16 avr. 2007

LE CANDIDAT

Parachuté comme candidat à la présidentielle pour remplacer un dirigeant atteint d'un cancer fulgurant, Michel Dedieu n'a plus que quelques jours pour préparer l'ultime débat avant le deuxième tour et tenter ainsi de renverser une situation défavorable. Derrière lui, une équipe moyennement soudée fait tout pour qu'il y parvienne. Mais si l'on tire trop sur sa corde, la marionnette risque de comprendre qu'elle en est une...
Après un Président plus tagada-tsoin-tsoin que politique, voici enfin un film français intelligent et engagé traitant de l'élection présidentielle et de tout ce qui tourne autour. Pour son premier film, Niels Arestrup mène d'une main de maître un Candidat habile, subversif et définitivement pas commun. Seule condition pour apprécier pleinement le film : accepter une esthétique très eighties avec cadre à l'ancienne et lumière couci couça. Cette réserve mise à part, Le candidat enthousiasme. Avec un réalisme pour le moins convaincant, Niels Arestrup montre que l'homme politique qui sourit sur l'affiche électorale n'est la plupart du temps qu'un pantin soumis aux ordres et aux désirs d'une armée de loups aux dents acérées. C'est la première partie du film : montrer comment on façonne un candidat pour obtenir ce qu'on veut de lui, comment s'en servir comme d'un bouclier humain, comment convaincre l'opinion. Coaching en vue du grand débat, tergiversations sur mille petits détails, coups bas et hypocrisie.
La deuxième partie, elle, montre comment le bonhomme en pâte à modeler peut se retourner contre ceux qui l'ont créé de toutes pièces. Saturé de conseils, de chiffres et d'états d'âme, Michel Dedieu décide ne ne plus jouer de rôle et de redevenir lui-même pour mieux séduire. Cinglant revers pour les manipulateurs. Incroyable leçon de politique pour nous. Le débat qui clôt le film est un jeu de stratégie intense et passionnant. Il faut dire que Niels Arestrup a trouvé le Dedieu parfait : Yvan Attal, dont la paupière tombante n'a jamais été aussi adéquate, offre ses hésitations et ses mains moites à un personnage en or. Dans ce pays non identifié (qui a dit que c'était la France?), où les couleurs politiques sont difficiles à distinguer (Dedieu semble plutôt à gauche, mais rien ne permet d'en être certain), où la guerre menace et où l'arrogance de l'adversaire semble être son principal atout (coucou, monsieur Sarko), Michel Dedieu est le poil à gratter le plus admirable que le cinéma français ait connu depuis des lustres.
9/10

2 commentaires sur “LE CANDIDAT”

Al Graspone a dit…

9/10 pour ce film ? vu que tu ne donnes pas cette note souvent je pense que j'irai le voir alors.
trop bon ton blog.

Rob Gordon a dit…

C'est un film qui divise. Certains le trouvent d'une platitude extrême. Ils ont tort.
Merci pour le cirage et bonjour à tous les Gra.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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