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À VIF

Les films dont le héros fait justice lui-même sont souvent d'un goût douteux. Pas besoin d'être prix Nobel de la Paix pour s'en rendre compte. Se classant dans cette catégorie, À vif n'échappe pas à la règle : la morale est des plus douteuses, la loi du talion sortant presque grandie de ces deux heures de film. Dans le genre, on a pourtant fait bien pire ces dernières années. De Joel Schumacher à Bill Paxton, les cinéastes à la dérive ont multiplié les efforts pour promouvoir le fameux "oeil pour oeil, dent pour dent". En fait, si À vif choque bel et bien, ce n'est pas tant par son propos que par la médiocrité latente de l'ensemble.
Le nouveau film de Neil Jordan se distingue d'abord par un scénario qui bat régulièrement des records de stupidité, alignant scènes ridicules et graves erreurs de logique. Étonnant de voir que madame Jodie Foster, dont on a tant vanté le quotient intellectuel et l'exigence, ait pu se laisser entraîner dans cet imrobable marasme. Sur une base pas plus bête que la moyenne (une veuve en colère a des envies de vengeance), les scénaristes ont écrit la suite avec les pieds : après s'être procuré une arme pour se sentir plus en sécurité, l'héroïne va se trouver à maintes reprises en position de faire feu sur de gros méchants. Ce qu'elle fera sans vergogne, scène après scène, dans un déferlement d'hémoglobine plus toc que choc. Et ce n'est que le début d'un long délitement programmé.
La grosse surprise, c'est qu'un cinéaste aussi fin que Neil Jordan n'ait pas su choisir entre drame humain et polar tape-à-l'oeil. Il tente vainement de faire cohabiter une atmosphère réaliste avec des rebondissements à peine dignes d'un téléfilm du samedi soir. S'ensuit une incohérence frappante entre fond et forme, défaut assez inattendu chez un réalisateur chevronné. Sa direction d'acteurs n'est d'ailleurs pas plus reluisante, mais à au moins le mérite de prouver enfin au monde entier que Jodie Foster est une très mauvaise actrice. Intonations forcées, expressivité limitée : sa prestation est une véritable catastrophe, d'autant qu'on l'a déjà vue mille fois dans ce sempiternel rôle de femme-courage franchement lassant.
Il y a cependant un élément dans À vif qui mérite le coup d'oeil : la patte de Philippe Rousselot, excellent directeur de la photo, qui compose ses plans comme d'autres peignent des toiles, maniant les couleurs et les angles avec une subtilité pour le moins prodigieuse. L'idéal serait donc de se boucher les oreilles et d'entourer son cerveau de sparadrap, pour absorber ces belles images sans pour autant être contaminé par le reste. C'est cette réussite visuelle, et elle seule, qui différencie À vif des moins bons films de Charles Bronson.
2/10

2 commentaire(s):

Neil (29/9/07 10:04) a dit…

Bonjour Rob. Comme je le redoutais, ton article ne fait que confirmer les mauvaises rumeurs qu'on entend sur ce film. Moi qui aime tellement Neil Jordan, je n'ose même pas aller voir le film...

Rob Gordon (29/9/07 16:05) a dit…

Tu parles, Charles. Je n'aime pas tous ses films, mais certaines oeuvres comme "The crying game" ou "Butcher boy" ont prouvé par le passé que NJ est un type intelligent et intéressant. Tout le contraire de ce truc. J'espère que ce n'est qu'une erreur de parcours...

 

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Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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