18 déc. 2007

JE SUIS UNE LÉGENDE

Une info télévisée, en préambule de Je suis une légende : un médicament contre le cancer, efficace dans 100% des cas, vient d'être inventé. C'est, semble-t-il, une grande nouvelle pour l'humanité (et accessoirement le rôle le plus court de la carrière d'Emma Thompson). Sauf que voilà : le remède en question, s'il met en effet le cancer au tapis, se met à transformer les personnes soignées en créatures pas vraiment zombies mais certainement pas humaines. Résultat : en 2012, New York est déserte, un unique rescapé y déambulant avec son chien. C'est dans cette atmosphère d'après fin du monde que Francis Lawrence nous promène, pour un voyage entre 28 jours plus tard et Seul au monde. Le tout dans des décors absolument prodigieux, la Grosse Pomme déserte étant à la fois crédible et magnifique.
Au film de Danny Boyle, Je suis une légende emprunte son postulat et son déroulement. Car si vivre seul dans l'une des villes les plus attirantes du monde est un fantasme incroyable, mieux que de passer une nuit enfermé dans un grand magasin, c'est également un terrible vecteurs d'angoisses psychologiques et/ou physiques. On s'en doute bien, le personnage interprété par Will Smith (convaincant, comme c'est de plus en plus souvent le cas) n'est pas tout à fait seul, mais reste à savoir qui sont les autres âmes qui vivent et où elles se cachent. C'est cette interrogation qui donne au film ses quelques grands moments d'action, toujours bien filmés et souvent divertissants. La majeure partie du temps, le film baigne dans une tonalité plutôt calme à défaut d'être paisible, le héros se ménageant de longs moments de détente pour mieux se reconcentrer quand nécessaire.
C'est dans cet aspect-là que Je suis une légende ressemble à un cousin du film de Robert Zemeckis. Le film de Francis Lawrence risque de décevoir ceux qui s'attendaient à un blockbuster bourrin ou à une gigantesque théorie du complot : dans ce New York démesuré, c'est la dimension humaine qui prime. Aussi passera-t-on du temps à comprendre comment conserver une certaine sociabilité lorsqu'on vit absolument seul, comment se distraire, comment se protéger, comment éviter de sombrer dans la folie. Le ballon de volley de Seul au monde est remplacé par un chien : un peu plus d'affection, mais mille fois plus d'ennuis. Cette partie est souvent passionnante, même si on note quelques nettes baisses de rythme en milieu de film.
Que reprocher alors à Je suis une légende ? D'abord ses effets numériques n'arrivant vraiment pas à la cheville du reste de la direction artistique. Et surtout son côté trop tranquille. À trop hésiter entre ses deux modèles cités plus haut, le film finit par avoir le cul entre deux chaises, les deux tonalités étant visiblement incompatibles. La balade avec Will Smith est on ne peut plus agréable, mais quand arrive une fin qui aurait dû être bouleversante et qu'aucune émotion ne parvient à transparaître, on comprend que Lawrence n'a pas assez insisté, ni sur la dimension épique de son aventure, ni sur le lien affectif qui nous unit à son héros. Dès lors, Je suis une légende n'apparaît que comme un sympathique divertissement manquant singulièrement de partis pris.
7/10

6 commentaires sur “JE SUIS UNE LÉGENDE”

docmulder a dit…

Tel que tu le décrits, ça ressemble au livre. Pas bourrin, plutôt calme avec beaucoup de tension. Un chef d'oeuvre!

Tu me rassures concernant le film, tant mieux!

Diesskay a dit…

Il ne garde que la trame du bouquin. Sont jetés à la trappe la question du sexe et le vrai sens de sa légende.

Anonyme a dit…

Et bien... je dirais tout sauf absence de parti pris... Pour moi la soupe mystico religieuse dans laquelle baigne la dernière demi-heure est écoeurante, dangereuse et me pousse à dire que ce film est à fuir de toute urgence !
Pascale
http://surlarouteducinema.hautetfort.com

Rob Gordon a dit…

Pas lu le bouquin. En ce qui concerne le côté "légende", je me disais effectivement que le titre était un peu pourri et le blabla en voix-off à la fin aussi. Ceci explique sans doute cela.

Quant au côté religieux, certes. Pourtant, moi qui fuis les morales bondieusardes, j'ai trouvé que celle-ci n'était pas trop appuyée ni spécialement scandaleuse. Boarf.

vanessa a dit…

Toujours plutôt d'accord avec les avis de Rob Gordon !

J'ai bien aimé...
J'avais peur de m'ennuyer à voir un film centré autour d'une seule et unique personne et d'un chien.
En fait, j'ai trouvé Will Smith très bien.
La question de la solitude bien posée.

Concernant la fin... c'est vrai, qu'on ne sait pas réellement comme réagir à la fin, peut-être est-elle un peu trop rapide, je ne sais pas...

Vanessa.

Jordane a dit…

Bof...ce film a couté cher dans quel domaine ?... je viens de le voir, et rien ne m'a fait rugir de plaisir, c'est du Blockbuster américain tout bidon avec une fin d'une platitude extreme.
Très très déçu.

 
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