"BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK" (© Trollman)

Top 5 du moment :

Antichrist Very bad trip J'ai tué ma mère Le roi de l'évasion Lascars

THE READER

L'adaptation du best seller de Bernhard Schlink aurait pu donner un gros soufflé hollywoodien avec tambours et trompettes, simple véhicule pour acteurs en mal d'Oscar. Et si Kate Winslet a bel et bien remporté la fameuse statuette pour ce film, c'est purement et simplement parce que sa prestation sobre et belle devait être couronnée. Pour son troisième film, le britannique Stephen Daldry a confirmé le talent que laissait entrevoir The hours, à savoir celui de se placer à bonne distance des personnages. Ni trop près pour ne prendre personne à la gorge, ni trop loin pour ne pas brider toute émotion. C'est par sa sobriété que The reader brille avant tout, alors que de tels thèmes - Auschwitz et détournement de mineur - auraient pu mener tout droit à la catastrophe.
Pendant deux heures pleines, au fil d'une narration ample et remarquablement fluide, Stephen Daldry nous conte cette histoire pas si complexe bien qu'ouvrant la voie à pas mal de débats post-projection. Il traite avec délicatesse le personnage central interprété par Kate Winslet, qui se tape un ado alors qu'elle a 35 balais, est apparemment responsable de la mort de centaines de juives dans l'incendie d'une église, mais n'est pourtant pas vouée - ou pas tout de suite - aux flammes de l'enfer. C'est la sinuosité de l'âme humaine qu'interroge le film, celle qui fait qu'un acte monstrueux ne peut pas tout à fait occulter le reste d'une personnalité. Le traitement est sans fausse note, sans excès, d'une remarquable intelligence, le tout se faisant au prix d'une remarquable économie de mots.
Alors pourquoi The reader n'est-il pas le pur chef d'oeuvre qu'il aurait pu (dû ?) être ? Sans doute parce que Daldry passe tellement de temps à éviter les nombreux écueils possibles qu'il en oublie le plus souvent de faire vivre son film, n'échappant pas toujours à un académisme qui guette avidement du début à la fin. Si son flegme permanent est assez appréciable, c'est avant tout parce que ça aurait pu être pire ; ça aurait aussi pu être beaucoup plus emballant si un metteur en scène à la personnalité plus affirmée avait pris les choses en main. Bien que se déroulant sur un certain nombre d'époques, avec retours en arrière, ellipses et tout le toutim, le film peine à masquer sa relative prévisibilité. Ce qui n'enlève rien ni à la beauté absolue de certaines séquences - de lecture, notamment - ni à l'interprétation irréprochable. Voilà, c'est ça : The reader est un beau film, et une oeuvre irréprochable. Quelque fois, c'est synonyme d'ennuyeux.




The reader de Stephen Daldry. 2h03. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.
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UN ENFANT PAS COMME LES AUTRES

Menno Meyjes vit actuellement quelques années difficiles : tournés en 2007, ses deuxième et troisième films ont longtemps dormi dans des cartons pour des raisons inconnus. Alors qu'on attend toujours Manolete, biopic du célèbre toreador starring Adrien Brody, voici que débarque discrètement cet Enfant pas comme les autres pourtant réalisé avant. Si ce dernier n'a absolument rien d'un chef d'oeuvre, il est pourtant bien difficile de comprendre pourquoi sa sortie a été repoussée tant de fois.
Un peu comme K-Pax et quelques autres, le film de Meyjes débute par la rencontre d'un héros terre-à-terre et d'un personnage plus fantaisiste, au point d'être persuadé qu'il débarque d'une autre planète. L'angle choisi étant clairement celui de la comédie familiale et pas celui du suspense ou de la SF, on sait bien vite de quoi il retourne. L'essentiel n'est pas là : il s'agit pour le héros auteur de SF de parvenir à apprivoiser le jeune garçon marginal qu'il vient d'adopter sans pour autant réduire à néant sa personnalité hors du commun. Il en résulte une série de scènes de comédie tour à tour amusantes et attachantes, mises en scène avec suffisamment de distance pour ne pas tomber dans le gros mélo dégoulinant, mais caractérisées par une tendresse de tous les instants.
Le tout reste quand même assez balisé, et pourrait presque sembler anodin s'il n'y avait la qualité de l'interprétation. Comme lorsqu'il s'agit de jouer les mecs apparemment nonchalants mais un peu inquiets quand même, John Cusack est à l'aise ; comme toujours lorsqu'il s'agit de s'amuser avec son frangin, Joan Cusack est très en forme ; quand au petit Bobby Coleman, il est absolument épatant, bien loin de l'éternel cliché du gamin virtuose et tête-à-claques. Il est la clé de cet éloge fort sympathique des doux dingues, qui nous fait gober le temps d'un film que les personnalités les plus loufoques peuvent parfaitement s'intégrer dans la société actuelle.




Un enfant pas comme les autres (Martian child) de Menno Meyjes. 1h45. Sortie : 15/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
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LE ROI DE L'ÉVASION

Même si sa sortie estivale risque de le faire passer inaperçu, Le roi de l'évasion marque pour Alain Guiraudie une avancée discrète mais palpable vers un cinéma plus populaire - mais toujours aussi particulier. En des temps où la frénésie régionaliste a tendance à se renforcer en France (l'effet Dany Boon ?), le film débute sur ce mode, introduisant un vendeur de matériel agricole qui démarche chez les agriculteurs du sud de la France - mais, par pitié, pas dans le Tarn et Garonne. Qui connaît Guiraudie sait bien qu'il ne se contentera pas de cela, et en effet : Arnaud fréquente les lieux de rencontre gay, se sert de son charme de gros nounours pour séduire et faire fructifier ses affaires... jusqu'à rencontrer et sauver à sa manière Curly, une belle adolescence en mal de mâle. De là, Le roi de l'évasion orchestre un possible coming in ainsi que la fuite en avant de son couple improbable.
Comédie loufoque souvent très osée, le film ne s'interdit quasiment rien, et fait exploser toutes les frontières. C'est clairement le message du réalisateur, déjà porté dans ses films précédents. Jeune/vieux, beau/laid, gay/straight, gros/maigre : tous les clivages sautent tôt ou tard, parfois simultanément, dans une réjouissante communion des coeurs et surtout des corps. Le roi de l'évasion est le film de toutes les libertés, qui considère le sexe comme un jeu souvent amusant et quasiment dépourvu de règles. Idem pour cette drôle de drogue nommée dourougne, racine procurant une vitalité sexuelle et intellectuelle faisant de chacun un étalon. On pourra reprocher au film une certaine insouciance et son absence de morale, qui ne condamne jamais les actes, même répréhensibles ou dangereux, de ses personnages. Mais Guiraudie n'a visiblement aucune autre ambition que de livrer un divertissement rafraichissant et totalement décalé.
Totalement impliqués dans des rôles pas évidents, les deux acteurs principaux participent assez largement à la réussite de l'ensemble. Ludovic Berthillot est une révélation assez incroyable, son physique tout en rondeur correspondant a priori mal aux canons de la beauté masculine. Pourtant, il est impossible de remettre en question le désir qu'il suscite chez tout un tas de protagonistes, même les plus inattendus. Quant à Hafsia Herzi, elle confirme enfin qu'elle n'est pas la fille d'un seul film, sa prestation d'une moiteur exquise ayant tout pour faire perdre la tête. Guiraudie les filme comme il respire, avec candeur et excitation. Se priver d'un tel spectacle, c'est comme refuser à la fois une sieste crapuleuse et une bonne crème glacée : juste inconcevable.




Le roi de l'évasion d'Alain Guiraudie. 1h37. Sortie : 15/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.
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J'AI TUÉ MA MÈRE

J'ai tué ma mère est le film de tous les paradoxes. Son héros est bon à gifler, mais on ne peut que l'adorer. Et il tuerait bien sa mère, sauf qu'il l'aime trop pour ça. C'est le thème principal du film de Xavier Dolan : montrer à quel point l'amour peut s'accompagner de sentiments apparemment inconciliables. Il a bâti pour cela un film-dispositif d'une rare originalité, qui observe frontalement la relation tordue - mais pas tant que ça - entre le jeune Hubert et sa mère. En voiture, à table ou ailleurs, ils sont souvent filmés de très près, en plan fixe, quelques gros plans venant parfois attirer l'attention sur l'un ou l'autre des petits travers de la mère. Trop bavarde, bruyante quand elle mange, victime de pertes de mémoire quand ça l'arrange : chez le héros, tous les défauts sont d'égale importance, et sa façon de les monter en épingle est à la fois totalement exaspérante et parfaitement compréhensible. Nous avons tous été ados, donc tous plus ou moins idiots, obsessionnels et intolérants. Et nous avons pour la plupart grandi un peu, corrigé une partie de ces travers, devenant parents ou étant en âge de le devenir.
On marche en permanence sur des oeufs, tiraillé par des sentiments contrastés, passant par toutes les gammes d'émotions. À l'immaturité du personnage répond la maturité d'une mise en scène posée, sûre de ses effets, portée par son désir assouvi de singularité. À seulement 20 ans, Xavier Dolan possède le talent suffisant pour parvenir à agacer tout en donnant de plus en plus envie de le suivre. Le nombrilisme absolu de l'ensemble, le terrible orgueil du héros et du metteur en scène (qui ne font évidemment qu'une seule et même personne) sont heureusement équilibrés par un humour féroce et bidonnant, notamment lors des engueulades hystériques et dantesques survenant très régulièrement entre Hubert et sa mère.
Pour pousser plus loin l'autofiction, Xavier Dolan joue lui-même Hubert, qui est clairement son double quelques années plus tôt, à l'époque de sa découverte de la sexualité - et des premières heures de son homosexualité. Coupe de cheveux improbable, voix criarde, accent québécois à couper au couteau (sous-titres français indispensables) : voilà l'un des personnages les plus originaux et mémorables de l'année, que certains rejetteront sans doute en bloc tant il est tête-à-claques, mais que bien d'autres ne manqueront pas d'adorer tant ils s'y reconnaîtront. L'auto-psychanalyse, le rapport mère-fils, l'homosexualité : des thèmes qui inspirent décidément les jeunes auteurs, puisqu'ils avaient déjà donné naissance au stupéfiant Tarnation de Jonathan Caouette, acclamé à Cannes en 2003.




J'ai tué ma mère de Xavier Dolan. 1h40. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.
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London called me

Pour mon premier week-end à Londres, j'ai :
- dégusté le premier Whopper de ma vie, aux alentours de 10 heures du matin ;
- croisé (et un peu dévisagé) Tim Burton, Helena Bonham Carter et leur progéniture dans une rue déserte de Covent Garden ;
- croisé aussi (puis recroisé et rerecroisé, un peu volontairement j'avoue) Leonardo DiCaprio, Lukas Haas et Ethan Suplee, casquettes de base ball vissées sur la tête donc ultra repérables, en train de fureter dans les rayons bouffe de chez Harrod's ;
- goûté au fameux fish and chips, qui ne l'est quand même pas tant que ça (fameux) pour qui a déjà mangé du Captain Iglo ;
- découvert la Tate Gallery et cet art moderne que j'aime tant (enfin, des fois) ;
- observé avec émerveillement un pigeon pourvu d'un moignon ;
- bu tout un tas de pintes ;
- pris tout un tas de photos bien stéréotypées et/ou sans intérêt, dont je vous propose un échantillon ci-dessous.

Bref, London, je t'ai dans la peau, et pas que pour ta bouffe, tes clichés et tes stars. À un de ces quatre.



Comment dit-on Claire Denis en anglais ?.


Hommage à Emir Kusturica (non, je déconne).


À la recherche de la vodka Boris Elstine...


... je n'ai trouvé que Brüno.



Je dois faire mon coming-out : j'aime le noir et blanc et les cabines téléphoniques. Voilà, c'est dit.
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GIRLFRIEND EXPERIENCE

En dépit de son titre, le nouveau Soderbergh est moins expérimental que certaines de ses oeuvres précédentes, de Schizopolis à Full frontal. Girlfriend experience constitue tout de même un étrange moment de cinéma, dont on peine à cerner les motivations. S'il s'agissait de tourner discrètement un petit film d'auteur, pourquoi engager la porno star Sasha Grey dont la présence était forcément synonyme de buzz ? Pourquoi une actrice X pour un rôle presque soft ? Et surtout, pourquoi une construction aussi alambiquée pour accoucher au final d'une totue petite souris ?
C'est là le grand mystère Soderbergh, cinéaste honteux de son statut hollywoodien, se rêvant régulièrement en auteur confidentiel et acclamé, mais qui semble généralement incapable de faire dans la simplicité. Parmi ses oeuvres "mineures", seul Bubble, le plus épuré de tous, était véritablement réussi. Girlfriend experience, quant à lui, entrecroise plusieurs niveaux de narration, brise plus d'une fois la chronologie des évènements, joue artificiellement le mystère... S'il n'y avait l'élégance absolue de la mise en scène, on baisserait bien vite les bras face à un projet dont on comprend trop vite où il veut nous emmener : nulle part. Filmeur doué, Soderbergh n'a pourtant aucun point de vue, mettant en (belles) images le script d'un duo Levien - Koppelman plus habitué à écrire de gros divertissements que des films d'auteur.
Difficile donc de tirer un quelconque enseignement de ce film à l'intrigue plus que réduite. S'il fallait en dégager une morale, c'est que nous sommes tous des putes à notre manière, que l'on soit escort girl, coach sportif, homme d'affaires ou autre. Pas faux, mais pas neuf. Finalement, la meilleure façon d'apprécier ce film assez court est de ne pas de poser de questions, d'en goûter simplement le cadre et l'interprétation. Car Sasha Grey, élégante et pleine de présence, livre une prestation aussi éblouissante qu'inattendue, bien loin du cliché de l'actrice porno qui débarque dans le cinéma traditionnel. On apprécie la façon qu'a Soderbergh de ne pas la traiter comme un objet, mais bien comme une vraie femme et une vraie actrice, avec un affect et un crâne bien rempli. C'est insuffisant pour justifier l'existence d'un film, mais cela a au moins le mérite de prouver que Soderbergh n'est pas qu'un manipulateur opportuniste.




Girlfriend experience de Steven Soderbergh. 1h25. Sortie : 08/07/2009.
Autre critique sur Tadah ! Blog.
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PUBLIC ENEMIES

Il paraît que certaines personnes connaissent par coeur le film High fidelity, de Stephen Frears, à force d'en avoir usé la VHS puis le DVD. Ceux-là, plus encore que les autres, connaissent à l'avance le dénouement de Public enemies, puisque comme le dit John Cusack lors d'une promenade nocturne à Chicago : « John Dillinger was killed behind that theater in a hale of FBI gunfire. And do you know who tipped them off? His fucking girlfriend. All he wanted to do was go to the movies. ». Le film de Michael Mann vient d'ailleurs corriger le caractère un rien approximatif de cette remarque, n'émanant après tout que d'un petit vendeur de disques. Mais bref, avant de mourir à la sortie du cinéma où il vit L'ennemi public numéro 1 (Manhattan melodrama en VO, donc aucun lien avec le titre choisi par Michael Mann), John Dillinger donna du fil à retordre à la police. C'est son parcours chaotique et médiatisé que le brillant metteur en scène de Révélations met en images dans le film, ainsi que les états d'âme du grand flic dont la seule et unique fonction est de le débusquer.
Si Heat, sorti en 1996, n'était que le remake même pas déguisé du L.A. takedown de Mann, Public enemies ressemble au remake officieux de Heat, mais dans une version annéees 30. Même traitement en parallèle du gendarme et du voleur. Mêmes rencontres épisodiques et chargées de sens. La différence, c'est que Heat bénéficiait d'une mise en scène absolument brillante, faisant du film un curieux mélange entre jeu d'échecs et partie de ball-trap. En comparaison, Public enemies semble bien fade, et ce pour deux raisons principales. La première, c'est qu'en lieu et place des acteurs excessifs mais impressionnants que sont Al et Bob, Mann a choisi Johnny Depp et Christian Bale, des types très pros mais presque trop, qui serrent impeccablement la mâchoire mais intériorisent absolument tout, rendant le face-à-face hermétique et parfois ennuyeux. Les grands gangsters sont tous des cabotins ; les grands flics aussi, pour la plupart ; l'immense sobriété des deux interprètes fait largement regretter le côté théâtre de Guignol de l'affrontement Pacino - de Niro.
Le second gros défaut de Public enemies, déjà évoqué à l'époque de Miami vice, concerne la mise en scène. Difficile de contester l'absolue virtuosité d'un Michael Mann habitué à penser et repenser chacun de ses plans sans pourtant donner l'impression de calculer. Seulement voilà : comme d'autres cinéastes entre deux âges, sa rencontre avec la DV lui a fait beaucoup de mal - même si le cas David Lynch est bien plus inquiétant. En pensant gagner en possibilités ce qu'il perdait en contraintes, Mann a beaucoup expérimenté avec son nouveau joujou, a découvert les fabuleux atouts de cette nouvelle technologie, et ne cesse depuis de s'y complaire. Si Collateral utilisait à merveille le format pour créer une impression d'urgence voulue par le script, c'était déjà bien plus discutable dans Miami vice. Et ça l'est tout autant dans ce Public enemies qui, s'il est constellé de morceaux de bravoure qui cassent effectivement la routine du genre, devient extrêmement ennuyeux dès qu'il décrit les moments de répit des deux héros. La faute à une technique qui obnubile tellement son metteur en scène qu'elle l'empêche d'approfondir la psychologie de ses personnages - réduits à une opposition basique gentil contre méchant - et de mettre en valeur le romantisme et le lyrisme de certaines situations. Résultat : Marion Cotillard a beau faire bonne figure, son personnage semble au final bien plat, tout comme pas mal d'autres. La peur de mal vieillir a entraîné chez Mann un aveugle désir de modernité qui a finalement eu l'excès inverse : il semble ici un peu dépassé par l'intrigue et l'ampleur du projet. Qu'il pose un peu sa caméra numérique et réfléchisse vraiment à ses apports et à ses risques : le brillant Michael Mann d'antan commence à nous manquer.




Public enemies de Michael Mann. 08/07/2009. 2h13. Sortie : 08/07/2009. Autre critique sur Sur la route du cinéma.
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LA RUMEUR [reprise]

Alors en fin de carrière, quelque part entre Ben Hur et L'obsédé, William Wyler réalisait cette adaptation de la pièce de Lillian Hellman. À moins que ce ne soit un remake d'Ils étaient trois, autre version ciné de la même pièce, réalisée en 1936 par... Wyler lui-même. Plus moderne et mieux incarné, La rumeur est plus intéressant que l'original, d'autant qu'il est réalisé à une époque où l'homosexualité était encore un tabou mais commençait à faire parler d'elle çà et là. Presque cinquante ans plus tard, on ne peut qu'être frappé par l'aspect très contemporain d'un film dont les thématiques semblent toujours neuves. Avec cependant une grosse différence : même pour le réalisateur, l'homosexualité semble être quelque chose de difficilement admissible et de tout à fait scandaleux. Le traitement de la possible relation lesbienne entre les deux héroïnes est sensiblement le même que celui de la prétendue pédophilie du curé de Doute, sorti cette année. Autres temps, autres moeurs : difficile d'en tenir rigueur à un Wyler qui fournit visiblement de gros efforts pour tenter d'être plus tolérant que son époque.
Plus qu'un plaidoyer pour l'acceptation de l'homosexualité féminine, La rumeur est comme l'indique son titre français une réflexion sur le pouvoir destructeur des on-dit, toute étiquette vaguement honteuse qui vous colle à la peau semblant scellée à vie même après un démenti formel et officiel. Le film montre assez bien comment une simple rumeur peut saccager non seulement la vie des personnes qu'elle concerne directement, mais également celle des membres de l'entourage. Wyler s'intéresse également au mensonge des enfants et à l'escalade que cela entraîne ; cela rappelle la tristement célèbre affaire d'Outreau. À ceci près, rappelons-le une fois encore, qu'il ne s'agit pas ici de pédophilie, mais de lesbianisme... Mais le mécanisme du mensonge et de la manipulation est le même.
Ce qui manque au film pour avoir l'étoffe d'un classique et d'un inestimable document d'époque sur un sujet moins tabou aujourd'hui, c'est que William Wyler n'est pas parvenu à déthéâtraliser l'intrigue. Certaines ficelles sans doute acceptables sur les planches apparaissent semblent ici bien trop grosses. Un exemple ? Parmi les deux petites filles qui lancent la fameuse rumeur à propos des directrices de leur école, l'une est la meneuse et l'autre est une simple suiveuse, apeurée par sa camarade. Lorsque la suiveuse est interrogée (par les "suspectes", ce qui n'est déjà pas très crédible), c'est en présence de la meneuse, qui se place dans son axe pour lui offrir le regard le plus menaçant qui soit. Comment croire que cela se déroulerait ainsi dans la réalité ? Truffé de petites approximations comme celle-ci, plombé par une fin prévisible et inutilement longue, La rumeur est au bout du compte une pilule difficile à avaler, même si les prestations d'Audrey Hepburn et surtout Shirley MacLaine sont absolument admirables et sauvent le film à plus d'une reprise.




La rumeur (The children's hour) de William Wyler (1962). 1h44. Première sortie : 25 avril 1962. Ressortie : 8 juillet 2009
Critique publiée sur Écran Large.
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LE CHIEN

Via sa société les Films à fleur de peau, Franck Llopis travaille d'arrache-pied pour permettre à des réalisateurs de boucler leur premier long. Après s'être occupé de son cas et de celui de Stéphane Arnoux (Nos désirs font désordre), et en attendant de nombreux projets dont le tournage est déjà fixé, il a produit ce Chien qui confirme malheureusement la tendance de l'écurie Llopis à se laisser emporter par son envie de faire des films sans vraiment prendre le temps de comprendre pourquoi. On aura beau invoquer le manque de moyens pour justifier le côté brouillon de l'ensemble, les finances ne font pas tout : terriblement mal filmé sauf à de rares endroits, le film souffre également de dialogues d'une rare indigence (on fait plus que sauter du coq à l'âne) et d'une interprétation franchement approximative. On ne croit ni au personnage du marginal, ni à celui de la femme qui fait irruption dans la ferme où il vit. Difficile pour un drame psychologique de parvenir à exister en accumulant autant de tares dès le départ...
L'un des gros problèmes du film, c'est que le réalisateur Christian Monnier pense pouvoir créer le malaise en filmant notamment la nudité en plan serré, alors que le manque total de style de la réalisation fait juste ressembler ces scènes à des intermèdes de films érotiques. Le reste est à l'avenant, à commencer par les séquences où le pseudo-psychopathe fait des siennes. Masturbation dans la nature, coups de fusil sur randonneurs, cris d'orfraie... Tout y passe, rien ne fait sens. Et la tant attendue révélation finale n'apporte rien, pas plus que la tragédie qui s'ensuit.
C'est en fait lorsqu'il cesse de vouloir en remontrer au spectateur que Le chien se fait le moins mauvais. Au détour de quelques plans contemplatifs sur une campagne qui s'éveille ou s'éteint, Christian Monnier montre sa capacité à composer quelques plans simples et beaux, ne nécessitant pas grand budget. Tout le problème réside décidément dans ce scénario ni fait ni à faire, qui aurait nécessité tant d'ajustements et de réécritures pour ressembler à quelque chose. Franck Llopis et les siens ont beau être pétris de bonnes intentions et d'une faim inaltérable de cinéma, ils semblent trop souvent oublier que l'envie ne fait pas tout, et qu'un travail de longue haleine avec des collaborateurs talentueux peut également aider à réussir.




Le chien de Christian Monnier. 1h20. Sortie : 01/07/2009.
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HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG MÊLÉ

C'est tous les (deux) ans la même chose : un nouvel Harry Potter sort en salles, se révèle moyennement convaincant, mais parvient à faire de l'épisode suivant un évènement essentiel créant une impatience débordante. Le prince de sang mêlé n'échappe pas à la règle, procurant un sentiment de « c'était mieux avant » alors que la série n'a finalement jamais été exceptionnelle. Les deux films de Chris Columbus avaient gentiment ouvert la voie et conquis un large public ; les suivants, en particulier Le prisonnier d'Azkaban, n'ont fait qu'empiler belles intentions et jolies promesses. Le prince de sang mêlé est sans doute le plus représentatif de ce teasing permanent, de cette sensation d'avoir vécu huit ans de préliminaires et d'être incapable de passer à l'étape suivante. Résultat : plus que jamais, la saga Harry Potter ressemble à une gigantesque machine à frustration. Rutilante mais jamais satisfaisante.
Contrairement à un Ordre du phénix qui démarrait sur les chapeaux de roue pour finalement s'endormir en cours de route, ce nouvel opus - toujours réalisé par David Yates - s'ouvre dès le départ sur un faux rythme, tentant de créer le mystère mais y parvenant difficilement. Et pour cause : à l'exception d'une conclusion tragique dont les lecteurs de J.K. Rowling et pas mal d'autres connaissent la teneur, tout ceci n'est qu'un vaste épisode de transition destiné à amener au chapitre final, qui se traduira à l'écran par deux nouveaux films. S'il n'est certainement pas le plus ennuyeux de la série, Harry Potter et le prince de sang mêlé est sans doute le film le moins dense, puisqu'il ne s'y passe quasiment rien pendant deux heures et demie. Une trahison, une disparition, trois pauvres scènes d'action, salut et à dans deux ans. C'est tout de même un peu court. Il y a dans tout cela un aberrant problème de construction, qui fait que le soufflé ne prend jamais vraiment : Voldemort, le gigantesque bad guy de la franchise, n'apparaît qu'ultra furtivement, déléguant quelques représentants moins charismatiques et inquiétants.
On peut difficilement incriminer David Yates et son scénariste Steve Kloves sur ce point ; tous deux s'acquittent d'ailleurs plutôt bien de leur tâche, même si la plupart des éléments un peu intéressants du film semblent avoir déjà été traités dans d'autres épisodes, et souvent en mieux. Ainsi donc, le traitement façon teen movie des amours contrariées de Ron, Hermione et quelques autres semblent avoir atteint des sommets dans les numéros 4 - la fameuse scène de bal - et 5 - où chacun prend conscience de sa propre mutation physique et de celle des autres. De même, les fameux Mangemorts étaient bien plus effrayants dans le film précédent. Et ainsi de suite. Autre problème, assez insoluble : quand il a choisi des acteurs au début de ce siècle, Chris Columbus pouvait difficilement deviner que certains perdraient tout charisme en grandissant. Malheureusement pour les réalisateurs suivants et David Yates en particulier, Tom Felton (Draco Malefoy) est sans doute le plus insipide de tous, quand d'autres se révèlent au contraire plus convaincants de film en film - Rupert Grint est quand même très drôle.
L'humour est d'ailleurs ce qui sauve le film à plus d'une reprise et le rend relativement divertissant à défaut d'autre chose. Les errements sentimentaux des héros, leurs approximations, leur tâtonnements, font partie des moments les plus amusants et intéressants. À mesure que la saga gagne en noirceur, on aurait pu imaginer que toute forme de drôlerie allait être bannie ; c'est presque le contraire qui se produit, et c'est plutôt une bonne surprise. C'est peut-être la seule, d'ailleurs : car aucune des scènes-clés tant attendues ne parvient à prendre aux tripes ni à émouvoir, Yates ayant choisi de se placer en retrait et de refuser toute trace de mélodrame. Au final, Harry Potter et le prince de sang mêlé ne constitue pas une révolution dans la série, ressemblant quasiment trait pour trait au précédent, et qu'il parvienne tout de même à donner envie de s'agglutiner dans le noir pour voir la suite - ou plutôt les suites - a tout de même quelque chose d'inexplicable. C'est peut-être ce qu'on appelle la magie.




Harry Potter et le prince de sang mêlé de David Yates. 2h33. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur L. aime le cinéma.
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Top 5 : Johnny Depp

Cette semaine, Johnny Depp a toujours rêvé d'être un gangster dans Public enemies.



Top 5 des films avec Johnny Depp

01. Dead man (1996)
Jamais aussi inspiré que lorsqu'il tourne en noir et blanc, Jim Jarmusch livre un western contemplatif d'une beauté absolue, un poème en prose d'une lenteur absolument délicieuse. Entouré par une brassée de seconds rôles avec de vrais gueules, Johnny Depp est un William Blake bouleversant, notamment lorsqu'il entre dans la phase d'acceptation de son destin fatal.



02. Edward aux mains d'argent (1991)
Premier « vrai » rôle pour Johnny Depp, et sublime révélation : on ne sait pas bien comment Tim Burton a pu penser à lui (en voyant 21 jump street ?), mais c'est une idée de génie. Conte féérique et macabre à la fois, ancré dans la réalité actuelle mais somptueusement intemporel, Edward... est une oeuvre stimulante et déprimante, sans nul doute la plus forte d'un Burton parfois encensé de façon fort excessive.


03. Sleepy hollow (2000)
Pas toujours cité parmi les meilleurs films de Burton, Sleepy hollow est pourtant une petite merveille d'inventivité et de noirceur, dont l'une des attractions principales est le personnage d'Ichabod Crane, enquêteur génial mais aussi naïf que fluet. Quant à Christopher Walken, il est aussi fêlé qu'inquiétant dans le rôle insensé du fameux cavalier sans tête. Un film à redécouvrir.


04. Arizona dream (1992)
Avant de recevoir une deuxième Palme, et dans un deuxième temps de couler artistiquement, Kustu était passé par les États-Unis pour un film totalement improbable, assez éloigné de son domaine de prédilection. Voici encore un poème visuel dont l'étrange beauté a quelque chose de follement magnétique. Plus que Johnny Depp, on retiendra de tout cela l'extraordinaire prestation de l'extraordinaire Vincent Gallo - qui est, rappelons-le, un type extraordinaire - dont la relecture de La mort aux trousses est un très grand moment de cinéma.


05. Donnie Brasco (1997)
Marty Scorsese n'est pas le seul cinéaste à savoir filmer les mafieux ; Mike Newell fait d'eux les personnages d'un drame presque intimiste, où la violence peut certes éclater à tout moment mais où les mots trouvent encore leur place. Face à un Johnny Depp impeccable en flic infiltré, Al Pacino est étincelant en loser magnifique, qui voit sa confiance brisée et semble ne jamais devoir s'en remettre.
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BAMBOU

Cela faisait bien deux mois qu'aucun film sorti en salles n'avait eu un chien pour tête d'affiche. En attendant le dernier Claude Berri (relayé par François Dupeyron) dont la trame est sensiblement la même, voici donc Bambou, sorte de Marley & moi version française. Le chien y est décrit comme le moteur apparent des divergences conjugales, avant de révéler au contraire sa nature de catalyseur des tensions familiales. Ici comme ailleurs, Bambou est donc le seul et unique lien social pouvant permettre au couple-star de se rabibocher. Pas très original ? C'est le moins qu'on puisse dire, d'autant que le film entier est à l'avenant : pour Didier Bourdon (qui, rappelons-le, fut drôle à l'époque des Inconnus), la présence d'un cabot est vecteur de mille et un gags éculés et/ou vulgaires, principalement à base de pipi, de caca, de vieux slips et de chaussures mâchouillées. Et l'ensemble est suffisamment mal exécuté pour que même les enfants n'y trouvent pas leur compte.
Bourdon reprend à son compte les recettes utilisées dans les films des Inconnus (notamment Le pari) et dans son précédent Sept ans de mariage, tous les films pouvant se résumer de la même façon. En gros, c'est l'histoire d'un type que son unique obsession (la clope, la baise, un clebs) va faire sombrer dans la folie et la misère sociale, avant qu'un ultime souffle rédempteur ne finisse par le sauver. Autant dire qu'on connaît le film par coeur avant même de l'avoir vu, qui plus est lorsqu'il est joué par un Didier Bourdon de plus en plus mauvais. Pour un peu, on se ficherait presque de la laideur formelle de l'ensemble, tant le fond suffit à provoquer la consternation.
Mais Bambou n'est pas qu'une mauvaise comédie : Bourdon tient absolument à faire passer un message, à jouer les artistes engagés avec un coeur gros comme ça. Outre sa vision démagogue du couple (sur la parité, la pilule, le travail des femmes...), il se livre à une diatribe contre le système bancaire et la grande bourgeoisie, avec de si gros sabots qu'il vous dégoûterait presque d'être anti-capitaliste. D'un ennui mortel, d'une platitude absolue, Bambou enfonce encore un peu plus un mec qui semble ne plus rien valoir sans ses compères d'antan.




Bambou de Didier Bourdon. 1h30. Sortie : 08/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
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Jeu-concours TOY BOY : les résultats

Et voilà : Toy boy, que je vous recommande chaudement ici, sort dans les salles aujourd'hui. C'est donc le moment d'annoncer les noms des 30 gagnants d'un concours qui a attiré de nombreux participants, notamment grâce à la générosité de MK2 qui a ajouté des lots en cours de route.








Les 5 gagnants d'un badge garçon sont :
Éric (Wimereux)
Mathieu (Vesoul)
Quentin (Cholet)
Nicolas (Chatou)
Rémy (Limay)

Les 5 gagnantes d'un badge fille sont :
Florence (Montpellier)
Sarah (Montrouge)
Kathia (Salon de Provence)
Mélissa (Herblay)
Sabrina (Grenoble)

Les 5 gagnants d'un t-shirt garçon sont :
Jean-Michel (Pierrefitte)
Bruno (Gaillac)
Julien (Sin le Noble)
Jonathan (Pipriac)
Yann (Moussy le Neuf)

Les 5 gagnantes d'un t-shirt fille sont :
Laetitia (Bordeaux)
Linda (Strasbourg)
Mélanie (Citers)
Stéphanie (Oloron Ste Marie)
Cécile (Bourges)

Les 10 gagnants de 2 places pour aller voir le film en salles sont :
Pamela (Guivapas)
Mireille (Sacy le Petit)
Cyril (Asnières sur Oise)
Stéphanie (La Chapelle en Vexin)
Audrey (Toulouse)
Nathalie (Guyancourt)
Mylène (Nice)
Michel (Huetre)
André (Soissons)
Christian (Pontoise)


Bravo à tous !

Retrouvez la critique de Toy boy en cliquant ici.
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BOrIS - mes grands débuts d'acteur


Il y a quelques mois, une idée saugrenue est venue à un ami cinéaste : me confier l'un des deux rôles principaux de son nouveau court-métrage. Je n'y ai pas cru. J'aurais dû. En quasi exclusivité mondiale, voici donc BOrIS, un film de Rémi Boiteux, starring Nicolas Dellery et moi-même.

Deux précisions avant de vous laisser savourer ce petit quart d'heure de cinéma avant-gardiste :
- pour d'embêtantes raisons pratiques, il est divisé en quatre parties, qu'il convient d'enchaîner à vitesse grand V afin d'en respecter la continuité ;
- pour que ceux qui ne connaissent pas ma sale tronche ne passent pas leur temps à se demander « c'est lui ou c'est l'autre ? », voilà la réponse : moi, je suis le type avec les lunettes et la chemise froissée.

Pour voir le film, c'est donc ici :
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N'hésitez pas à vous défouler dans les commentaires. Gilles Jacob, tu trouveras mon mail en haut de cette page.
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BANCS PUBLICS (VERSAILLES RIVE DROITE)

On reconnaîtrait entre mille le style Podalydès, situé quelque part entre Sempé, Tati et Desproges. Bancs publics n'échappe pas à la règle, affichant sa singularité et son originalité à la face d'un cinéma français souvent monolithique. Poda réécrit la comédie humaine sous forme d'un film à sketches, à moins que ce ne soit une pièce en trois actes : la construction mêle habilement les genres, se jouant des conventions avec une candeur rigolarde. Et c'est parti pour un défilé de gueules connues - une trentaine -, ce qui ne manquera pas de faire penser au triste Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes. Le schéma est d'ailleurs un peu le même, puisque le film papillonne d'un groupe de personnages à un autre, insistant sur quelques unes de leurs obsessions.
La comparaison s'arrête là : Podalydès possède un talent inné pour faire vivre les situations et écrire des dialogues brillamment à côté de la plaque. Très foisonnant, le film peine cependant à trouver une vraie cohérence et à imposer son rythme, entrant de temps à autre dans une léthargie heureusement éphémère car rapidement interrompue par l'irruption d'une scène hilarante ou d'un trait de génie visuel. Problème : dans tout film "choral" qui se respecte, certains segments sont plus convaincants que d'autres. C'est vrai ici comme ailleurs, et le monologue plein de lapsus tendancieux de Pierre Arditi ou l'intervention courte mais affligeante de Thierry Lhermitte font partie de ces moments absolument indignes de leur auteur.
Le premier tiers de Bancs publics se déroule dans un bureau, le deuxième dans un jardin public à l'heure du déjeuner. Mais c'est véritablement le troisième qui donne au film toute sa saveur : situé dans un magasin de bricolage, il confirme la filiation Poda/Tati, orchestrant une chorégraphie burlesque et parfois inquiétante autour du ballet des clients et des vendeurs. Cette dernière partie offre au film ses moments les plus drôles et surréalistes, et prouve une fois encore que Bruno Podalydès n'est pas qu'un cinéaste attirant : c'est aussi un acteur renversant, avec une gouaille teintée de douceur. Son frère Denis n'est pas mal non plus. Et l'on quitte avec regrets cette longue déclaration d'amour à l'humain. Regrets que le film n'ait pas su éviter les coups de mou. Regrets de quitter certains personnages. Une impression contrastée pour un film cependant bien difficile à oublier.




Bancs publics (Versailles rive droite) de Bruno Podalydès. 1h50. Sortie : 08/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.
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Guide Cinéma Paris

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Lancé en juin 2005 et vu comme un aide-mémoire destiné avant tout à m'éviter de tout oublier, Rob Gordon a toujours raison - dont le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre - est un blog qui assume son côté parfois snob, élitiste ou mauvais esprit mais évolue toujours dans la sincérité la plus totale.

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Sous le pseudonyme emprunté à Nick Hornby se cache Thomas Messias (profil Facebook), jeune prof de maths (eh ouais) né en 1984, écrivant également pour le site Écran Large à ses heures perdues et figurant au tableau des étoiles du site. Ni auteur ni cinéaste en herbe ni rien d'autre, je suis si peu créatif que je ne fais que critiquer le travail des autres.

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