13 juil. 2007

HALF NELSON

Qu'importe que Half Nelson soit un film un peu trop Sundance, c'est-à-dire indépendant et fier de l'être, exhibant son manque de moyens comme une qualité essentielle : parfois, une histoire simple et un grand acteur suffisent à donner de très bons films. Half Nelson est de ceux-là, orchestrant la rencontre entre un jeune prof doué mais toxicomane et une jeune élève un brin rebelle et en passe de mal tourner. Cela ne tournera ni à la glauquerie la plus totale, ni à la sauce hollywoodienne dégoulinante du genre Esprits rebelles meets Les choristes. Le film de Ryan Fleck est d'abord une affaire de personnages : beaux, francs, massifs, ils sont tellement bien écrit qu'on se serait presque contenté de les voir taper la discute pendant une heure et demie. Ç'aurait été trop facile pour ce jeune auteur ambitieux.
Toxicomanie, misère sociale, poids de l'échec scolaire : ça fait beaucoup de sujets délicats pour un seul et même film, et pourtant Fleck jongle avec ces thèmes comme si rien n'était plus simple. On pourrait lui reprocher de ne faire qu'effleurer les sujets de façon à paraître artificiellement digne et mesuré ; pourtant, le style Fleck s'apparente davantage à de la délicatesse réfléchie et déterminée. Il y a tout de même des maladresses dans Half Nelson, notamment ces séquences revenant à intervalles réguliers et dans lesquelles les élèves du prof Dunn (Ryan Gosling) exposent face caméra (images d'archives à l'appui) des évènements historiques ayant trait à l'exclusion, la confrontation, la domination. Un peu lourd pour un film qui, le reste du temps, sait se faire discret et observateur.
De toute façon, Half Nelson ne serait sans doute rien sans Ryan Gosling, le grand acteur qui monte, capable de faire vivre n'importe quel rôle avec une aisance proprement hallucinante. Pas étonnant qu'il ait été nommé à l'Oscar pour ce rôle : il passe de la nonchalance la plus totale à une profonde gravité en un clin d'oeil, faisant passer comme une lettre à la Poste l'ambivalence d'un personnage certes bien écrit mais toujours difficile à défendre. Face à lui, la jeune Shareeka Epps est une petite rebelle fort méritante, parvenant quasiment à équilibrer ce duo de fortes têtes, la grosse réussite de ce film parfaitement indépendant - à défaut d'être parfait tout court.
8/10

1 commentaire sur “HALF NELSON”

Caulfield a dit…

Ah! Quel film, mes aïeux!

Beaucoup ont critiqué la scène finale, qui ressemble plus à un interlude publicité qu'à une scène finale; j'avoue avoir été aussi un peu décontenancée par cette fin "qui n'en est pas une", mais l'excellence du film la fait vite oublier une fois le visionnage passé.

Et ce personnage, aaaaah ce personnage, il passe de la résignation au désespoir, et tout ça rien qu'avec les yeux messieurs-dames! Du génie!

Félicitations pour tes critiques très complètes, Rob =)

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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