15 mai 2008

CLEANER

Ça commence plutôt bien. Après l'atrocissime Pacte du sang, Renny Harlin semble avoir retrouvé la raison, et s'amuse à nous raconter le quotidien d'un serial cleaner. La mise en scène est appliquée, le sujet amusant, et l'exposition de l'affaire policière intrigante. Vingt-cinq petites minutes somme toute assez divertissantes, qui vont hélas donner suite à une heure d'ennui mortel et de totales conventions. On voulait voir un film sur un nettoyeur de scènes de crimes, et voilà qu'on nous sert un polar façon TF1 avec flics ripoux et secrets naphtalinés. Le réveil de Renny n'est pas pour aujourd'hui.
Le pire, c'est que le Renny d'avant, dont la carrière a atteint son apogée avec l'hilarant Mindhunters , était le roi du plaisir coupable et du second degré plus ou moins involontaire (plutôt moins, d'ailleurs). Mais voilà que depuis deux films, il se fait juste ennuyeux, lénifiant, comme trop vieux pour un cinéma de genre trop exigeant pour lui. Point d'éclats de rire dans Cleaner, rien d'assez excessif pour séduire, et même pas tout à fait assez de sang. C'est bien de la jouer "film sage", mais quand même. À la base, les influences du film semblaient être les excellentes séries Six feet under (avec, outre le thème de la mort qui rode, quelques personnages secondaires très très ressemblants) et Dexter (avec son héros qui se fiche du sang comme de sa première culotte). Cleaner n'a malheureusement ni le style, ni la profondeur, ni le léger voile de subversion de ces deux séries. Pour passer à ce point à côté d'un sujet en or, il fallait soit être complètement dépourvu de talent, soit l'avoir fait exprès. Et Harlin n'a plus tout à fait le bénéfice du doute.
3/10

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SEMI-PRO

Will Ferrell est l'un des types les plus drôles du monde. Il suffit de le regarder dans les yeux pour qu'arrive une envie irrépressible de se marrer. Will Ferrell n'a pas tout à fait une tête de con, mais disons qu'il n'a pas besoin de se forcer beaucoup. Et c'est pour ça qu'on l'aime.
On l'aime aussi parce qu'il sait s'écrire des rôles parfaits. Rappelez-vous Ron Burgundy, le présentateur-tocard. Et Ricky Bobby, le pilote de NASCAR tocard. Ou même, en retournant un peu en arrière, l'un des deux frangins d'Une nuit au Roxbury (oui, un tocard). Non-sens, absurde, grossièretés, stupidité massive, délires à foison, et un goût prononcé pour le ridicule. Mais pas le genre de ridicule qui gêne. Celui qui fait rire aux éclats, se taper sur les cuisses, faire pipi dans sa culotte. C'est ça, Will Ferrell : un auteur-acteur du tonnerre.
Sauf que voilà (bah oui, évidemment, il fallait bien un "sauf que voilà") : the Will ne joue pas que dans les films qu'il écrit. Ça peut donner l'hilarante prestation qu'il livre dans Serial noceurs ("Momma! Meat loaf!" à hurler en tapant des pieds). Ou alors, des films poliment rigolos mais pas franchement irrésistibles, comme Les rois du patin ou ce Semi-pro qui avait pourtant tout pour devenir un nouveau monument. Basket-ball et ambiance old school : pour sûr, ce film sentait bon le grand n'importe quoi. Par moments, on touche ce rêve du doigt, lorsque le joueur-entraîneur-président-promoteur des Flint Tropics, Jackie Moon (quel joli nom), pense moins à jouer au ballon qu'à attirer les spectateurs dans les salles. D'où une succession de petites scènes délicieusement incongrues, dont un combat avec un ours et autres joyeusetés.
Malheureusement, le film souffre des mêmes défauts que Les rois du patin. Il finit par se concentrer de façon un peu trop sérieuse (façon de parler) aux enjeux sportifs, et Dieu sait qu'on se fiche bien de voir les héros gagner ou non. Et il semble tellement écrit pour Ferrell qu'il néglige copieusement les seconds rôles. Même si peu habitués au genre, Woody Harrelson et André Benjamin auraient sans doute pu être hilarants, ou au moins servir idéalement la soupe à leur partenaire. Ils n'ont malheureusement que peu de choses à défendre, et ne semblent présents que pour combler les trous du scénario (alors qu'on s'en fout) et de l'équipe des Tropics. Dans Les rois du patin, on n'était pas mécontent d'échapper un peu au pas très drôle Jon Heder ; ici, on est un peu triste de passer à côté de ces deux acteurs de qualité.
Reste qu'un Ferrell un peu moyen donne toujours l'occasion de rire plus souvent qu'à son tour ; ce Semi-pro est tout de même un film souvent drôle et attachant, qui fait sympathiquement patienter en vue de l'explosif Step brothers, signant le retour de Will Ferrell l'auteur. On en salive d'avance.
6/10

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14 mai 2008

JOSHUA

On croyait avoir soupé de ces gamins maléfiques qui empoisonnent la vie de leurs parents jusqu'au drame. Surtout après la sortie de l'infâme Malédiction, remake du sympathique film de genre de Richard Donner. C'était sans compter sur George Ratliff, qui vient mettre un sacré coup de pied dans la fourmilière avec un Joshua trompeur mais pas décevant pour deux sous. Comme ses prédécesseurs (Damien et compagnie), Joshua est un gamin très intelligent, au regard inquiétant et à l'atitude sournoise. Sauf que Joshua est un garçon tout ce qu'il y a de plus humain. Ce n'est ni un suppôt de Satan, ni le fruit d'une manipulation génétique. Et c'est d'autant plus effrayant.
Joshua est un drame avant d'être un thriller, puisque si évènements malheureux il y a, c'est à la toute fin du film, comme le résultat des multiples tensions et suspicions mises en jeu dans la première heure. La force de Ratliff, c'est d'arriver à faire monter une tension insidieuse et suffocante à partir d'un tout petit nombre d'éléments : quelques mélodies au piano, les pleurs d'un bébé, et surtout le regard perçant de ce gamin surdoué et dont la seule présence suffit à provoquer un vrai malaise. À partir de là, Joshua étend sa toile avec une vraie malice, utilisant les codes du film fantastique sans jamais avoir l'air d'y toucher. S'il est toujours dangereux de manier le sous-entendu du début à la fin d'un film, celui-là y parvient assez brillamment, renvoyant le spectateur chez lui avec une vraie angoisse : et s'il donnait la vie à un gamin aussi tordu que celui-là ? Mieux vaut croiser les doigts et espérer que cela n'arrive que dans les films.
7/10

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13 mai 2008

LE JOURNAL D'UNE BABY-SITTER

Du tandem Shari Springer Berman - Robert Pulcini (auteurs du bédéisé American splendor), on attendait un film singulier et décalé, d'autant que les deux auteurs nous avaient laissés sans nouvelles depuis 5 ans. Passé un premier quart d'heure amusant, qui nous montre notamment les différentes catégories de populations new-yorkaises comme des vitrines de musées, il faut bien se rendre à l'évidence : bien que fort sympathique, ce Journal d'une baby-sitter n'a absolument rien d'innovant. Il s'agit d'une bête petite comédie vaguement dramatique sur les affres d'une jeune femme qui se retrouve nounou (ou "nanny") le temps de faire le point sur ce qu'elle souhaite réellement faire de sa vie. Partant de ce point de départ, Berman et Pulcini vont exactement là où on les attend : il faudra apprivoiser un petit gamin méfiant, puis lutter avec des parents trop pressés pour aimer leur fils, avant de faire triompher la bonne vieille morale selon laquelle il n'y a rien de tel que l'amour d'une mère.
Cousu de fil blanc, donc ; pourtant, ce journal reste plutôt charmant et divertissant, même si sa dernière demi-heure se traîne sacrément. Principale responsable de ce non-naufrage : une certaine Scarlett Johansson, qui nous épatera toujours de par sa facilité à faire disparaître comme elle veut son costume de bombasse pour entrer dans la peau de jeunes femmes plus simples, toujours mimi mais quasiment passe-partout. C'est la différence entre elle et une cinquantaine d'autres actrices ou prétendues actrices qui trustent chaque année les classement FHM - Beauf magazine des plus belles femmes du monde. Face à elle, Laura Linney est extrêmement convaincante en mère débordée, d'autant qu'elle n'a finalement pas grand chose à défendre (et dieu sait qu'elle peut être mauvaise lorsqu'il s'agit pour elle de foncer dans le mélo). Quant à Paul Giamatti, dans le rôle du père absent, il est réduit par définition à une série de petites apparitions assez lugubres, voire inutiles.
Un certain Indiana Jones s'apprêtant dans une semaine à prendre possession du box-office, cette semaine de sorties est l'une des moins fournies qui soient (il faut dire que l'ouverture du festival de Cannes est souvent synonyme de vaches maigres, pauvres de nous). Alors, parmi les trois "grosses" sorties de ce mercredi, Le journal d'une baby-sitter a de quoi attirer quelques spectateurs en manque de pellicule. Il y a tout de même pire comme produit de substitution.
5/10

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L'UN CONTRE L'AUTRE

Attention au choc : un film sur une femme qui bat son mari ! Attention aux raccourcis, surtout, car L'un contre l'autre traite avant tout de l'usure d'un couple qui n'arrive plus à trouver des raisons de faire semblant. Ensuite, certes, madame fiche quelques peignées à monsieur, mais cette violence physique n'est finalement pas le point névralgique du film. Point de film-choc à se mettre sous la dent, juste un drame bien poisseux et désespéré. Et un film typiquement allemand, dans le sens le plus cliché du terme. La mise en scène est inexistante, les couleurs moches et baveuses, les intérieurs des appartements plus laids que partout ailleurs. Pour faire encore plus dans la facilité, on dira que L'un contre l'autre partage une certaine idée de l'esthétisme avec la série Derrick. Au moins, on est sûr que la forme ne prendra pas le pas sur le fond.
Oui, mais le fond, justement, n'est lui non plus pas extraordinaire. Les personnages sont horripilants et relativement prévisibles : la femme ultra-dépressive et insupportable pour ses proches, les enfants ingrats, les grands-parents garants de l'ordre moral et de la réussite financière... et, surtout, Georg, sorte de gigantesque chiffe molle sans réaction ni intérêt, tellement insipide et agaçant qu'on en viendrait presque (j'ai bien dit presque) à comprendre que sa femme le cogne. Refusant toute compassion ou empathie, le réalisateur Jan Bonny nous laisse à l'extérieur de son film, si bien qu'on se contrefiche vite de ce qui va arriver à ce couple en crise. D'autant que la destinée de ces deux pauvres âmes n'est pas bien difficile à deviner : évidemment non, les choses ne vont pas s'arranger, et oui, en effet, la violence engendrera la violence. Devant cette tiédeur et cette absence criante d'audace, on regrette amèrement de ne pas avoir eu droit à un film sordide mais engagé, dans la lignée par exemple de l'irrespirable (mais captivant) Seul contre tous de Gaspar Noé.
3/10

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10 mai 2008

TEETH

On a beau voir beaucoup de films, on parvient encore à être surpris par les idées de certains cinéastes. Un vagin avec des dents ? Bin voyons. Un film d'une heure et demie là-dessus ? Même pas en rêve. C'est d'autant plus merveilleux lorsque, de cet improbable point de départ naît un insoupçonnable petit bijou, irréel et inclassable, que l'on pourra ranger à côté de May dans sa filmothèque. Une comparaison un peu facile, même si May et la Dawn de Teeth ont tout de même quelques points communs dans leur façon d'essayer de gérer leur vie en toute innocence et sans se soucier du regard extérieur. On s'en tiendra là pour les ressemblances : les films de Lucky MacKee et Mitchell Lichtenstein sont tout de même extrêmement différents, comme deux cousins liés par le sang.
Teeth aurait pu être une comédie, un drame, ou un pur film gore. Il aurait pu naître de la plume de Stuart Gordon ou de David Cronenberg. Lichtenstein choisit une autre voie, mêlant tous les genres et toutes les influences tout en donnant à son film une personnalité propre. Perclus de symboles, Teeth aurait pu ne donner que dans le fantastique métaphorique ; mais ce sont ces mêmes symboles qui contribuent à maintenir le film dans une espèce de réalisme glaçant, qui provoque l'effroi donc l'hilarité. Être à la fois mort de rire et mort de peur : en voilà un sentiment rare et troublant. La scène de l'examen gynécologique, absolument géniale, en est la preuve la plus criante.
Lichtenstein s'amuse donc de ces images d'Épinal trop polies pour être honnêtes : une source d'eau claire, un anneau de pureté, deux cheminées fumantes et menaçantes... Il utilise ces clichés tout en conservant de la distance vis-à-vis d'eux, mêlant ainsi le premier et le millième degré. Teeth est un film sur la pureté, la perte de l'innocence. Il pourrait très bien servir pour une campagne promotionnelle des ligues de vertu américaines (le sexe c'est mal, gardez votre kiki dans votre slip, etc.). Ou pas : il y a beaucoup de subversion dans cette sagesse apparente, beaucoup de pieds de nez adressés aux bien pensants. Et pas uniquement dans les quelques plans très gore du film (sanguinolents mais pas si dégueu, même pour les garçons).
On pourra trouver que Teeth manque de pêche, de souffle, de souplesse ; ce serait ne considérer ce film que comme un pur produit de genre, un divertissement sur une gonzesse-avec-un-vagin-qui-mord. Car si la route suivie par Dawn (Jess Weixler, comme une révélation) est assez prévisible, c'est parce que le film est le miroir des premiers émois sexuels de tout un chacun, le décrivant seulement de façon un peu déviante. Ainsi, le personnage du demi-frère (John Hensley, le fiston dérangé de Nip/Tuck peut sembler raté car excessif, mais il est en fait le révélateur d'une société entière, assoiffée de découvertes et de plaisirs faciles mais craignant plus que tout les relations de proximité. Teeth est un film plein et plaisant, aussi délectable qu'inconfortable, capable de satisfaire aussi bien les amateurs de bizarreries, les aficionados du film d'auteur et les vilains petits curieux.
8/10

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09 mai 2008

JACKPOT

"What happens in Vegas... stays in Vegas". La première partie de cette fameuse maxime américaine sert de titre original à un Jackpot certes cousu de fil blanc (ils se rencontrent - ils se culbutent - ils se détestent - ils s'aiment enfin) mais délicieusement mal élevé. À condition d'aimer les comédies à l'américaine, avec seconds rôles à la con et gags plus ou moins bien taillés, le film de Tom Vaughan est un surprenant petit plaisir qui n'a rien, mais alors rien à voir avec Pour le meilleur et pour le rire, une autre comédie du mariage avec Ashton Kutcher, sans doute aussi épouvantable que son titre.
Non, vraiment, Jackpot, c'est l'assurance d'un décrassage neuronal de qualité pendant une bonne heure et demie. La partie la plus attendue du film est évidemment celle où les mariés contraints et forcés vont se tendre les pires pièges pour faire craquer l'autre. Et l'on n'est pas déçu : la scénariste fait preuve d'une imagination certaine pour croquer des situations assez originales pour assurer le spectacle. Le duo Diaz-Kutcher fonctionne plutôt bien, la première faisant preuve d'un éternel dynamisme à couper le souffle (et des plus belles jambes d'Hollywood), et le second maîtrisant de mieux en mieux sa partition de mec mignon mais un peu tocard. Si la mise en scène est relativement passe-partout, ce n'est pas franchement un mal, puisque quand Vaughan tente des choses, c'est raté, et on comprend vite qu'une réalisation lambda vaut mieux que deux tu l'auras. Quant au script, s'il s'achemine évidemment vers une fin en forme de grosse meringue, c'est de façon plutôt habile ; et si l'inévitable scène d'ultimes retrouvailles avec roulage de pelle et bons sentiments finit par arriver, c'est pour mieux être contrebalancée par une dernière salve de gags dévastateurs. Et puis un conseil : si vous aimez les gros mecs barbus, restez jusqu'à la fin du générique de ce pop corn movie des plus recommandables.
6/10

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BATAILLE À SEATTLE

Certains films ont vraiment tout pour eux : un buzz assez favorable, un casting long comme le bras, un côté "indépendant mais pas trop", et un sujet susceptible d'ouvrir un peu les consciences. Et il s'en faut finalement de peu pour que Bataille à Seattle ne tienne son rang, puisque Stuart Townsend (excellent acteur de Shooting fish et Mauvaise passe, et monsieur Charlize Theron à la ville, le salaud) se donne corps et âme pour réussir son film. Sa mise en scène est d'ailleurs assez convaincante, malgré quelques envolées lyriques et musicales un peu de trop.
Non, l'immense défaut de Bataille à Seattle, c'est l'écriture des personnages. Tant pis si c'est un terme un peu fourre-tout, mais Townsend (également scénariste) livre un film choral autour de cet évènement qui fait un peu penser, du moins au départ, à l'argument de Bloody sunday (des manifs pacifistes tournent au vinaigre). Le problème, c'est que l'évolution et la psychologie des personnages sont si sommaires et stéréotypées que l'on n'y croit jamais vraiment, malgré la sincérité évidente d'un film qui ne demande qu'à être aimé. Ainsi donc, la journaliste cynique va soudainement découvrir qu'elle a un coeur, le gentil CRS va péter un plomb, la femme enceinte va ... (complétez vous-même : que se passe-t-il pour 90% des femmes enceintes, dans les drames à tendance sordide ?)
Ces trajectoires prévisibles, ainsi qu'un ton parfois trop candide, font clairement passer Bataille à Seattle à côté de sa cible. C'est d'autant plus regrettable que, s'il semble à l'aise derrière la caméra, Townsend est également un très bon directeur d'acteurs, tirant le meilleur d'un casting de comédiens potentiellement bons mais pas toujours bien exploités (de Michelle Rodriguez à Ray Liotta). Même s'ils ne peuvent pas faire grand chose pour faire disparaître les clichés qui règnent en maître sur le film, il lui donnent un caractère irrémédiablement attachant, qui donne envie de suivre de très près la suite de la carrière d'un metteur en scène qui gagnerait à se trouver des coscénaristes.
4/10

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06 mai 2008

ANDALUCIA

Yacine est un type complètement décalé, pouvant sembler hors la vie alors qu'il est en plein dedans. Yacine refuse les attaches, malmène les codes, réinvente sans cesse son propre bonheur. Yacine, c'est LE personnage d'Andalucia, parfaitement à l'image d'un film qui, de toute façon, ne repose que sur lui. Le cinéma d'Alain Gomis refuse toute linéarité, allant même jusqu'à renier la notion de scénario. Andalucia, c'est un panaché d'impressions et d'expressions, un empilage de jolies boîtes de conserve avec lesquelle le cinéaste joue au chamboule-tout. Un trip sans égal, qui pourra laisser sceptique mais emportera avec lui les rêveurs et les voyageurs d'intérieur.
Le film est une succession de petits moments dont la magie n'est pas toujours explicable. Des instants précieux, sous leur apparence anecdotique. Un dribble génial de Pelé. Des enfants qui peignent avec leur corps. Le visage d'une acrobate. Et un voyage à Tolède. Gomis ne nous dit pas comment apprécier ces images-là, nous les présentant de la façon la plus simple qui soit, pour nous laisser faire notre propre travail de digestion. Et c'est souvent beau. D'autant qu'à travers ces fragments, il dresse le portrait de ce formidable Yacine, ce que l'on peut appeler avec sens un personnage. Même s'il cède çà et là à la facilité ou s'il relâche un peu trop son emprise en milieu de métrage, Andalucia séduit, nous emportant une dernière fois au gré d'un périple espagnol beau à se damner.
7/10

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G.A.L. : interviews

Micro évènement pour le blog orange, qui vous propose pour la première fois depuis sa naissance deux interviews, celles de José Garcia et Miguel Courtois, à l'occasion de la sortie de G.A.L. le mercredi 7 mai. Et quand on est habitué au confort des salles de cinéma, on flippe sec à l'idée de faire les premières interviews de sa vie. Merci donc à José Garcia et Miguel Courtois, qui m'ont destressé en moins de deux.
Cliquez sur les images pour accéder aux interviews :



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G.A.L.

Après Patriiiick Bruel dans El lobo, c'est à José Garcia d'aller tourner en Espagne avec Miguel Courtois, pour un film réarrangeant à la manière d'un polar des évènements qui ont meurtri le pays tout au long des années 80. Oeuvre militante, G.A.L. dénonce la bêtise qui poussa certains hauts dirigeants politiques à faire subir la loi du talion aux membres de l'ETA, en allant fusiller ou faire exploser les terroristes présumés. « On n'arrêtera de les tuer les gens de l'ETA que lorsqu'ils auront arrêté de nous tuer », entend-on de la bouche même d'un ministre espagnol. Un constat édifiant de la mauvaise gestion d'une crise qui n'a fait que renforcer les tensions et les méfiances.
En choisissant l'option de l'enquête journalistique pour exposer des faits étirés sur une quinzaine d'années, Courtois livre un petit polar sec et plutôt cohérent, qui fait évidemment penser aux Hommes du président, le monument d'Alan J. Pakula. Au petit jeu des comparaisons, il va sans dire que G.A.L. sort perdant. On ne se passionne jamais vraiment pour cette affaire, et les deux personnages de journalistes restent assez lisses malgré l'excellent duo Natalia Verbeke - José Garcia. Ce dernier prouve une nouvelle fois qu'il a totalement sa place dans des films dits "sérieux".
C'est en fait lorsque le personnage de Jordi Mollà prend davantage d'importance que le film se fait plus agréable. Cet Ariza, politicard véreux et excessif (du genre à faire passer Berlusconi pour le mime Marceau), est sans conteste la grande réussite de G.A.L., donnant au film un petit côté grand guignol assez inattendu mais très rafraîchissant, bonne alternative à la lourdeur du sujet. Reste que Courtois passe un peu à côté de la principale question qu'aurait dû soulever le film, c'est-à-dire comment combattre des terroristes sans tomber aussi bas qu'eux. À peine effleurée, cette interrogation contribue à faire de G.A.L. un film un peu frustrant, qu'on aurait voulu moins pédagogique et plus rentre-dedans.
5/10
(également publié sur Écran Large)

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05 mai 2008

DEUX JOURS À TUER

Antoine a tout pour être heureux. Une belle femme qui l'aime, deux enfants adorables, un travail qui rapporte, une belle et grande maison. Mais attention, Antoine est un gros rebelle, et il va dire merde à son job, merde à sa famille, merde à ses amis. Pour aller pêcher à la mouche et se retrouver un peu avec lui-même, merde quoi c'est vrai. Deux jours à tuer est donc une sorte d'Into the wild version béret-baguette, un monument de subversion pour personnes du quatrième âge, un surréaliste navet faisant passer les précédents films de Jean Becker (soit que des publicités géantes pour Saint-Morêt, et souvent même pire) pour de puissants chefs d'oeuvre. Tout y est détestable, sauf ce que Becker voudrait faire passer pour détestable. Tout y est laid, con, creux, puant, à tel point que même le plus méchant des méchants critiques ne pourrait pas rendre hommage à ce film à sa juste valeur.
Ça avait évidemment très peu de chances d'être bon : Jean Becker est sans doute le plus mauvais cinéaste français en activité, voire même le plus dangereux, nourrissant régulièrement les foules d'atmosphères rances et nostalgiques, très travail-famille-patrie, et d'odes à la France qui se lève tôt et ne se plaint pas. On devine qu'il a envisagé Deux jours à tuer comme un contrepied géant, une sorte de doigt d'honneur au monde, une grosse tarte à la crème bien dérangeante tout droit dans le nez des bien-pensants. D'où l'idée lumineuse d'engager Albert Dupontel, acteur-réalisateur autrefois fréquentable, et qui passe désormais son temps à gâcher son talent et à apprendre aux gens (derrière la caméra, sur les plateaux télé et ailleurs) ce qu'est la vraie vie et comment il faut vivre. Cet insupportable donneur de leçons livre une prestation en tous points conforme à ce que souhaitait Becker : ouh qu'il est vulgaire, ouh qu'il est méchant, même qu'il maltraite les femmes et méprise ses enfants (heureusement il est gentil avec les chiens). Qu'on ne s'inquiète pas, la rédemption arrivera bien assez tôt, au terme d'un film heureusement assez court (mais déjà trop long).
"Ça commence comme un Sautet qui dérape et ça continue comme un Becker au mieux de sa forme" : c'est Dupontel qui le dit, au gré d'innombrables séances de promotion et de prêchi-prêcha sur nos vies de con. Il faut vraiment ne rien avoir compris au cinéma pour pouvoir affirmer cela haut et fort et sans honte. Le "dérapage" évoqué par Dupontel atteindra son climax avec une longue scène de dîner au cours de laquelle Becker, se prenant pour Haneke, tentera d'aller toujours plus loin dans le malaise. En fait, c'est plutôt à une exploration du potentiel de consternation du spectateur que se livre le pseudo-cinéaste : mais jusqu'où ira-t-il dans le pathétique, les réflexions creuses, la provoc à deux balles ? Loin, très loin. Le pire, c'est que le dernier quart d'heure du film (très différent mais aussi mauvais, formant un ensemble bien homogène avec la première partie) semblera justifier ce ramassis de conneries auprès des plus influençables. Alors que rien, mais alors rien, ne peut justifier un tel film. Sauf une envie de relancer ces si jolies idées que sont le poujadisme, le retour aux vraies valeurs et autres leitmotivs de Philippe de Villiers et Alain Madelin. Dommage que les notes négatives n'existent pas.
0/10

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04 mai 2008

DÉLIVREZ-NOUS DU MAL

Bien entendu, tous les prêtres ne sont pas d'affreux pédophiles, mais la proportion est telle qu'il devient difficile de parler de brebis galeuses alors que les abus sexuels initiés par des curés sont légion. Comme si certains n'avaient pas bien compris ce qu'est un prêtre défroqué. Délivrez-nous du mal est un documentaire édifiant, parlant de ces abus-là et de leur gestion proprement scandaleuse par une Église surtout soucieuse de préserver son image (et quelle image).
La réalisatrice Amy Berg se base sur l'histoire du père Oliver O'Grady, coupable de nombreuses exactions sur des paroissiens jeunes et moins jeunes, et dont les délits ont été consciencieusement passés sous silence par les autorités religieuses, qui se sont contentées de s'assurer du silence des victimes et de déplacer le maniaque sexuel à quelques paroisses de là, lui permettant de prendre à nouveau ses aises et de recommencer à l'envi. Ayant réussi à faire témoigner le prêtre en question ainsi que bon nombre de victimes, Berg livre un film édifiant, aussi calme que rageur, démontant sans excès les aberrations d'un tel système. Délivrez-nous du mal donne envie de se révolter contre cette institution si faux-cul qu'elle préfère protéger des détraqués plutôt que de sauver des gosses.
Il n'y avait évidemment pas besoin d'en rajouter pour que le message passe ; pourtant, il semble manquer à Délivrez-nous du mal un semblant d'esprit, un ou deux partis pris qui auraient permis de le rendre moins lisse et plus mémorable. L'émouvante folie du beau et terrifiant Jesus camp, par exemple. Le problème de Délivrez-nous du mal, c'est qu'il raconte une histoire si répétitive (O'Grady agit mal / ses victimes prennent la parole / O'Grady est muté à quelques kilomètres de là / et on recommEnce...) et avec un tel classicisme qu'il finit par devenir lui-même un tantinet routinier, échouant aux frontières de l'ennui. Heureusement que le sujet était suffisamment fort pour donner envie de s'y accrocher jusqu'au bout...
7/10

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03 mai 2008

LE GRAND ALIBI

Une affiche rappelant le Cluedo et les romans noirs d'antan : c'est le premier élément du gigantesque piège tendu par Pascal Bonitzer. Après quatre films très auteuristes, allant de plus en plus loin dans l'exploration des tréfonds de la médiocrité humaine (et surtout masculine), il semblait étonnant de voir le cinéaste se charger d'une adaptation planplan d'Agatha Christie, suivant apparemment la voie ouverte par Pascal Thomas. Et en effet, si Le grand alibi a tout pour entrer dans la catégorie "polar sénile", il suffit de gratter un peu pour découvrir un tout autre film.
On s'en rendra compte lors d'une conclusion rendant implicitement hommage à Hitchcock : l'intrigue policière et l'identité du coupable n'intéressent guère Bonitzer. Si le flic joué par Maurice Bénichou mène effectivement l'enquête, nous n'en verrons à l'écran que ce qui permet de cerner un peu mieux les personnages et leur véritable nature. Faussement tranquille, Le grand alibi est d'abord un film sur la mémoire, le souvenir et ce qui se produit lorsque tout cela s'efface. Amnésies partielles et omissions sont le lot de cette ribambelle de personnages, sans doute un peu trop nombreux pour se révéler pleinement, mais tous aussi intéressants qu'excellemment incarnés. En tête de ce joli casting, un Mathieu Demy très en forme, et une Caterina Murino jouant idéalement de son statut trop idéal de femme fatale.
Évidemment, Le grand alibi frustrera l'amateur de polars à l'anglaise et d'intrigues alambiquées. Mais il ravira les amateurs de Bonitzer, qui inscrit son film dans la lignée des précédents, en moins complexe et torturé toutefois. Rythmé par des dialogues souvent brillants, le film est une vraie curiosité, une bizarrerie hors du temps, comme une version assez réussie des dernières tentatives de Pascal Thomas.
6/10
(également publié sur Écran Large)

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30 avril 2008

15 ANS ET DEMI

Pour leur premier film sans Michaël Youn, Thomas Sorriaux et François Desagnat se sont lancés dans un pari pas trop compliqué : la comédie père-fille, dont un ancêtre pourrait être La boum et un petit frère le récent Tel père, telle fille. 15 ans et demi trouve parfaitement sa place entre les deux, même si ce n'est pas l'originalité qui l'étouffe.
Desagnat et Sorriaux mettent en scène les retrouvailles d'un célèbres biochimiste, provisoirement revenu de Boston où il a fait sa vie, et de sa fille de quinze ans (le "et demi" sert surtout à faire sonner un peu le titre, qui remplace le Ma fille a quinze ans d'origine). On connaît la suite : les habitudes de l'ado sont perturbées par l'irruption de ce père trop souvent absent, les clashs se multiplient jusqu'à la rupture, avant qu'enfin l'harmonie se fasse et que tout le monde rattrape le temps perdu. L'intérêt d'un tel film ne réside évidemment pas dans les rebonds prévisibles de son scénario, mais davantage dans le traitement et l'interprétation. Et si le résultat est à moitié convaincant, c'est justement parce que ces deux points sont loin d'être parfaits. Certaines idées, comme la matérialisation d'Albert Einstein en ami imaginaire du personnage d'Auteuil, sont assez vaseuses : cela se traduit à l'image par un paquet de scènes complètement nazes, rendues encore plus désastreuses par la prestation pathétiquissime de François Berléand. Et bien qu'un peu plus agréables, les vignettes dans lesquelles le papa dépassé s'imagine en héros de cinéma (de Barry Lyndon à James Stewart) manquent souvent leur cible.
Heureusement, il y a Auteuil, qui avait rarement été aussi juste dans la comédie (seules quelques scènes, comme celles de l'électrocution, ne peuvent même pas être sauvées par sa prestation). Et cette charmante Juliette Lamboley, très mimi et assez convaincante, même si trop lisse pour arriver à la cheville d'une certaine Juno. Et un François Damiens assez savoureux, même si moins belge (et donc moins drôle) que d'habitude. En revanche, comme Berléand, Julie Ferrier et Alain Chabat passent totalement à côté de leurs personnages et donnent l'impression de vivre un grand moment de solitude. Forcément, pour un film dont la sympathie doit être le principal atout, c'est un peu moche. Heureusement, le film a tendance à se bonifier au fur et à mesure, à tel point que l'on finit par se prendre gentiment au jeu et par oublier cette mise en scène d'une laideur sans nom. Cela survenant un peu trop tard, 15 ans et demi restera comme l'un de ces films qui se terminent là où on aurait adoré qu'ils commencent.
5/10

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29 avril 2008

IRON MAN

L'année 2007 n'avait guère été brillante côté super-héros, du nullissime Ghost rider à un Spider-man 3 relativement décevant. Attendu au tournant, Jon Favreau répond aux attentes avec une facilité désarmante. Son Iron man tient parfaitement le choc, faisant office d'ouverture ultra alléchante pour ce qu'on espère devenir une franchise, mais constituant également un excellent film en tant que tel, qui devrait faire le bonheur de l’ensemble du public. Fruit de la discrète montée en puissance d’un cinéaste qu’on n’attendait pas là si tôt, Iron man n’oublie rien ni personne. Ni les béotiens, qui pénètrent dans l’univers de Tony Stark comme s’ils l’avaient toujours connu, ni les fans inébranlables du comic, ravis de constater que si un considérable travail d’adaptation a été effectué, il respecte en tout point l’esprit et les conventions du matériau d’origine.
En deux heures rondement menées, Favreau démontre qu’il est possible de mêler blockbuster et film d’acteurs, et qu’un action movie peut se faire convaincant sans pour autant sombrer dans une hystérie bourrine qui ne sied qu’aux amateurs de Michael Bay. Avant d’être un gros machin plein d’effets spéciaux, Iron man est d’abord un film d’hommes, porté de bout en bout par un Robert Downey Jr. au top de sa forme. Souvent hilarant, toujours habité, il crève l’écran et s’impose comme le seul et unique acteur capable de ne pas trahir ce Tony Stark cynique, dragueur, plus attachant (et à peine moins complexe) que tous les Bruce Wayne de la Terre. Il se passe un sacré laps de temps avant que Stark n’entre dans le costume du super-héros, mais ça n’est pour une fois pas très grave, tant la coolitude totale du bonhomme semble suffire à remplir un film entier.
Il serait cependant regrettable de réduire le film à son fort potentiel séduction : car Iron man est porteur d’une vraie mythologie super-héroïque ainsi que d’un message politique forcément manichéen mais tout de même assez couillu. Qu’importe si le grand méchant du film se révèle tardivement et ne nous offre finalement qu’un seul véritable climax, d’ailleurs pas tout à fait assez explosif pour scotcher. L’important ici, c’est l’esprit, l’ampleur et le réalisme (si si) de l’univers peint par Jon Favreau. Parfois un peu passe-partout mais terriblement efficace (grâce soit rendue à la photo de Matthew Libatique), sa mise en scène enveloppe Tony Stark / Iron man d’une tendresse et d’une admiration sans bornes. En réveillant le mioche qui était en lui, Favreau a su débusquer celui qui sommeillait en nous. D’où un spectacle jouissif et pas con pour deux sous, qui passera sans difficulté le cap de la seconde vision et révèlera sa véritable qualité une fois relié aux prochains opus. Vite, la suite.
8/10
(également publié sur Écran Large)

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PLOY

Pen-ek Ratanaruang est un cinéaste bien singulier. Qui d'autre que lui pouvait nous offrir ce Ploy cotonneux et érotique, un petit moment de douceur comme on nous en offre si rarement ? Clairement, personne. Après l'excellent Last life in the universe et un Vagues invisibles paraît-il très recommandable, le Thaïlandais frappe fort. Encore.
Ça n'a pourtant l'air de rien : dans le bar d'un hôtel, un homme rencontre une jeune femme de bientôt 19 ans, Ploy, et lui propose de monter dans sa chambre faire un brin de toilette. Je sais ce que vous pensez. Mais non. Ploy monte dans la chambre, et y reste. C'est tout. Tout cela sous le regard inquiet et jaloux de la femme du type, dont on ne sait jamais vraiment s'il est simplement bienveillant ou s'il rêve de se faire une jeunette. On passera une heure et demie ou presque dans cette chambre d'hôtel, rien qu'avec ces trois personnages, qui vont se tourner autour, se jauger, s'affronter sans rien se dire. La tension sexuelle est permanente. L'érotisme est là. Surtout lorsque Ratanaruang se met à filmer les ébats silencieux d'un autre client de l'hôtel et d'une femme de chambre. Rarement le sexe aura été aussi beau, d'une douceur exquise et ravageuse, comme un tableau d'Edward Hopper.
C'est à peu près tout : Ploy est typiquement le genre de film qui se déguste mais ne se raconte pas. On a du mal à croire qu'un réalisateur puisse construire un long-métrage sur aussi peu (en apparence du moins) sans ennuyer le monde. C'est pourtant ce qui se produit. Mené par une jeune comédienne lunaire, belle est mystérieuse (elle se nomme Apinya Sakuljaroensuk, pour info), Ploy est une petite merveille, séduisante, touchante, et juste assez moite pour satisfaire tout le monde.
8/10

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THE DEAD GIRL

Qui dit film indépendant et casting foisonnant dit grosse curiosité, puisque autant de bons acteurs dans un si "petit" film ne peut qu'être une bonne nouvelle. D'où une certaine déception devant The dead girl, drame en cinq actes indépendants qui commence plutôt bien avant de s'effondrer en cours de route.
Le principe est simple : raconter l'histoire de cinq femmes liées de près ou de loin à la découverte du cadavre d'une jeune femme dans un champ. Cela commence par l'étrangère qui découvre le corps, et se terminera par la description des dernières heures de la victime. Cinq histoires liées à un même fait divers, mais racontées séparément, comme cinq courts-métrages juxtaposés. Une idée qui a déjà fait ses preuves par le passé, à condition de disposer d'un solide canevas polardeux ou d'histoires vraiment passionnantes. Le problème de Karen Moncrieff, c'est qu'on la sent très nettement perdre son inspiration à mesure que les scènes s'enchaînent. Ainsi, le premier segment (avec Toni Collete et Giovanni Ribisi) est le meilleur, et la qualité décroît ensuite de façon régulière. À tel point que les deux dernières parties tombent dans le sentimentalisme et le schématisme.
Dommage : la mise en scène efficace est une direction d'acteurs irréprochable aurait pu permettre au film d'atteindre des sommets. Ça aurait sans doute été le cas si The dead girl avait été à l'unisson de son premier segment, histoire sordide et glaçante mais traitée avec une grande justesse par une artiste dont on devine sans peine qu'elle possède un grand talent de portraitiste. Lui reste désormais à consolider son sens de l'intrigue et à ne pas se laisser emporter par ses travers larmoyants. On peut y croire.

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28 avril 2008

LA ZONA, PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Toutes proportions gardées, c'est le succès surprise du moment. Forcément, c'est relatif, puisque La zona a enregistré 190 fois moins de spectateurs que Bienvenue chez les ch'tis. On fait ce qu'on peut. Plus sérieusement, on comprend pourquoi le film de Rodrigo Plá a trouvé son public : il s'agit d'un premier film très maîtrisé, entre drame et thriller, une sorte de Chiens de paille version soft qui ne néglige ni son histoire ni un propos déjà entendu mais plutôt bien vu.
La zona, c'est un quartier résidentiel réservé à un milieu assez huppé, protégé des agressions du monde extérieur mais des remparts, des agents de sécurité et un système de vidéo-surveillance. Le paradis du bourgeois, en somme, sauf quand trois petites frappent y pénètrent et tuent (accidentellement ?) une résidente. Et là, comme quoi les riches sont aussi cons que les pauvres, les habitants vont décider de faire justice eux-mêmes au lieu d'appeler la police, et de traquer sans relâche ces trois petits jeunes pour leur faire passer un mauvais quart d'heure. D'où une scission en deux clans : d'une part ceux qui se prennent pour Charles Bronson, de l'autre des bien pensants révoltés de voir que la loi du talion n'est pas démodée. C'est l'occasion pour Plá de lancer un débat forcément manichéen sur les droits et devoirs des citoyens et sur les moyens à employer pour assurer la sécurité des siens. La réflexion manque un peu de finesse et de nouveauté, mais ne fait heureusement qu'une partie de l'intérêt d'un film qui ne néglige pas son petit côté thriller assez bien troussé.
Jusqu'au bout ou presque, l'avenir des trois mecs transformés en gibier humain est incertain, et c'est ce suspense bien fichu (tant dans la mise en scène que l'écriture) qui fait tout le sel du film. Jusqu'à une conclusion un peu trop évidente (l'homme est une saloperie d'animal, et ce quel que soit son milieu), heureusement contrebalancée par une dernière scène émouvante et contenue, qui montre une nouvelle fois que le jeune Plá est plus doué pour raconter et illustrer que pour faire le sociologue.
6/10

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27 avril 2008

27 ROBES

Pour commencer en parfait gentleman, il y avait de quoi se réjouir à l'idée de passer plus de deux heures en compagnie de Katherine Heigl, cette sacrée gonzesse. Et sacrée actrice, surtout : de loin la meilleure de la série Grey's anatomy, malgré un personnage pas toujours facile à suivre. Après un En cloque des plus sympathiques, la revoici sur grand écran, à l'occasion d'un 27 robes fleurant bon (ou pas) la comédie romantique bien guimauve mais avec du chien.
Bien guimauve, oui. Avec du chien, malheureusement, non. 27 robes, c'est d'abord un imbroglio sentimental peu original et étiré sur deux heures comme s'il s'agissait d'une tragédie grecque. Il faut vraiment être extrêmement sentimental, ou une fille, pour parvenir à se prendre au jeu. L'ensemble manque copieusement de second degré et d'humour. Pour le spectateur mâle, c'est quasiment un documentaire sur l'obsession de certaines demoiselles pour le mariage et les robes blanches, même s'il a suffi d'un seul épisode à Friends pour expliquer cette fascination mieux qu'ici. L'ensemble est loin d'être désagréable, notamment à l'énergie de l'actrice principale, mais c'est typiquement le genre de film qui s'oublie illico une fois vu. D'autant que James Marsden ressemble plus à une andouille qu'à un jeune premier (il n'est pas spécialement mauvais, mais sa tronche de bellâtre ne colle pas avec son rôle à la Hugh Grant), et qu'Edward Burns est incroyablement ennuyeux en homme parfait. 27 robes est définitivement le film du girl power, puisque le seul personnage secondaire vraiment accrocheur est celui interprété par Malin Akerman, déjà explosive il y a peu chez les Farrelly.
Quittant la salle en baillant, le mâle que je suis se rendit compte qu'il était le seul spectateur de la séance à porter un chromosome Y. Il fallait sans doute être idiot pour ne pas comprendre que 27 robes est un film fait par des filles et pour des filles. Et que tous les auteurs de comédies romantiques ne s'appellent pas Richard Curtis.
4/10
(également publié sur Écran Large)

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26 avril 2008

CA$H

À l'époque où il était encore lisible, le magazine Première nous régalait notamment avec une excellente rubrique, Anthologie du film con, dans laquelle Jean-Jacques Bernard rendait hommage à sa manière à quelques-une des oeuvres les plus stupides du cinéma mondial. À coup sûr, Ca$h aurait donné du grain à moudre à cet excellent journaliste. Car non content d'être dépourvu de neurones, le machin d'Éric Besnard voudrait passer pour un film roublard, malicieux et extrêmement pointu. Il n'y a pas plus horripilant que les cons qui ne savent pas qu'ils en sont. La formule s'applique également au film.
Sur le papier, Ca$h, c'est donc un Ocean's eleven à la française, avec ses diamants, son casse, son équipe de pieds nickelés, ses beaux costards. Oui mais non. La liste des tares du film ressemble à un catalogue. Pas rythmé, très (mais alors très) mal filmé, mochissime. Joué n'importe comment (même si Dujardin s'en sort à peu près grâce à une sympathie à toute épreuve), effroyablement écrit. Et donc, formidablement con. S'il n'y a rien de plus beau qu'une belle arnaque, que dire de celles qui mettent des plombes à se mettre en place mais dont on a déjà tout compris avant même la fin de la phase d'exposition ? D'un film qui semble hurler à chaque seconde "regardez comme on est malins, vous allez être cueillis", et qui se conclut par le twist final le plus prévisible du début de siècle ? D'un étalage de bling-bling à faire baver d'envie notre cher omniprésident ? Consternation totale. Besnard se prend pour Soderbergh, et c'est exaspérant. Même le compositeur a pompé la BO d'Ocean's eleven (sauf qu'ici, la musique est mal orchestrée, et imposée à nos pauvres oreilles du début à la fin, à fort volume).
Rarement une heure quarante aura semblé si longue. On aurait presque préféré se trouver face à un des derniers films de Gérard Krawczyk, aussi idiots que celui-ci, mais conscients de leur condition. On rentre chez soi avec l'envie de revoir L'arnaque, les Ocean's, et une bonne partie de la filmo de David Mamet. Seul point positif d'un film qui ravira à coup sûr les programmateurs de TF1.
1/10

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25 avril 2008

JEUX DE DUPES

Qui a dit que le football américain était un sport ennuyeux ? George Clooney vient en tout cas prouver le contraire avec son Jeux de dupes : en 1925, en tout cas, c'était follement amusant. On pouvait ruser, tricher gentiment, coller des marrons à l'adversaire sans être inquiété ni vilipendé par la presse. Et c'est ainsi que Clooney se met en scène en footballeur senior, roublard mais amoureux de son sport. Son personnage est à l'image de Jeux de dupes : il part un peu dans tous les sens, mais le fait avec une telle envie que l'on est prêt à en accepter certains défauts. Explicitement rétro, le film est une comédie aussi insaisissable que ce foutu ballon, puisqu'elle n'est pas vraiment romantique, ni franchement sportive. Ni rien d'autre, d'ailleurs. Juste une agréable compilation de scènes souvent loufoques et toujours gaies, bien loin du noir et blanc et du sérieux de l'impeccable Good night, and good luck.
Le prix de la loufoquerie, c'est que le moindre ratage a pour conséquence une désagréable impression de flottement, une foultitude de petits moments embarrassants pendant lesquels on ne peut que se contenter de siffloter en attendant que la scène suivante remonte le niveau. Malheureusement, la qualité et le rythme de Jeux de dupes semblent jouer aux montagnes russes, et l'on finit souvent par trouver le temps un peu long lorsque le foireux prend le pas sur le très bon. Heureusement, l'esprit délibérément positif de l'ensemble rend le film tout à fait regardable, d'autant que Clooney livre une nouvelle prestation de choix, mêlant en un même homme l'Ulysse de O'Brother, le Danny Ocean de Soderbergh et le play-boy désabusé des pubs pour les dosettes. Le voir évoluer est un régal, et on imagine que le plaisir doit être décuplé pour celles (et ceux, pas de sectarisme) qui apprécient les beaux mâles. On n'en dira pas autant de Renée Zellweger, première erreur de casting d'un Clooney qui avait su jusque là choisir ses acteurs avec un discernement admirable. La Renée joue de plus en plus avec ses grosses joues rouges et se contente de plisser les yeux et remuer la tête pour faire croire qu'elle joue. On appelle ça le syndrome Richard Gere. Insupportable, bien loin de l'image de femme fatale et rigolote imposée par son personnage, elle est la principale responsable de la frustration générale ressentie devant ce Jeux de dupes qui n'arrive jamais vraiment à hauteur de ses modèles, de Walsh à Hawks.
6/10

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24 avril 2008

SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE

Troisième Robin des Bois à passer derrière la caméra, Jean-Paul Rouve se livre avec la même sincérité que ses anciens camarades (messieurs Barthélémy et Martin-Laval) : il offre un film à son image, c'est-à-dire parfois un peu gauche, ouvertement démodé, mais foncièrement sympathique. Si Sans arme ni haine ni violence entend parler d'Albert Spaggiari et du casse qui a forgé sa légende, on est ici bien loin du simple biopic ou du film de cambriole. Le film de Rouve est une fantasie pure, à la fois très écrite et très libre, le portrait d'un homme qui conçoit sa vie comme une oeuvre d'art à tel point qu'il finit par passer à côté. Mais toujours avec le sourire.
Sans arme ni haine ni violence se distingue par un humour très "rouvesque", avec ses dialogues juste assez à côté de la plaque pour étonner ou attendrir, mais pas trop quand même histoire de ne pas sombrer dans le loufoque le plus total. On s'attache à ce personnage si singulier, ainsi qu'à celui de Gilles Lellouche, enquêteur venu pister Spaggiari jusqu'aux tréfonds (comprendre "hôtels quatre étoiles") de l'Amérique du Sud. Leur relation est au centre du film, et si la fin ne fait guère de doute (de la configuration traqueur/traqué naîtra bientôt une amitié possiblement sincère), on est presque ravi du confort assuré par un déroulement prévisible.
S'il ne semble pas tout à fait à l'aise avec la mise en scène, Rouve crée un style maladroit mais assumé, dont l'esprit fait penser aux comédies des années 70, l'obsession du gag en moins. Visiblement fasciné par cette époque (grosso modo fin Giscard début Mitterrand), il prend un plaisir visible à en reconstituer le moindre détail et à utiliser son côté suranné et rococo. Décors, costumes, postiches : de cette frénésie de couleurs et d'influences un peu moches (mais très appréciées en leurs temps) naissent une vraie poésie et un charme désuet. Transcendé par une BO très old school mais idéalement choisie (de Daniel Guichard à Julien Clerc), Sans arme ni haine ni violence atteint sans trop d'encombres son objectif séduction. Une comédie fine et délicieusement désenchantée. Cela semble être la spécialité des ex-Robins, et c'est tant mieux.
7/10

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FUNNY GAMES U.S.

Ceci est un avis définitif : il faut à tout prix voir Funny games. Sorti il y a déjà dix ans (oh, le coup de vieux), le film autrichien de Michael Haneke est un objet incontournable, qui suscite chez le spectateur un enthousiasme débordant ou un rejet immédiat. Un film qui vous met face à vos contradictions de spectateur bien pensant mais voyeur. Un snuff-movie sans violence physique, sur la dilatation du temps et l'illusion de l'espoir. L'un des films de chevet de l'auteur de ces lignes (qui prend un malin plaisir