course-poursuite en morne plaine qui ne manquera pas d'anesthésier le moindre spectateur courageux.
Torché vite fait mal fait par un faiseur de première nommé Bruce Beresford, Le contrat suit un bon père de famille (ce cher John Cusack) contraint d'escorter un tueur à gages (Morgan Freeman, concentré sur son chèque) pour pouvoir protéger son fils. Derrière eux, une demi-douzaine d'hommes de main surentraînés, prêts à tout pour récupérer leur collègue. Ça donne une poursuite plus planplan tu meurs, inutilement agrémentée d'un arrière-plan politique, avec complot à la clé. Et ça transforme du même coup un film d'action ennuyeux en un produit complètement tartignole, touchant au ridicule lorsque son metteur en scène se prend pour le petit neveu de Pakula et Coppola. À cet égard, la conclusion est édifiante : non seulement Le contrat est mauvais, mais en plus il pète plus haut que son cul. Et malgré ce mois de juillet bien maussade, vous avez certainement beaucoup mieux à faire.
2/10
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HARRY POTTER ET L'ORDRE DU PHENIX

Ne me regardez pas comme ça, enfin. Oui, j'ai eu le privilège de voir le cinquième Harry Potter avant tout le monde, moi qui ne suis même pas un fan inconditionnel du sorcier à lunettes. Mais vous n'étiez pas au courant? La vie est injuste.
À la baguette, David Yates, dont ce sont quasiment les premiers pas au cinéma (il a auparavant réalisé d'excellentes séries britanniques). Pari audacieux pour la Warner, qui confie à nouveau un film d'une telle dimension à un jeune cinéaste (après avoir engagé Alfonso Cuaron sur Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, le meilleur film de la série). La scène d'ouverture donne clairement raison aux producteurs : immédiatement, il semble que Yates ait su imprimer à son film un style réaliste, d'une violence sourde et froide, pour un rendu à la fois magnifique et terriblement effrayant. Entre Loach, Cuaron et Spielberg. Les pupilles se dilatent, l'intérêt croît, que l'on soit ou non un aficionado de la saga Potter.
La demi-heure suivante est à l'avenant : dans des décors toujours plus stupéfiants, les éléments majeurs du film se mettent en place, l'ambiance est inquiétante à souhait, et Yates insuffle au film un ton délicieusement british cadrant parfaitement avec le style de JK Rowling. C'est en fait à l'arrivée à Poudlard que les choses commencent à se gâter, pour les personnages comme pour le spectateur. Ceux qui ont lu et relu les romans nous avaient prévenu : le cinquième tome des aventures de Harry Potter est aussi le plus mauvais, un simple livre de transition doublé d'un certain manque d'inspiration de l'auteur. Résultat : en son centre, Harry Potter et l'ordre du Phenix ressemble aux Choristes version Thatcher. Cette histoire de récupération de Poudlard par le ministère de la magie aurait pu être intéressante dans le cadre d'un film unique ; au coeur d'une saga aussi ambitieuse, elle n'apparaît que comme un moyen de faire durer un peu plus, d'étirer les enjeux à l'envi. Heureusement, dans le rôle de Dolores Ombrage, celle par qui les emmerdes arrivent, Imelda Staunton livre une performance remarquable. Passant en un clin d'oeil d'une hystérie revêche à un calme angoissant, elle est le personnage-clé du film, main de fer dans un gant de velours. Elle éclipse d'ailleurs tous les personnages qui occupaient autrefois le premier plan : que les fans de Ron, Hermione, Hagrid et des autres professeurs se préparent à ronger leur frein.
Pendant ce temps, essayant tant bien que mal de combler les lacunes d'une histoire peu passionnante, David Yates se prend les pieds dans le tapis. D'abord épatante, sa mise en scène devient rapidement ampoulée, et d'une hétérogénéité assez étrange, comme si plusieurs réalisateurs aux styles bien différents avaient tourné un morceau du film à tour de rôle. Cela nuit évidemment à la lisibilité d'un film où même les moments les plus forts sont un peu ratés : "la" scène entre Bellatrix Lestrange (Helena Bonham Carter, absolument nulle, se croyant encore chez Burton) et Sirius Black est ainsi complètement saccagée, l'émotion qu'elle aurait dû procurer restant au placard. Évoquant Star wars, le combat final est d'une ringardise absolue, d'autant qu'on ne saisit pas vraiment quels en sont les véritables enjeux. Là, visiblement perdu, Yates se met à filmer comme Renny Harlin (ce qui n'est pas vraiment un compliment).
Au bout du compte, on se dit que 2 heures 17 (une concision fort louable) pour arriver à des conclusions aussi simplettes que "rien ne remplace l'amitié" et "il ne peut en rester qu'un" (façon Highlander), c'est un peu agaçant. Il faut alors se contenter de quelques friandises : outre la délicieuse prestation d'Imelda Staunton, on se régalera gentiment de l'évolution sentimentale des personnages (le premier baiser de Harry et Cho vaut le coup d'oeil, même si celle-ci finit par disparaître du film de façon inexpliquée), d'un humour un peu bas de plafond mais toujours bon enfant (les jumeaux Weasley trouvent enfin leur place), et de quelques scènes d'une vraie beauté (le mur des amendements). Ces petits plaisirs multiples poussent le spectateur le plus hostile à se montrer indulgent et à ne pas trop trépigner lors des séquences les plus ennuyeuses. Paraît que le sixième roman est largement supérieur au cinquième ; malgré l'impression mitigée laissée par L'ordre du Phenix, et bien que ce soit à nouveau David Yates qui s'y colle, force est de constater qu'on a déjà hâte de voir le prochain film. C'est bon signe.
5/10
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HOSTEL - CHAPITRE II

Deux années après Hostel, Eli Roth revient, plus confiant que jamais. Il faut dire qu'il fait désormais partie de l'écurie Tarantino, tellement respecté par le roi Quentin qu'il a été chargé de réaliser l'une des fausses bandes-annonces qui relient les deux segments du projet Grindhouse version US. Auréolé du joli succès de Hostel, Roth remet le couvert, annonçant aux spectateurs du monde entier qu'il a l'intention de leur en mettre plein la tronche. Cela semblait être le credo de Hostel – chapitre II : reprendre le même postulat que pour le premier épisode (Slovaquie, une auberge, un centre de torture professionnelle) en l'adaptant au féminin, et surtout en décuplant le degré d'horreur. Le film est une nouvelle preuve du fait qu'agir, c'est mieux que l'ouvrir : les scènes d'horreur sont rares, brèves et souvent frustrantes, pour la plus grande déception du spectateur. Il aura fallu attendre trois quarts d'heure pour assister aux premières exactions : comme dans le volet précédent, Roth expose tranquillement le voyage des héroïnes et comment elles s'apprêtent à tomber dans le piège slovaque. Le fait que les personnages principaux du film soient cette fois des femmes rend le début de film moins beauf, plus sexy. Ce qui n'empêche pas une certaine impatience de passer aux choses sérieuses.
Autre nouveauté : Roth se place également du point de vue des bourreaux en herbe, et notamment deux cadres américains venus se payer du bon temps. Chose amusante : les deux acteurs (Richard Burgi et Roger Bart) sortent tout droit de Desperate housewives, preuve que côtoyer les habitantes de Wisteria Lane ne peut que donner envie de tuer. La montée en puissance s'opère, une première scène (ce qu'on appelle littéralement un bain de sang) semble sonner le début des réjouissances… et puis d'un coup, plus rien. Ou plus grand-chose. Car à la faveur d'un retournement du scénario, les tortures prévues et annoncées n'auront pas lieu (pour la plupart). Le suspense de Hostel était certes putassier mais il était bel et bien palpable ; ici, non. Le film se termine avant même d'avoir vraiment commencé, confirmant qu'Eli Roth, à défaut d'un grand talent, possède surtout une grande gueule.
On a définitivement à faire à un ado attardé, qui cherche à choquer à tout prix ; sauf que là où le teenager lambda se contente de montrer son trou de balle aux copains, Roth se sert de sa caméra et livre des scènes dont la gratuité n'a d'égal que la vacuité (en plus de n'avoir aucun lien avec le reste de l'intrigue). Il y a notamment une scène avec une bande d'enfants qui semble n'avoir été faite que pour scandaliser le public. Alors que la seule raison pour laquelle on peut la trouver choquante, c'est qu'elle est absolument nulle. Après l'apparition de Takashi Miike dans le numéro 1, c'est autour de Ruggero Deodato (auteur réputé du terrible Cannibal holocaust) devenir faire un coucou au détour d'une scène de cannibalisme ; ce clin d'œil ô combien amusant est l'estocade fatale subie par le film, qui montre à quel point Roth est un cinéaste miteux qui se contente de copier ses modèles en priant pour que ça passe. Il risque de ne plus faire illusion longtemps.
4/10
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TENACIOUS D IN : THE PICK OF DESTINY

Il l'avait déjà montré dans High fidelity et Rock Academy : Jack Black est un type très rock'n'roll, et son léger surpoids ne l'empêche en rien d'être une véritable bête de scène. Avec son copain Kyle Gass (aussi rond et carrément plus chauve), il a créé le groupe Tenacious D, avec l'intention affichée d'en faire rien de moins que le plus grand groupe du monde. Du moins au second degré. De fil en aiguille, Tenacious D est devenu une sorte de groupe culte, dont les compositions délirantes et interdites aux moins de 12 ans font le bonheur d'un public un peu restreint mais tellement heureux. Il fallait bien un film pour raconter la rencontre des Tenacious D et l'aventure homérique qu'ils ont vécue.
Car si les Tenacious D sont bel et bien le plus grand groupe du monde, c'est pour une raison bien précise. Pas seulement le talent, ni même le génie, mais un mediator sacré, the pick of destiny, avec lequels les plus grands guitaristes ont composé et interprété les meilleurs morceaux que la Terre ait porté. Ça donne un film évidemment délirant, forcément foutraque, où Jack Black donne libre cours à son sens de l'improvisation et du happening, faisant un peu d'ombre à un Kyle Gass qui ne se laisse cependant pas faire. Si les aventures vécues par le groupe sont assez inégales et parfois même un peu ennuyeuses, il y a là-dedans suffisamment de délire pour convenir parfaitement à une séance en groupe, quelques bières dans le gosier et la bonne humeur en bandoulière. Tenacious D in : The pick of destiny ne révolutionnera pas l'histoire du film (ni même celle du film-de-musicos), mais son capital sympathie est suffisamment fort pour tenir le spectateur en éveil jusqu'au bout du bout.
5/10
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THE LOOKOUT

Il y a des films auxquels on n'a vraisemblablement rien à reprocher, de gentils divertissements bien faits, plutôt malins et pas ordinaires qu'on aimerait bien adorer mais qui ne laissent au final qu'une vague impression un peu tiède. C'est le cas de The lookout, première réalisation de l'excellent Scott Frank, scénariste de Steven Soderbergh ou Kenneth Branagh (il a aussi écrit Minority report, mais nous risquerions de nous fâcher). Partant du portrait d'un jeune homme brillant devenu handicapé de la mémoire à la suite d'un accident, Frank fait glisser peu à peu son film dans l'ornière du polar, avec un cambriolage au centre duquel notre héros va se retrouver pris au piège.
The lookout n'a donc pas de gros défaut : l'écriture est plutôt virtuose, la mise en scène pas mal du tout, Joseph Gordon-Levitt à tomber (comme d'habitude)... Seulement voilà : la magie n'opère pas. Comme si tout était trop bien ficelé, comme si la froideur du personnage principal empêchait tout le film de faire résonner des émotions. À peine vu, The lookout s'oublie rapidement, et c'est bien dommage, car Scott Frank n'est pas le moins doué des cinéastes néophytes.
6/10
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RAISONS D'ÉTAT

Il n'y a pas grand chose à dire à propos du deuxième long métrage de Robert DeNiro, si ce n'est qu'il est très long et très académique. Raisons d'état raconte en parallèle le destin d'un homme tiraillé entre sa carrière et sa vie privée et les premiers pas délicats de la CIA (l'employeur du type en question). Le genre d'histoire qui peut être passionnante lorsqu'elle est traitée avec emphase et énergie. Tout le contraire du style de DeNiro, réalisateur aussi ennuyeux que l'acteur qu'il est depuis dix ans. On ne peut lui reprocher sa rigueur spartiate et le soin particulier qu'il apporte à chaque détail de son film. Mais cette absence totale de folie et de personnalité est un total repoussoir.
Les regrets sont éternels, d'autant que DeNiro avait (évidemment) su s'entourer : Eric Roth (talentueux scénariste pour Michael Mann ou Steven Spielberg), Francis Ford Coppola (à la production), Robert Richardson (directeur de la photo sur les Kill Bill et chez Oliver Stone), et un casting de rêve. Tous ces talents rassemblés semblent compressés sous l'autorité rigide de Robert DeNiro, homme si impressionnant que personne ne semble pouvoir le contredire. Même Matt Damon, acteur plus solide de jour en jour, semble s'éteindre peu à peu sous l'emprise d'un metteur en scène qui vampirise tout et tout le monde sur son passage, anti roi Midas, transformant tout ce qu'il touche en ennui. Et 167 minutes de baillements, c'est long.
4/10
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DELIRIOUS

Il y a une bonne dizaine d'années, le nom de Tom DiCillo faisait clignoter les yeux des amoureux du ciné US indépendant. Excellent directeur de la photo de Jim Jarmusch, DiCillo semblait être tombé dans le chaudron de la comédie quand il était petit, livrant coup sur coup un Ça tourne à Manhattan pour le moins délicieux et un Box of moonlight bucolique et revigorant (même si déjà un peu bancal). Depuis, à part critiquer Tarantino, DiCillo n'a plus montré grand chose, allant même racler le fond du trou avec l'imbuvable Bad luck!. On annonçait Delirious comme son grand retour, le réveil en fanfare d'un auteur ayant mis fin à son passage à vide ; malheureusement, il n'en est rien.
Si Delirious ne se vautre pas tout à fait, c'est uniquement par la puissance de ses comédiens. Steve Buscemi fait du Buscemi, et c'est toujours délicieux ; Alison Lohman est une formidable Britney bis ; mais l'attraction numéro 1 du film, c'est Michael Pitt, toujurs aussi aérien et charmant, comme un nouveau prolongement du Blake fantômatique de Last days. À part ça, pas grand chose : DiCillo livre une comédie gesticulante et un rien hystérique sur les ravages de la célébrité et de ceux qui la traquent (dans tous les sens du terme). Il reprend ses thèmes favoris (la création, le cinémaaaa, la solitude) et les étire jusqu'à la rupture, dans une comédie de moeurs où rien n'est vraiment drôle ni édifiant. Réalisé un peu n'importe comment (on se demande pourquoi le réalisateur ne cadre pas ses films lui-même, lui dont c'est le principal talent), visiblement écrit à la va-vite, Delirious n'est jamais à la hauteur d'un titre vendeur mais mensonger. Et confirme que DiCillo est un auteur en fin de course.
5/10
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LONDON TO BRIGHTON

Londres : une prostituée et sa petite protégée d'à peine 12 ans sont contraintes de fuir après que leur rencontre avec un richissime client ait mal tourné. Poursuivies par un mac furibard, lui-même traqué par des vilains plus puissants que lui, elles prennent le train pour Brighton. London to Brighton raconte leur fuite en avant, alternant ce récit au présent avec des flash-backs expliquant progressivement comment on en est arrivé là. Mêlant drame social et thriller en forme de course-poursuite, le film épate par la cohérence de sa mise en scène et par sa noirceur constante. On n'est jamais bien loin de tomber dans le misérabilisme, et c'est sans doute là la limite d'un film qui flirte dangereusement avec les limites de la décence.
La construction du film laisse à penser assez rapidement qu'il va s'orienter vers une fin en forme de climax, éprouvante et salement marquante. C'est en effet le cas : les dernières scènes de London to Brighton sont pour le moins émouvantes, effectuant un chantage à l'émotion légèrement putassier mais diablement efficace, sa conclusion étant qu'il y a une grande différence entre responsable et coupable. Il faudra désormais que le metteur en scène Paul Andrew Williams soit encore plus vigilant à l'avenir quant au traitement de sujets aussi sensibles que la prostitution infantile.
7/10
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DÉRIVE MORTELLE

Les scénaristes Adam Kreutner et David Mitchell ne s'en cachent pas : c'est en voyant Open water qu'ils ont eu l'idée de Dérive mortelle (d'ailleurs rebaptisé Open water 2 dans certains pays par des distributeurs opportunistes). Face à un aveu aussi honnête, difficile de les accuser de plagiat ; on se contentera de dire qu'ils se sont inspirés du film de Chris Kentis. À quelques variantes près : ici, le film compte six protagonistes (contre deux auparavant), ce qui multiplie les tensions et les pépins potentiels. L'autre différence est de taille : là où le duo d'Open water stagnait en pleine mer sans aucun point de repère, ceux de Dérive mortelle s'accrochent au yacht qu'ils ont quitté en oubliant d'en déplier l'échelle.
Délaissant la DV pour un format plus large, nous offrant une kyrielle de jolis plans, Hans Horn semble voir l'intrigue du film comme une tragédie humaine plus que comme une simple trame de film à suspense. Pas question pour lui de nous offrir un rebondissement tous les quarts d'heure ou un mort toutes les vingt minutes : pour tenter de rendre cette histoire crédible, il insiste sur les temps morts (d'où, parfois, un certain ennui) et ne tente jamais de transformer ses personnages en héros, décrivant sans concession la bêtise de leurs décisions.
Cependant, on n'échappe pas toujours à un certain chantage à l'émotion, notamment par l'intermédiaire des cris du bébé resté seul à bord du yacht, qui crie à pleins poumons et rend ses parents hystériques. Mais c'est le lot de ce genre de film, et Horn s'en acquitte plutôt bien. Même sa façon de conclure son film par l'éternelle rengaine "l'homme est un loup pour l'homme" est plus classieuse que la moyenne. Et si Dérive mortelle reste globalement moins flippant qu'Open water, il reste néanmoins un agréable petit divertissement de début d'été.
5/10
(également publié sur Écran Large)
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OCEAN'S THIRTEEN

Entre Ocean's eleven et Ocean's twelve, nos gentlemen cambrioleurs étaient bizarrement passés du statut de génies de la fauche (plans millimétrés, malice à toute épreuve) à celui de branquignols dansant sur un pied (croiser les doigts pour que ça marche, compter sur les copains pour vous sortir du pétrin). Résultat : un profond changement de style, le côté élégant mais guindé laissant place à une décontraction excessive et jubilatoire. Ocean's thirteen poursuit allègrement dans cette veine.
Qui a détesté le Twelve passera très vite son chemin ; chez les autres, ce joyeux cocktail de n'importe quoi pourrait faire des ravages. On n'est plus dans un film de cambriole, mais une fois de plus dans le film de pote le plus décomplexé qui soit. Il y a à boire et à manger dans cet océan de saynettes plus ou moins bien reliées entre elles ; mais comment résister à une troupe de mecs qui ont la classe, le sourire aux lèvres, et le mot pour rire? À condition de faire abstraction du paquet de scènes inutiles ou un peu plates qui ponctuent le film, Ocean's thirteen est un nouveau divertissement euphorisant, certes moins affûté que le précédent, mais diablement sympathique quand même. On ne sait pas bien à quoi (ou plutôt à qui) correspond le "thirteen", mais on s'en cogne. Face à la petite bande habituelle (étonamment dépourvue de femmes), Al Pacino livre un grand numéro parfaitement pacinesque, s'inscrivant pile dans le ton du film. Cerise sur le gâteau du meilleur numéro 3 de l'année (faut dire que les reretours de l'homme araignée, du pirate maniéré et de l'ogre péteur ne constituaient pas vraiment des concurrents sérieux).
7/10
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Guide Cinéma Paris

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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

Rob Gordon
Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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