L'adaptation du best seller de Bernhard Schlink aurait pu donner un gros soufflé hollywoodien avec tambours et trompettes, simple véhicule pour acteurs en mal d'Oscar. Et si Kate Winslet a bel et bien remporté la fameuse statuette pour ce film, c'est purement et simplement parce que sa prestation sobre et belle devait être couronnée. Pour son troisième film, le britannique Stephen Daldry a confirmé le talent que laissait entrevoir The hours, à savoir celui de se placer à bonne distance des personnages. Ni trop près pour ne prendre personne à la gorge, ni trop loin pour ne pas brider toute émotion. C'est par sa sobriété que The reader brille avant tout, alors que de tels thèmes - Auschwitz et détournement de mineur - auraient pu mener tout droit à la catastrophe.Pendant deux heures pleines, au fil d'une narration ample et remarquablement fluide, Stephen Daldry nous conte cette histoire pas si complexe bien qu'ouvrant la voie à pas mal de débats post-projection. Il traite avec délicatesse le personnage central interprété par Kate Winslet, qui se tape un ado alors qu'elle a 35 balais, est apparemment responsable de la mort de centaines de juives dans l'incendie d'une église, mais n'est pourtant pas vouée - ou pas tout de suite - aux flammes de l'enfer. C'est la sinuosité de l'âme humaine qu'interroge le film, celle qui fait qu'un acte monstrueux ne peut pas tout à fait occulter le reste d'une personnalité. Le traitement est sans fausse note, sans excès, d'une remarquable intelligence, le tout se faisant au prix d'une remarquable économie de mots.
Alors pourquoi The reader n'est-il pas le pur chef d'oeuvre qu'il aurait pu (dû ?) être ? Sans doute parce que Daldry passe tellement de temps à éviter les nombreux écueils possibles qu'il en oublie le plus souvent de faire vivre son film, n'échappant pas toujours à un académisme qui guette avidement du début à la fin. Si son flegme permanent est assez appréciable, c'est avant tout parce que ça aurait pu être pire ; ça aurait aussi pu être beaucoup plus emballant si un metteur en scène à la personnalité plus affirmée avait pris les choses en main. Bien que se déroulant sur un certain nombre d'époques, avec retours en arrière, ellipses et tout le toutim, le film peine à masquer sa relative prévisibilité. Ce qui n'enlève rien ni à la beauté absolue de certaines séquences - de lecture, notamment - ni à l'interprétation irréprochable. Voilà, c'est ça : The reader est un beau film, et une oeuvre irréprochable. Quelque fois, c'est synonyme d'ennuyeux.

The reader de Stephen Daldry. 2h03. Sortie : 15/07/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.
























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